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Déconfinement et sécurité

Publié le : 11.05.2020 I Dernière Mise à jour : 11.05.2020

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Comment sortir du déconfinement ? Parmi les multiples idées à l’étude, l’application STOPCOVID se présente comme la bonne alternative. Mais elle déclenche un véritable débat au sein de la population. En quoi consiste cette solution ? Nous force-t-elle à abandonner notre liberté ? Peut-elle vraiment résoudre la problématique posée par cette crise ?

Point sur le coronavirus :

Depuis Le 17 mars, la France vient de vivre une période inédite dans son histoire. Si deux mois de confinement permirent de ralentir la pandémie de coronavirus traversant le globe, il faut à présent penser à l’après. Dès aujourd’hui, la France se joint au palmarès des pays ‘’déconfinés’’. Cependant elle s’engage dans un plan préalable permettant de gérer les chaînes de transmission : se masquer, se laver les mains et recourir à son portable comme nouvelle mesure de sécurité.

L’application du futur

Le gouvernement réfléchit à la mise en service d’une application intitulée STOP COVID. Téléchargeable, ce moyen permettrait de tracer les faits et gestes des contaminés afin de prévenir le reste de la population ayant été à leur contact. La personne alertée par son smartphone sera prise en charge. Test et confinement lui seront conseillés afin d’éradiquer la chaîne de transmission. Stop Covid" use de la technologie Bluetooth des téléphones pour échanger des pseudonymes fournis avec l’application téléchargée. La France s’inspire d’une plate-forme de traçage numérique a visée médicale baptisée PEPP-PT (Pan-European Privacy Preserving Proximity Tracing) permettant d’avoir recours au « contact tracing » .

Anonymat

L’application dotée d’un identifiant chiffré et enregistré localement dans la mémoire du téléphone devient capable de transmettre des informations. Selon l’INRIA, portant la contribution française au développement de cette application, ces pseudonymes permettraient de mémoriser l’historique des contacts pour chaque téléphone, le tout en protégeant la vie privée de ses utilisateurs. En effet, avec cette mesure l’anonymat de chaque personne sera respecté sachant que cette option se base uniquement sur le désir du citoyen. "Un véritable volontariat présente la meilleure garantie du respect du règlement général sur la protection des données (RGPD)" indique la présidente de la CNIL, Marie-Laure Denis. Parfait, mais sous cette forme, l’application STOP COVID, certes respectueuse de nos données personnelles, s’avère-t-elle vraiment si utile ?

Volontariat

Fondée sur le principe du volontariat, l’application STOP COVID paraît être une réponse opérationnelle afin de contrer cette crise sanitaire. Mais n’étant pas obligatoire, elle repose sur le principe du volontariat. En effet, aucune loi n’étant promulguée à son propos, elle restera optionnelle se basant uniquement sur le bon vouloir de chacun. Facilement téléchargeable, elle peut être tout aussi aisément ignorée ou effacée. Cette particularité exige donc d’avoir l’accord de chaque participant à ce projet réduisant donc ses effets. Dès lors quid de son efficacité ?

Quel résultat ?

Lors d’une étude réalisée auprès de 1000 français, seulement 48 % des personnes interrogées déclarent vouloir installer l’application « sans aucun doute » et 31 % à le faire « probablement ». Déclaratif à reconsidérer à la baisse, puisque cette enquête n’a évoqué le mode de fonctionnement et l’installation de l’application qu’en termes très généraux, alors que les détails précis de mise en œuvre pourraient grandement affecter les décisions d’installation.

Rébellion

Assez bien téléchargée, l’application concernant l’attestation de sortie en période de confinement n’a pas empêché7% de la population d’y déroger. La preuve : les 12 millions de contrôles viennent de générer plus de 760 000 amendes infligées par les forces de l’ordre depuis le début du confinement le 17 mars. Loin d’être les plus attentifs aux conseils, les français pourraient rapidement ignorer les demandes de quarantaine de l’application. Des mesures dictées par un téléphone se trouveront forcément des ennemis.

Tout le monde n’a pas de smartphone

Cependant avant de se décider à installer l’application, il faut pouvoir le faire. En 2019, 15% de la population française déclare ne pas utiliser Internet au cours de l’année. Selon l’INSEE, une personne de plus de 75 ans sur deux ne bénéficie pas d'accès à Internet depuis son domicile. Une donnée importante puisque les plus fragiles au coronavirus se trouvent justement dans cette tranche d’âge. Par contre, chez les jeunes seulement 2% des 15-29 ans ne sont pas équipés. C'est également le cas des 34% des moins instruits contre 3% des diplômés d’école supérieure ainsi que des 16% des plus modestes contre 4% des ménages les plus aisés. Résultat : 4,46 millions de français ne peuvent tout simplement pas utiliser cette application. Cette application se révèle être au bout du compte, discriminante.

Les iphones hors de la partie

Pour fonctionner, en l’absence de géolocalisation privée, l’application StopCovid doit pouvoir échanger des informations via le Bluetooth. Pour ce faire, chaque smartphone disposant de ce programme doit activer la liaison sans fil. Facile à faire, mais assez peu évident pour des personnes moins expérimentées. De plus les iPhones ne permettent pas à une application d’utiliser le Bluetooth en continu. Apple a désactivé le lien entre le Bluetooth et les applications inactives depuis de multiples années afin de protéger ses utilisateurs contre des dispositifs de publicité géolocalisée. Par conséquent, dès que l’utilisateur ouvrira une autre application ou verrouillera son téléphone, l’application StopCovid sera fermée.

La technologie seule ne suffit pas

La Corée du sud, Hong Kong, Taïwan et Singapour montrent à l’Europe, les différents scénarios plausibles pour le futur. Masques, distance de sécurité ainsi que les différents moyens de gérer la transmission via la technologie. La France analyse attentivement les techniques de ces pays.
Les asiatiques se tournent vers le traçage numérique de la population, via la géolocalisation des téléphones mobiles, c’est d’ailleurs ces applications qui ont inspiré stop covid. Néanmoins le pistage numérique s’avère tout de même moins efficace qu’espéré. Les singapouriens voient le taux de contamination repartir à la hausse. Les autorités avaient pourtant partagé l’application en open source et donné accès à un livre blanc. Tout comme stop covid, l’installation de l’application s’avérait optionnelle voulant laisser le choix à tous. Sauf que cette permissivité axée sur la liberté n’a pas totalement fonctionné, malgré une population parfaitement disciplinée. Un résultat décevant puisque cette ile peuplée de seulement 6 millions d’habitants n’a pu retracer que la moitié des cas et leur application n’a permis de toucher que 20% de sa population.

Autres solutions même principe

Néanmoins Singapour n’est pas le seul pays à s’être dirigé vers un suivi digital. Deux modèles d’applications coexistent, qui ont des buts différents. « Deux logiques sont en œuvre », explique l’Observatoire des libertés et du numérique, qui regroupe notamment la Ligue des droits de l’Homme, la Quadrature du net, le Syndicat de la magistrature. Certaines applications ont pour but de « géolocaliser les populations et vérifier qu’elles respectent le confinement », d’autres de «signaler aux personnes qu’elles ont pu être en contact avec des malades du Covid-19 ». Le deuxième type s’apparente donc à Stopcovid.

 Les Britanniques : favorable au traçage

Nos voisins les britanniques pensent eux aussi à développer une application de traçage numérique. Selon les chercheurs de la Cass Business School (City University of London), le peuple anglais préfère adopter l’application proposée par quelqu’un d’autre que celle de son gouvernement. De surcroit, les utilisateurs veulent une « date limite » pour la suppression des données collectées via l’application. Demandant à un échantillon représentatif de 2061 adultes britanniques de choisir entre différentes configurations d’applications de traçage numérique, les britanniques émettent une opinion forte à propos des diverses fonctionnalités.
  • Une application « Adoption maximale » ayant le taux d’adoption le plus élevé, en dépit des implications pour la vie privée et les libertés individuelles, obtient le taux d’adoption maximal, avec 77,6 %.
  • Une application « Recommandée » avec le taux d’adoption le plus élevé tout en préservant la vie privée et les libertés individuelles présente un taux d’adoption de 73,5 %.
  • L’application « Expected NHSX » annoncée par le gouvernement britannique (sur la base d’une analyse de la couverture médiatique et des blogs NHSX) a le taux d’adoption le plus bas, avec 51,1 %.

Enfin, les chercheurs ont également constaté que les gens sont plus susceptibles d’adopter une application s’ils ont peur du Covid-19, si eux-mêmes ou leur famille ont été malades ou ont ressenti des symptômes, et/ou s’ils ont été impactés financièrement ou psychologiquement par le confinement.

Abandon de sa liberté

Chaque pays choisit ce qui lui semble le plus convenable. En Israël, les autorités utilisent les données de localisation des téléphones portables pour identifier les malades potentiels. Tandis qu’en Corée du sud, au lieu d’un suivi, leur application sert à vérifier si les habitants malades respectent bien leur quarantaine. Autre logique en Pologne : l’application permet de contrôler le respect de la quarantaine stricte pour les personnes revenant de l’étranger. Utilisant la géolocalisation et la reconnaissance faciale : il faut envoyer sa photo depuis son smartphone pour prouver ‘’qu’on est bien chez soi’’.

Abandon de sa liberté

Dans une Tribune du Financial Times intitulée ‘’Le monde après le Corona Virus’’ l’historien Yuval Noah Hariri explique que : « Des décisions qui, en temps normal prendraient des années de discussion sont actées aujourd’hui en quelques heures. Des technologies immatures, et même dangereuses sont utilisées, car les risques de ne plus rien faire sont plus grands ». Cependant le Conseil national du numérique pointe un « risque de pérenniser et banaliser certaines formes de suivi numérique.» La CNIL insiste sur la nécessaire sécurité du dispositif et fait des préconisations techniques. Avant de lancer le projet, elle souhaite se prononcer après la tenue du débat au Parlement, « afin d’examiner les modalités définitives de mise en œuvre du dispositif, s’il était décidé d’y recourir. »

Test et prévision juin

« Aujourd’hui, on peut se dire qu’on sera prêt pour le 2 juin », affirme sur BFM Business Cédric O, le secrétaire d’Etat au Numérique. Il précise : « Nous entrerons dès la semaine prochaine en phase de test, c’est-à-dire que nous reproduirons des situations réelles pour vérifier que l’application fonctionne bien. Cette disposition nous permettrait je pense, si le Premier ministre et la conférence des présidents des assemblées en décident, de faire en sorte que nous puissions revenir devant les parlementaires (...) dans la semaine du 25 mai pour envisager un déploiement lors de la deuxième phase du déconfinement à partir du 2 juin». Loin d’être encore approuvée, l’application doit faire ses preuves lors de la deuxième phase du déconfinement mais sans Google et Apple !

Sans Google et Apple

Les deux GAFA : Apple (IOS)et Google ( Android) , proposent leur aide aux différents pays. Une main tendue que la France désire ne pas prendre. Nous sommes un des rares pays à avoir refusé leur proposition clef en main. " main. "C’est la mission de l’État que de protéger les Français : c’est donc à lui seul de définir la politique sanitaire, de décider de l’algorithme qui définit un cas contact ou encore de l’architecture technologique qui protégera le mieux les données et les libertés publiques", clame Cédric O dans le JDD. Vertueuse idée, mais qui n’est pas sans conséquence comme l’avoue le secrétaire d’État au Numérique sur BFM Business: « Apple aurait pu nous aider à faire en sorte que cela marche encore mieux sur les iPhone. Ils n'ont pas souhaité le faire, pour une raison d'ailleurs que je ne m'explique guère. Qu'une grande entreprise, qui ne s'est jamais aussi bien portée en termes économiques, n'aide pas un gouvernement à lutter contre la crise, il faudra s'en souvenir le moment venu… »

Google et apple : une autre solution clef en main

« ExposureNotification », tel se nomme le projet de Google et Apple refusé par la France. Idéalement, intégrée dans les prochaines versions iOS et Android, l’application marchera elle aussi via bluetooth. Intéropérable, un smartphone sous Android pourra donc communiquer avec un iPhone. Apple explique ainsi que l'objectif consiste à faire la différence entre deux personnes se baladant dans la rue, et deux personnes entretenant une conversation ou un échange. L'objectif est donc d'intégrer la durée et la distance lors d'un contact lors de l'échange entre deux smartphones
Bien évidemment, la question de la confidentialité des données sera essentielle, d'autant que Google et Apple sont très souvent attaqués sur le respect de la vie privée.

  Une France réaliste : Pas de « solutionnisme » technologique

Le gouvernement ne se laisse pas aveugler par cette application. Dans son rapport d’étape sur la mise en œuvre de l’état d’urgence, ils affirment qu’« un outil numérique n’est pas un instrument magique. Ce sont ces mesures sanitaires qui ont un rôle prééminent dans l’éradication de la pandémie : être renvoyé à un simple « numéro vert » ne devra pas être l’unique réponse faite à un utilisateur alerté par l’application ! Les rapporteurs recommandent donc de ne lancer une telle application qu’une fois que seront déployés sur le terrain l’infrastructure et les moyens humains indispensables à son bon fonctionnement, et pas avant. La constatation pourrait en être faite, après analyse des moyens disponibles, par le comité scientifique.». Stop-covid, dont l’appellation fait d’ailleurs débat, dû à cette idée que ce dispositif puisse éradiquer la maladie, se doit de compléter un ensemble de mesures sanitaires déjà en place (enquêteurs sanitaires, masques, tests, lieux d’isolement).

Une suppression à la fin de la pandémie

Avec la réticence de se lancer dans cette innovation sécuritaire, peu de français déclarent vouloir partager ses données. Pourtant, le Sénat affirme dans son second rapport d’étape sur la mise en œuvre de l’état d’urgence sanitaire, que l’application devra être supprimée à la fin de la pandémie : « Face au risque d’accoutumance de la population à un dispositif numérique de surveillance et au danger d’un «effet cliquet » (des mesures d’exception une fois appliquées se révélant plus difficilement supprimables et finalement intégrées dans le droit commun), le dispositif mérite d’être strictement encadré dans le temps. Ainsi devraient être prévues, de droit : « tant l’effacement des données dès qu’elles cessent d’être nécessaires, que la suppression à terme de l’application elle-même. » explique l’état.
Par Lorely Sioule. Journaliste.
 

Auteur

  • Rémi Bain-Thouverez

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