Quand les trains sont bloqués, les passagers s’occupent

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Une météo pluvieuse et venteuse, prélude d’un week-end agité ?  C’est probable, surtout lorsqu’il débute par des perturbations sur le réseau SNCF à l’occasion du week-end de la Pentecôte. Un problème de train sur la ligne Paris-Caen-Cherbourg procure inévitablement quelques moments de tension, de désarroi. Il peut aussi donner lieu à quelques situations cocasses et créer du lien entre les gens.

 

Quand on doit partir de Paris Saint-Lazare à 19h04 et que le train de 18h04 affiche plus d’une heure de retard, on se dit que le week-end commence mal. Arbres sur les voies, rupture de caténaire, des agents SNCF en gare conseillent à ceux qui le peuvent de reporter leur voyage au lendemain matin. Quant aux autres, ils doivent faire preuve de patience et prendre le premier train qui partira.

 

Le train  de 18h04 est bondé. Quand il n’y a plus de place sur les sièges, les gens stagnent dans les couloirs. Fini la notion de première et seconde classe. Après une interminable attente, le corail Intercités numéro 3319 finit par s’élancer. Pour s’immobiliser une demi-heure plus tard au niveau de Mantes-la-Jolie. Quand le convoi repart, c’est pour de nouveau s’arrêter un peu plus loin. « Suspicion d’arbres sur la voie » indique la voie nasillarde de la contrôleuse. Deux étudiantes qui ne se connaissent pas commencent à échanger. Elles finiront par couvrir le wagon de leurs rires et devenir les deux meilleures amies du monde.

 

Il fait encore jour.  Dehors le vent souffle. Nouveau départ et nouvel arrêt quelques kilomètres après Lisieux. Cette fois, ça semble  sérieux : « Panne électrique. Il n’y a plus d’alimentation’. Stupeur à bord. Une nouvelle fois, les passagers se ruent sur leur téléphone. C’est lui leur meilleur compagnon de voyage.

Un Intercités n’est pas un TGV. Il n’y a pas de bar et donc pas de point de restauration. Un groupe d’amis se partage un paquet de chips. A quatre. Une dame demande un peu d’eau à sa voisine qui lui accorde. Mais sans plaisir.

 

Si le vent souffle toujours, la nuit est tombée. La contrôleuse invisible multiplie les annonces. Pour  dire qu’elle ne sait pas… « Papa, tu peux aller te coucher » déclare alors au téléphone un jeune homme à son père qui devait le récupérer en gare de Caen. Une femme pleure. Des bébés crient. « Je suis partie de Reims ce matin. Je viens voir mon fils à Cherbourg. Ça commence à faire long » déplore cette sexagénaire. « Le jour le plus long oui » ironise son jeune voisin alors que nous sommes en pleine période de commémoration des 75 ans du Débarquement. « ça on peut dire qu’ils en ont vu d’autres » ajoute une troisième personne en parlant des GI venus sur les plages de Normandie.

 

Dans ces moments d’attente, les langues se délient. Les râleurs expriment leur mécontentement, « ils sont toujours aussi nuls à la SNCF », les zens rassurent, « gueuler ne sert à rien, ça va s’arranger », et les fatalistes sont fatalistes. Et surtout ils dorment. Ou bien s’occupent. Grâce à une clé USB qui circule, des passagers se transmettent un film qu’ils visionnent sur leur propre ordinateur.

 

Mais en l’absence d’électricité, les batteries d’ordinateur ou de téléphone se déchargent. Prévenir un proche peut devenir problématique. Heureusement, il y a toujours quelqu’un pour aider. Alors qu’il est toujours bloqué au milieu d’une petite forêt, une porte du train finit par s’ouvrir. Puis une deuxième… Enfin de l’air ! Aussitôt les fumeurs se précipitent, papotent et sympathisent. En fait presque tout le monde parle avec tout le monde. Le wagon devient de plus en plus sonore.

 

Tout d’un coup, sans que personne n’y comprenne quelque chose, le train repart. Alléluia ! Il ne connaîtra plus d’ennuis jusqu’à son terminus Cherbourg. A Caen, on nous annonce que des paniers repas et de l’eau vont être distribués à bord. Sauf qu’il n’y en aura pas pour tout le monde. Les wagons de tête trop éloignés ne seront pas servis.

 

Ces 4 heures de retard ont montré au-moins une chose. Même s’ils éprouvent toujours un besoin irrépressible de consulter leur portable, les gens se sont mis à parler entre eux. A s’intéresser et se raconter leurs petites vies respectives. Dans ce train mis à l’arrêt par la tempête Miguel, des amitiés se sont nouées, des solitudes ont été comblées… Autant de parenthèses enchantées qui ne seront jamais reprochées à la SNCF.

Publié par David Savary

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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