Terminal 4 : le projet pharaonique d’ADP

Actualité

Avec plus de 72 millions de passagers accueillis en 2018, les terminaux de l’aéroport Paris – Charles-de-Gaulle sont aujourd’hui à saturation, en tout cas pour assurer une qualité de service correcte. Certes, pour absorber les 2% à 3% de hausse de trafic annuelle attendus dans les années à venir, le Groupe ADP peut toujours « densifier » ses opérations. Il peut aussi compter sur la réouverture en 2020 du terminal 2B et sur les 6 millions de capacité supplémentaire qu’il apportera. Mais pour absorber l’augmentation de trafic qui se profile à plus long terme, ADP a choisi de construire un nouveau terminal – l’équivalent d’Orly – au cœur de CDG. Un projet actuellement présenté aux riverains et aux acteurs locaux.

Le constat d’ADP est simple. Sur les vingt prochaines années, le trafic à Paris–Charles-de-Gaulle (72 millions de passagers en 2018) devrait croître de 2% à 3% par an. Pour absorber cette croissance, sans dégrader la qualité de service par saturation des capacités d’accueil, le gestionnaire des aéroports parisiens va lancer un projet pharaonique. Le terminal 4, d’une capacité d’accueil de 35 à 40 millions de passagers, soit l’équivalent d’Orly, sera construit au cœur de la plateforme située au nord de Paris, sur une zone de 167 hectares comprenant actuellement le T3, des aires avions et des installations techniques à reloger.
Le chantier, au coût estimé de 7 à 9 milliards d’euros, doit commencer au premier semestre 2021. Il comprend la construction de plusieurs bâtiments, de voies de circulation et de réseaux de desserte routière et ferrée interne à la plate-forme. Le Terminal 4 doit être totalement opérationnel à l’horizon 2037. Une ouverture partielle est prévue en 2028, les phases ultérieures s’échelonnant jusqu’à la livraison finale.

À lire aussi

Un pacte territorial

Groupe ADP explique que dans sa phase d’exploitation, le Terminal 4 pourrait générer jusqu’à 50 000 nouveaux emplois directs et 225 000 nouveaux emplois soutenus. Ce projet colossal, ADP n’entend pas le mener tout seul dans son coin, mais indique au contraire vouloir renouer un véritable pacte territorial. Sans doute avec également en tête l’idée de déminer par avance d’éventuelles oppositions (on pense notamment aux associations de riverains), le groupe a décidé de lancer une grande consultation alors même que rien ne l’y obligeait, puisque le projet n’implique pas la construction de pistes supplémentaires.
Menée sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP) qui a mandaté quatre garants indépendants : Floran Augagneur, Jean-Pierre Bompard, Laurent Demolins, et Gérard Feldzer, la concertation du projet de développement de l’aéroport Paris–Charles-de-Gaulle et d’aménagement du terminal 4 a commencé le 12 février 2019.
A l’heure où le grand débat national bat son plein, le périmètre retenu pour cette concertation concerne 480 communes, répartie sur 7 départements (Seine-et-Marne, Yvelines, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Val-d’Oise, Oise, et Paris). Les thématiques principales qui se sont imposées lors de la phase préparatoire sont les nuisances sonores (28%), l’enjeu environnemental (27%), le développement socio-économique, dont la création d’emplois (25%), mais il y en a bien d’autres.
Le site Internet Terminal4-cdg@adp.fr, entièrement consacré à ce projet se veut également plateforme d’information et de contribution au grand public, y compris pour ceux qui n’habiteraient pas les communes concernées. On y trouve le détail du projet et de ses impacts, les temps forts de la concertation et l’invitation à s’exprimer et le recueil de toutes les études et des sites annexes cités dans le dossier de concertation.

Ateliers participatifs

Par ailleurs, 10 réunions publiques sont prévues et plusieurs cafés participatifs seront organisés dans différentes villes du territoire. L’objectif est que les habitants puissent échanger, dans un cadre convivial et moins formel, avec des ambassadeurs du projet.
A cela il faut ajouter une dizaine d’ateliers participatifs (cinq à six pour les riverains de l’aéroport, un pour les salariés et deux spécifiquement pour les jeunes de 16 à 25 ans). Et deux visites seront organisées pour appréhender, sur le terrain, la future zone où sera implanté le Terminal 4. Les dates ont été fixées aux 19 mars et 16 avril.
A l’issue de cette concertation qui doit durer jusqu’au 12 mars, les garants de la CNDP rédigeront et publieront un rapport (a priori en juin 2019) intégrant les remarques, retours et suggestions qui entreront en compte dans le projet. De son côté le groupe ADP rendra publics les engagements qu’il prendra.

Accès

CDG Express, le train de la discorde
Les accès routiers et ferrés aux plateformes parisiennes sont un enjeu majeur. ADP a d’ailleurs fait de la décongestion des accès routiers à CDG une de ses priorités de l’année 2019. Les voies d’accès au futur terminal 4 devraient également servir à délester celles qui mènent au T2. Si personne ne peut contester l’importance de l’amélioration des accès routiers, il est un autre chantier loin de faire l’unanimité. C’est celui de CDG Express, le train rapide qui doit relier Paris à l’aéroport de Roissy. La ministre des Transports a signé le contrat de concession du CDG Express ce mois-ci. Une étape indispensable pour que le consortium formé par le groupe ADP, SNCF Réseau et la Caisse des Dépôts puisse respecter un timing permettant de livrer l’outil pour les JO de Paris 2024. Pour autant, de nombreuses voix de sénateurs, députés, maires, partis politiques, syndicats de compagnies aériennes, associations de riverains s’élèvent encore et toujours contre le futur train rapide. Les craintes portent sur une dégradation des services sur les trains du quotidien et en particulier les lignes du RER B. Mais aussi sur le fait que ce moyen de transport sans arrêt dans les communes les plus défavorisées ne serait qu’un « train des riches ». Autre crainte notamment du Scara (syndicat des compagnies aériennes autonomes), la mise en place sans doute inévitable d’un nouvel « impôt » payé par les passagers des compagnies aériennes pour rendre le projet économiquement viable.

Publié par Mathieu Garcia

Journaliste - Rubrique Transport - Le Quotidien du TourismeMe contacter

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières infos par E-mail.
À lire aussi

Vos réactions

  1. 50 ans après l’inauguration de Roissy 1, peut-être une liaison ferroviaire directe ?! ADP à tout fait pour qu’elle ne voit pas le jour. Ainsi l’établissement protégeait ses parkings, sources importantes de revenus. Et à l’époque (fin du XXe siècle) le lobby des taxis était encore puissant et a œuvré pour qu’il n’y ait pas de liaison en transport en commun Paris/ Roissy. CQFD…

Réagir à l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *