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Transport

Fabrice Dariot : "Les compagnies aériennes ne peuvent pas prendre en otage les agences de voyages et les clients"

Publié le : 01.04.2020 I Dernière Mise à jour : 01.04.2020

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Fabrice Dariot, président de Bourse des Vols, soutient que le gouvernement ne peut pas aider simplement la compagnie nationale. ©DR

Il y a quelques jours, le gouvernement a fait savoir, par la voix du secrétaire d'État Jean-Baptiste Djebbari, que toutes les solutions étaient envisagées pour sauver Air France de la faillite, y compris la nationalisation. Une hypothèse qui fait bondir Fabrice Dariot, président de Bourse de vols. Interview.


 
Le Quotidien du Tourisme (QDT) : L’État prévoit d’aider massivement Air France pour surmonter la crise liée au coronavirus. Une position qui suscite un tollé auprès de certains patrons du transport aérien…
Fabrice Dariot (F.D.) : L’heure est grave pour l’ensemble des entreprises françaises et pour le consommateur. Mais le pire qui puisse arriver, c’est de sauver les compagnies historiques et de ne pas sauver les compagnies alternatives. Ce serait immoral, inefficace et dangereux. Il n’y a pas de raisons de laisser tomber les transporteurs qui opèrent des vols intérieurs en France, qui desservent les Dom-Tom… Spontanément, j’ai plutôt envie de sauver Air Tahiti Nui, Air Austral, Air Corsica et Air Caraïbes avec l’argent public, parce qu’elles permettent au consommateur d’avoir le choix et des prix bas. Avec le retour d’un monopole national, nous ferions un bond dans les années 80, lorsqu’un billet pour les Antilles valait un Smic ou deux ! Sans compter qu’on a déjà un monopole ferroviaire onéreux en France avec la SNCF…
QDT : Le secrétaire d’État Jean-Baptiste Djebbari a en effet annoncé le 29 mars dernier que la nationalisation d’Air France était « une hypothèse » pour le gouvernement. Qu’en pensez-vous ?
F.D. : Ma question est plutôt « Quel en serait le but ? » S’il s’agit de sauver la desserte de nos territoires, beaucoup de compagnies peuvent s’en occuper, y compris des low cost, à des prix compétitifs. S’agit-il de sauver le trafic vers Tahiti et La Réunion ? D’autres compagnies [qu’Air France, NDLR] le font très bien. Il y a aussi une foultitude de compagnies sur le Paris-New York, le Paris-Bangkok, le Paris-Le Cap… Si l’opérateur historique meurt, d’autres compagnies prendront la place. C’est arrivé en Suisse et en Belgique.
QDT : Certains vous répondront qu’il s’agit de sauver des emplois. Pour rappel, le groupe Air France emploie plus de 84 000 personnes.
F.D. : On ne va pas nationaliser tout le pays pour sauver des emplois ! Par exemple, on va apporter de l'aide aux agences de voyages de quartiers, pas les nationaliser. On ne va pas nationaliser les 3 000 points de vente Selectour ! Cet apport d’argent public serait malsain. J’ai d’ailleurs le même raisonnement pour les compagnies nationales italienne, espagnole, allemande… Elles doivent revoir leurs ambitions, se rapprocher d’une distribution jusqu’ici mal traitée, laisser la place à d’autres compagnies qui fonctionnement avec des règles de concurrence saine. Mais certainement pas devenir une entreprise publique. Il y aura toujours une suspicion que ce soit sur l’attribution des slots, sur leurs liens avec les différents organismes du secteur… La nationalisation, c’est la pire des solutions, ça tue l’avenir.
QDT : Que préconisez-vous pour soutenir le transport aérien français ?
F.D. : Toutes les compagnies aériennes méritent des facilités de caisse, des crédits-relais, des suspensions de charges pour faire face à une crise sans précédent. S’il y a 50 milliards d’euros à donner, autant le faire sous forme d’aide sectorielle avec des critères transparents pour l’ensemble des transporteurs. Jusqu’à présent, les mesures du gouvernement, pour l'ensemble des entreprises, ont été prises rapidement et sont plutôt bonnes. Il était difficile de faire plus vite et plus fort. Ça a le mérite de dire que tout le monde a les mêmes aides. La même logique doit être appliquée au transport aérien. Ce qu’on demande, c’est une égalité des chances de survie pour tous. De leur côté, les compagnies aériennes ne peuvent pas prendre en otage les agences de voyages et les clients sous prétexte qu’elle manque de trésorerie.
QDT : Le président de la Fnam a déclaré que toutes les compagnies aériennes sont menacées de disparition, y compris Ryanair. Qu’en pensez-vous ?
F.D. : Tout le monde est menacé de disparition aujourd’hui, c’est un fait. Concernant Ryanair, je pense que son modèle a été construit justement pour survivre à ce type de crise en recours au leasing, en clouant sa flotte au sol… Elle est l’une des compagnies aériennes calibrée pour durer le plus longtemps. Les low cost seront à mon sens celles qui auront la plus grande résilience. Pour les autres, et en particulier pour Air France, ce n’est pas parce qu’on est menacé qu’on doit dire à l’État « Nationalisez-nous ! ». Le rôle de l’État est de donner la possibilité de se refinancer pour que le trésorerie tienne le temps qu'il faut avant la reprise.

Auteur

  • Manon Gayet

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