Les petits-déjeuners du Quotidien du Tourisme : « L’assurance / assistance, un vrai service qui fidélise, une vraie source de revenus pour l’agence »

Assurance

Tous les mois, Le Quotidien du Tourisme / Le Mag organise à l’hôtel Bristol à Paris des petits-déjeuners thématiques. Autour de la table, pour aborder la question de l’assurance-assistance, nous avons reçu Dominique Beljanski (Plein Ciel Voyages), Boris Reibenberg (Présence Assistance Tourisme), Saïd Fard (SNSA), Jean-Luc Marinier (Allianz Travel) et Jean-Philippe Lardenois (April Voyages).

 

Quels sont les différents types d’assurances dans le voyage ?

Dominique Beljanski (Plein Ciel Voyages) : Ce qui se vend dans les agences de voyages et aussi sur les plateaux d’affaires, c’est une solution globale qui permet aux voyageurs de se déplacer en étant assurés sur place et, aussi, avant le début du voyage : c’est la fameuse assurance annulation qui lui permet d’annuler son voyage et de pouvoir être remboursé des frais engagés par un voyage qui n’aura pas lieu. Ensuite, on a une palette de propositions de la part de nos assureurs qui est très complète. Elle part du simple billet d’avion que l’on peut assurer avec de l’annulation jusqu’à l’assurance annulation-rapatriement-assistance pour des voyages qui peut couvrir un simple billet d’avion et qui est bien souvent enclenchée dans des cas de voyages bien plus chers, plus complets, sachant que le client ne se rend pas bien compte de ce qu’est une assurance.

 

Jean-Luc Marinier (Allianz Travel) : Il y a la personne qui veut juste couvrir le risque d’annulation. Après, il y a des formules plus ou moins complètes. La partie annulation couvre « avant le voyage », la partie multirisques couvre « pendant le voyage », le cœur de la garantie reste la partie assistance médicale et, aussi, l’assistance financière. Quand un voyageur part à l’étranger, il s’expose à un risque financier qu’il n’a pas en France. Et là, s’il n’est pas bien couvert, il pourra avoir à sa charge 150.000 ou 200.000 euros.

 

Saïd Fard (Syndicat national des sociétés d’assistance) : Je donne un exemple simple. Aux Etats-Unis, j’ai eu malheureusement le cas d’une personne qui a fait un arrêt cardiaque. Au bout de douze jours, on était déjà à plus de 300 000 dollars de factures de soins intensifs alors que la plupart des contrats d’assurances couvrent jusqu’à 150 000 dollars. Il est donc important d’être bien conseillé et d’avoir la bonne assurance pour être tranquille et ne pas, par exemple, avoir à hypothéquer sa maison.

 

Jean-Luc Marinier: Ce n’est pas rare. Nous avons actuellement un avion sanitaire qui part chaque jour chercher une personne. On a 47.000 dossiers ouverts pour des assistances médicales.

 

Saïd Fard : Les coûts d’un rapatriement varient entre 8000 euros, s’il est effectué avec une compagnie régulière, et jusqu’à 75 000 euros pour un avion qu’on affrète. Ce n’est pas forcément la partie la plus chère, ce qui coûte, c’est quand le voyageur est obligé de rester à l’hôpital. C’est pour cela que l’on fait le maximum pour rapatrier la personne le plus rapidement possible. On a des soins de qualité en France et les gens sont proches de leur famille. On a besoin de l’assistance partout. On peut tomber malade dans le monde entier. Après, les conséquences ne sont pas les mêmes à la fois en termes de qualité de soins et conséquences financières.

 

Dominique Beljanski : Imaginez que l’on doive expliquer tout cela à nos clients alors que l’on vient de leur vendre un voyage de rêve. « Vous allez faire un très joli voyage à l’île Maurice mais j’ai quelques petites précisions… » Et, là, qu’est-ce que vous voulez que l’on fasse, nous, commerçants? Nous sommes des marchands de rêve. C’est très compliqué.

 

 

Et chez April, que proposez-vous ?

Jean-Philippe Lardennois (April Voyage): Un courtier en assurance voyage, c’est un peu comme un agent de voyages sauf que l’on vend de l’assurance. On a des porteurs de risques, assureurs, réassureurs, assisteurs et nous avons des distributeurs qui sont des agents de voyages, tour-opérateurs ou des courtiers. On assemble, on fait des partenariats en amont et en aval pour proposer des produits qui couvrent avant, pendant et après le voyage. Nous les ajustons à chaque typologie. On a parlé du business travel, vous avez des personnes qui vont faire des activités plutôt sportives, vous en avez  qui font de l’autocar, des voyages à haute contribution. On package des garanties pour proposer des produits adaptés au profil des clients des distributeurs. On fait du sur-mesure à grande échelle, sachant que nous sommes sur un marché artisanal. Les agents de voyages sont des commerçants, il faut leur parler avec le même niveau de langage. On ne peut pas parler comme un industriel, « mon process c’est comme ça et ce n’est pas autrement ». Chaque distributeur travaille avec des outils différents et dans un environnement local différent. Vendre une assurance à Brest, en Alsace ou à Bordeaux, c’est un peu différent. Il faut prendre en compte tout cela pour accompagner le distributeur à pouvoir vendre le rêve et tenir la promesse de l’assurance. Et, comme tous les courtiers, nous avons un pack de couverture qui permet de protéger le distributeur face à ses obligations légales. On  a le panel complet pour protéger les clients des distributeurs et protéger le distributeur.

 

Boris Reibenberg (Présence Assistance) : On peut ajouter l’annulation d’évènements, c’est important aussi. Un évènement, ce n’est pas forcément organiser l’anniversaire de Ford, ça peut être aussi fêter les 80 ans du grand-père qui emmène toute la famille. Et si le grand-père a un souci, il n’y a plus de voyages, c’est beaucoup d’investissements pour tout le monde…

 

 

Que sont devenues les assurances neige et soleil ?

Boris Reibenberg : Ça existe toujours mais, globalement, il n’y a qu’une assurance, même si on peut tout assurer. Une compagnie de croisières vient par exemple de me demander d’assurer un piano qui coûte 140.000 euros et qui va être sous sa responsabilité le temps d’une croisière à thème. Je me rappelle d’une réunion de l’ex-Snav où l’on était au moment de la crise H1NI. C’était grandiose : tout le monde était là, courtiers, assureurs et le président du Snav de l’époque nous dit: « C’est catastrophique, les clients ne voyagent plus ». On fait le tour et puis les assureurs disent: « On ne peut rien faire, c’est des milliards ». A l’époque, nous travaillions avec Groupama qui a accepté de prendre le risque. Le lendemain, toutes les compagnies ont suivi, et on a gagné de l’argent!

 

Jean-Luc Marinier : Je vais défendre les compagnies. Nous sommes vigilants avec ce genre de garanties, nous ne voulons pas apporter de fausses promesses avec des plafonds, des limites, des petits astérisques. Elles ne font que décevoir le client à l’arriver. Nous voulons renforcer l’image –pas très positive– de l’assureur. Toutes ces garanties soleil étaient très subjectives. On travaille beaucoup plus à analyser le parcours client et de quoi il a réellement besoin. On réunit des groupes de clients qui ont bénéficié de l’assistance et on regarde avec eux ce qui a été utile et ce qui a été utilisé. L’objectif des différentes lois qui sont en train d’être déployées est de faire en sorte que l’assurance soit utile et utilisée. On travaille beaucoup sur cela : si l’assurance ne sert à rien, ils finissent par ne plus souscrire. On met donc en place des services à valeur ajoutée comme de la téléconsultation médicale, du télé-conseil ou une visio-conférence avec le médecin pour apporter un peu plus d’humanité. Quand on part à l’étranger, c’est parfois très utile d’avoir un médecin français en ligne et recevoir ainsi une ordonnance sur son smartphone sans avoir à passer par l’hôpital qui va vous voir arriver parce que vous êtes le touriste. « On va vous faire un check-up complet parce que vous avez une gastro et ça peut influer sur la main »… On est là pour organiser, sécuriser et apporter des services qui ont une vraie valeur ajoutée.

 

Dominique Beljanski : Quand on a fait une vente, il faut savoir ne pas trop en faire. La garantie « neige et soleil », je ne l’ai pas proposée, c’est limite pipeau.

 

Jean-Philippe Lardennois: Cette garantie soleil et neige est une fausse promesse. Le monde de l’assurance est un métier qui fait une promesse, la promesse d’être là au moment où il vous est arrivé quelque chose au regard du contrat que vous avez signé. Ce qui est important, c’est délivrer la prestation. C’est comme quand vous sauvegardez votre ordinateur, ce qui est important, ce n’est pas la sauvegarde, c’est la restauration. On travaille de plus en plus sur le fait d’avoir des services utiles aux clients et aux distributeurs, le rassurer dans sa vente.

 

Boris Reibenberg : La technologie nous permet de faire des choses que l’on ne pouvait pas faire il y a quelques années et ça serait stupide de ne pas s’en servir. Le gros du coût pour les assureurs, c’est l’annulation du voyage : deux tiers. L’autre tiers, le seul qui n’est pas « maîtrisable », c’est l’assistance. Personne ne souhaite se blesser quand il est en voyage. C’est là où l’on a un véritable levier sur les frais. Quelqu’un qui annule un voyage, qu’il soit ou pas dans les clous de l’assurance, a un vrai problème. En assistance, le boulot, c’est de ramener le client parce que ça coûte et qu’il veut rentrer. Quelle que soit la catégorie professionnelle du gars qui se coupe le doigt, c’est « maison ».

 

Jean-Philippe Lardennois : Des pays ont développé du business là-dessus. Il y a des régions dans le monde où vous vous faites soigner pour une coupure du doigt et ça vous coûte 100.000 dollars. Ils savent que vous êtes assistés derrière. On rentre dans un mécanisme pas forcément mafieux mais compliqué. On l’a tous vécu, c’est là où il y a quelque chose à faire.

 

Saïd Fard : On a besoin de l’assistance partout, on peut tomber malade dans le monde entier. Mais les conséquences ne sont pas les mêmes à la fois en termes de qualité de soins et financiers. Aujourd’hui, le risque se reporte un peu plus sur les pays les plus développés, en particulier l’Amérique du Nord où les frais médicaux sont très chers. La première chose, c’est le conseil en agences, c’est-à-dire qu’en fonction du pays où l’on voyage il faut avoir les bonnes couvertures, parce qu’il y a des plafonds parfois qui peuvent ne pas être suffisants. Il faut être aussi attentif aux gens qui en font un business. C’est pour cette raison que les assisteurs déploient de plus en plus le télé-conseil et même la téléconsultation par endroit. Nous recommandons aussi à nous clients sur place, dès qu’il y a un problème, même un petit, il de nous appeler en priorité. Une consultation chez un spécialiste aux Etats Unis c’est 600 dollars ! Et si vous tombez malade dans un hôtel il ne faut surtout pas aller voir le médecin de l’hôtel. Notre métier consiste avant tout à rassurer les gens. Nous vendons la tranquillité. Nous voulons que nos clients partent l’esprit tranquille. Nous leur disons : « S’il vous arrive quelque chose, nous sommes là ». Une hospitalisation aux Etats-Unis peut coûter très cher. Comme dans le cas de ce client qui a eu un arrêt cardiaque. On l’a ranimé. Ça a couté environ 350.000 dollars. Il avait une assurance jusqu’à 150.000 dollars de frais. Heureusement nous avons fait jouer plusieurs assurances. D’ailleurs quand on dit vous êtes sur-assurés, ce n’est pas toujours vrai. Le fait de nous appeler en premier a une autre vertu : nous pouvons réorienter le client vers des professionnels sur place que nous avons sélectionnés et validés. Il y a également tout l’accompagnement de la famille qu’il faut envoyer au chevet de la personne. Enfin, il faut gérer le rapatriement car le vœu le plus cher de n’importe quelle personne est de rentrer chez elle.

 

Quel est le pays le plus cher en matière de soins ?

Saïd Fard : Les Etats-Unis, le Canada ou encore la Thaïlande.

 

Boris Reibenberg : Ce qui est important, c’est le réseau de prestataires, sa qualité, sa densité. C’est extrêmement important. Il y a quinze ans, quelqu’un qui tombait dans l’escalier de l’hôtel, rampait et allait jusqu’au desk. Aujourd’hui, il t’appelle dans l’escalier et ne comprend pas que tu ne viennes pas l’y chercher. Il confond assisteur et Samu. Le smartphone existe, on ne va pas s’en plaindre. Il faut savoir ce qu’il faut lui répondre et ce qu’il attend comme information. Quand on peut lui parler, c’est magnifique, car 90% des appels, c’est de la bobologie. Les appels sont extrêmement nombreux pour rien. Là aussi, il y a de la vigilance, il faut être là pour décrocher, c’est des coûts.

 

Jean-Luc Marinier : Si l’assureur a bien mis en avant son numéro de téléphone sur les applis et les documents papier, c’est lui est appelé en premier. Sinon, cela arrive dans les agences.

 

Saïd Fard : Si ce n’est pas fait, le client va appeler Dominique, agent de voyages, parce que c’est son meilleur client. Aujourd’hui, avec la technologie, on peut géo-localiser et, comme le disait Jean-Luc, mettre en place une visio-conférence. Aujourd’hui, l’essentiel des appels que l’on reçoit le sont pour obtenir des informations. Heureusement que tous les appels ne se transforment pas en rapatriement. Ce serait grave pour tout le monde. Nos médecins sont là pour savoir s’il ne s’agit pas juste d’un caprice pour obtenir un rapatriement. Nos assisteurs ne sont toutefois pas partout avec des filiales, d’où, effectivement, l’importance d’avoir un réseau extrêmement dense à travers le monde pour être représenté par des partenaires compétents qui travaillent main dans la main avec les assisteurs. Des pays comme la Thaïlande, par exemple, causent des difficultés mais il ne faut pas sous-estimer des pays émergents comme la Chine qui ont d’excellentes prestations mais qui ne parlent pas d’autres langues que le mandarin. Il faut donc un réseau bien implanté et l’écoute des autorités.

 

Dominique Beljanski: Je vais parler à mes amis assureurs et assisteurs. Votre métier est compliqué, c’est anxiogène, pas drôle du tout, pas facile à comprendre, rébarbatif. Il y aurait quelque chose à faire. Il faut éclairer nos vendeurs avec ce que vous venez de dire, en agences ou sur les plateaux techniques. Dès lors qu’ils proposent l’assurance, c’est compliqué. Pour deux raisons. Parce que, déjà, on a fourni énormément d’efforts pour vendre un circuit en Chine, un séjour en Thaïlande, du golf à Maurice, un club à Hammamet… ça y est on a fait la vente! J’en remets une couche. Là, je vais vous dire : « vous allez peut-être annuler » ou « une fois sur place, vous allez avoir un problème ». Et, là, le client/ vendeur se rétracte.

 

Boris Reibenberg : Je m’inscris en faux, totalement. C’est prendre le problème à l’envers. On confond deux choses, un produit et des techniques de vente.

 

Dominique Beljanski : Il ne faut pas former les vendeurs que sur les produits mais les accompagner sur la façon de le vendre. Je le maintiens, pour le vendeur, c’est difficile.

 

Boris Reibenberg :Nous faisons de plus en plus de formations chez nous par petits groupes. On leur fait visiter nos locaux, on leur montre comment on fonctionne. Il nous arrive d’aller chez nos assisteurs préférés leur montrer comment cela se passe et je peux dire que c’est en amont que cela se fait. C’est de la technique de vente, il faut éviter de trop en parler. Ils comprennent, les jeunes sont de plus en plus « cérébrés », tant mieux ! La formation se fait en amont ou en aval du produit, ils ont besoin de savoir. Contrairement à ce que nos assisteurs vont nous raconter, bien sûr que le client va appeler son agent de voyages! M. Dupont va appeler Ginette à l’agence. Si l’assisteur n’a pas répondu dans la minute, il va appeler l’agence. Il faut donc désarmer, on ne peut plus travailler comme avant. Il faut utiliser la technologie, l’écart de satisfaction des clients est incroyable.

 

Saïd Fard: Il faut prendre en compte un autre aspect, les ventes sur Internet qui n’offrent pas de conseils. C’est une aubaine pour nous d’avoir des vendeurs en agences qui peuvent conseiller.

 

Jean-Philippe Lardennois : Je ne suis pas d’accord, les personnes lisent les conditions générales en ligne, le taux de vente « full web » n’est pas extraordinaire alors que c’est un produit simple. Les clients appellent régulièrement les call-center pour vérifier qu’ils ont bien compris ce à quoi ils avaient droit.

 

Jean-Luc Marinier : La vente directe, c’est moins de 5%.

 

Boris Reibenberg : Les meilleurs acteurs qui ne sont que « web » n’obtiennent que 25% de taux de concrétisation, sinon c’est à peine 20%. Dans une agence physique ou via un call-center, c’est plus de 50%. Même 80% dans certains points de vente.

 

Jean-Philippe Lardennois : On fait plus de ventes en « face to face ».

 

Dominique Beljanski : De toute façon, nous sommes en « push ». On a l’obligation de préconiser et puis c’est une source de revenus.

 

Boris Reibenberg: La proposition d’assurances est obligatoire et il faut prouver qu’on l’a faite.

 

Saïd Fard : Pour nous, assisteurs, il est important que le client ait le maximum de conseils pour que son assurance soit adaptée à son besoin, c’est le rôle des vendeurs en agences. C’est fondamental.

 

Boris Reibenberg: La seule chose que j’ai apprise en assurances, c’est les masses. Ça ne trompe pas. Avec le nombre de garanties que l’on donne à un client, si le voyageur n’est pas remboursé, c’est vraiment qu’il ne le veut pas. Il faut donc une mutualisation extrêmement importante pour amortir, sinon on est mort. Il faut au moins 70% des clients en agences qui achètent le produit.

 

Jean-Philippe Lardennois : Les produits étant de plus en plus couvrants et les tarifs étant ce qu’ils sont, il faut atteindre des niveaux permettant d’avoir des effets de  mutualisation. Je donne un exemple simple : quand on a des assistances potentiellement à 150.000 euros et si les portefeuilles sont trop petits et qu’on ne fait que 1000 euros d’assurance, on a mille euros pour en absorber 150.000.

 

Boris Reibenberg : Ça se retrouve dans chaque point de vente. Si on n’a pas ça, nous ne serons plus suivis par les assureurs. On joue ensemble.

 

Jean-Luc Marinier : Quand on achète une assurance 50 euros, l’assureur doit payer l’assurance annulation, l’assistance, les frais de fonctionnement, plate-forme médicale, plateaux d’assistance, technologie, recherche et développement. Les marges de l’assureur ne sont pas celles que l’on imagine, elles sont extrêmement faibles, parfois négatives.

 

Boris Reibenberg  : Nous, courtiers, on a très mal habitué nos clients, le partage de la valeur n’est pas équitable. Ça fait longtemps que je le dis. Le partage de valeur doit se rééquilibrer un peu plus. L’agence de voyages, aujourd’hui, se goinfre et tant mieux pour elle, mais il faut qu’elle vende mieux, beaucoup mieux. Quand un patron d’agence dit à sa vendeuse: « si tu ne vends pas d’assurance, tu vas voir ailleurs si j’y suis », on voit tout de suite la différence, petits ou grands réseaux. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas d’accord avec des réseaux volontaires. Ce n’est pas normal que je travaille avec 250 agences Selectour alors que je n’ai pas d’accord avec le siège. On l’a fait parce que l’équilibre des contrats ne peut passer que par de la grosse souscription et si tu ne l’as pas dans une agence, tu es mort. Certaines prennent deux assureurs mais je ne ferai pas partie des deux. Ce n’est pas de la location de voiture, on n’a pas de problèmes de stocks.

 

Jean-Philippe Lardennois : Boris a raison. 20 agences peuvent mettre en péril l’intégralité d’un portefeuille de 900 points de vente qui font le travail.

 

Boris Reibenberg : C’est l’idiot de bonne foi, celui qui vend mais uniquement aux malades.

 

Dominique Beljanski : C’est aussi la limite des réseaux volontaires où l’on peut se dire « je suis dans un réseau mais juste pour ce qui m’intéresse ». La grande difficulté est de fédérer sur les référencements qui ont été signés, de piloter les ventes. Certains choisissent un réseau pour sa centrale de paiements parce que c’est pratique, mais pour le reste… On ne peut pas canaliser ce type d’adhérents. Aux assureurs de convaincre le patron, c’est de la présence, c’est de la formation. Il y a une étape après le patron, c’est le vendeur. Il peut avoir une prime.

 

Jean-Luc Marinier : Il est important depuis le 1er octobre de ne pas avoir de politique interne d’incitation qui soit de nature à aller contre l’intérêt du consommateur. Il doit être informé préalablement de ce qu’il va acheter, il ne doit pas être orienté ou faire en sorte d’avoir une politique interne de commissionnement qui fait qu’on va pousser un produit plus qu’un autre alors que le consommateur bénéficiait déjà de cette garantie. On va être sous le regard des autorités de contrôle sur ces parties-là. Cela vaut le coup de regarder ce qu’il y a dans cette loi, la Directive de l’intermédiation de l’assurance (DDA). Il y a des plafonds de vente. Si on vend une assurance de plus de 200 euros par personne, on est censé être courtier.

 

Jean-Philippe Lardennois : L’agence de voyages doit être courtier mais il existe des alternatives. Nous sommes capables de fournir aux agences des solutions de mandataires d’intermédiaire d’assurance. Il y a quand même un processus normalisé et des contraintes de formation.

 

Saïd Fard : La réglementation est contraignante. L’important, pour les assisteurs, c’est le conseil donné aux voyageurs pour qu’ils partent avec la bonne assurance. On ne doit pas ramasser que les mauvais risques et trouver un équilibre pour que les assurés soient bien couverts.

 

 

La rémunération et les formations sont-elles suffisantes ?

Dominique Beljanski : Le consommateur brandit un drapeau dès que quelque chose ne va pas/ Le conseil lisse beaucoup de problèmes potentiels. La formation est donc indispensable pour décomplexer le vendeur, pour qu’il se sente à l’aise.  J’ai assisté à des ateliers de vendeurs où j’ai entendu, « j’ai réussi à lui vendre une Premium Eco, je ne vais pas en plus lui vendre une assurance et lui faire peur ». Il faut arriver, en fin de vente, à parler de l’assurance de manière positive. Il faut trouver des mots simples, donner les codes pour ne pas casser le rêve que l’on vient de vendre. Si le patron d’agence n’est pas impliqué, il ne se passe rien. Pourtant, l’assurance est une bonne source de revenus. Il faut que ce soit incitatif pour qu’on y consacre du temps. Il faut aussi savoir rémunérer les vendeurs, j’y tiens beaucoup dans mon entreprise.

 

Jean-Philippe Lardennois : Dans les techniques de vente, on vend un package dans lequel on intègre des prestations annexes et lorsque le client peut être surpris du coût de ces prestations annexes, on « désinclut ». Dans les trois mois qui suivent une formation, les agents augmentent de 26% les ventes d’assurance. Dans un monde idéal, il faudrait former tous les agents de voyages tous les trois mois avec un mix présentiel et non présentiel.

 

Dominique Beljanski : Ce n’est pas facile, on vend le rêve puis le sinistre.

 

Boris Reibenberg : On a regardé avec les EdV cette nouvelle réglementation. Que demande l’Orias (Organisme pour le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance) aux agences ? une RC et une caution. Les agences l’ont déjà, c’est une caution illimitée des fonds déposés. Les agences sont bien mieux couvertes que les courtiers et on va leur donner notre agrément. L’Orias ne le savait pas, elle ne savait pas qu’il y a une nouvelle directive. C’est très compliqué de le leur faire comprendre. C’est peut-être pour récupérer 30 euros d’adhésion. J’ai proposé de les payer. On donnera aussi l’attestation de formation.

Jean-Philippe Lardennois : Quand on est mandataire d’intermédiaire d’assurances, c’est une formation qui peut être faite par l’intermédiaire d’assurances et focalisée sur le produit qu’on vend. Les visites de nos commerciaux et nos formations dépassent les 15 heures nécessaires mais il faut les justifier. Notre régulateur a décidé que l’assurance voyage devenait de l’assurance alors qu’on a été dérogatoire depuis 30 ans. Les Américains font du business, les Chinois copient et les Européens réglementent.

 

Boris Reibenberg : C’est là et il faut le faire. C’est un problème économique, les petites agences qui ne font plus de billetterie d’affaires ont un volume d’affaires assurable de 80%. Il faut leur parler « argent » et « résultat ». Le lobbying des compagnies d’assurances veut nous empêcher de faire ça, il y a un risque réglementaire.

 

Dominique Beljanski : La vente d’assurances fait partie intégrante de notre métier et on peut le proposer à chaque vente. C’est un vrai service qui fidélise, une vraie source de revenus pour nous. Quant aux cartes de paiement, nous arrivons à argumenter et à les convaincre de les bypasser.

 

 

 

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières infos par E-mail.
Réagir à l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *