Carpentras et le Comtat Venaissin, un condensé de Provence touristique

Destination

A 25 km d’Avignon et de sa gare TGV, le pays de Carpentras dispose par son histoire et ses spécialités d’une véritable identité. Patrimoines juif et pontifical, vignobles AOC, mont Ventoux, culture de la truffe et villages classés sont parmi ses principaux attraits. Si faute d’infrastructures elle se prête peu au tourisme d’affaires et souffre d’une image morcelée, la destination est malgré tout une excellente piste pour organiser hiver comme été week-ends et séjours de vacances.
Carpentras. Vendredi, 9 heures, jour de marché aux truffes. Un bref coup de sifflet. Au signal, un groupe qui bavardait à l’écart s’approche de tables installées sur la terrasse d’une brasserie. Commence un ballet mystérieux, fait de chuchotements à l’oreille, de sacs ouverts à la
dérobée, de têtes penchées à humer des parfums subtils : derrière les étals, les producteurs de truffes répètent avec les acheteurs un rituel centenaire, qui voit s’échanger chaque année, de novembre à mars, plusieurs kilos de “diamant noir”. Prix d’ouverture cette saison : 250 euros le kilo ! De quoi susciter bien des passions. La truffe est la principale attraction hivernale du Comtat Venaissin. Rehaussée par l’offre de menus spéciaux dans les restaurants de la ville et la visite d’exploitations truffières– toujours empreintes de mystère –, elle donne une atmosphère festive à la cité, et suffit à elle seule pour y organiser des courts séjours. Mais on se rend également à Carpentras pour d’autres raisons. Ancienne cité papale (Clément V s’y établit en 1313, avant que ses pairs ne choisissent Avignon), la ville a gardé de cette filiation religieuse un patrimoine insolite. L’Hôtel-Dieu, bâtiment majestueux construit au xviiie siècle à l’initiative d’un évêque, abrite une pharmacie ancienne réputée. L’ancien palais épiscopal, aujourd’hui palais de justice, cache encore la chambre d’apparat des évêques et la salle de réunion des états du Comtat Venaissin, l’ancien territoire administré par les ecclésiastiques. Surtout, le centre-ville dispose d’un trésor patrimonial incomparable, une synagogue, édifiée dès 1367 et dernier vestige du quartier juif de la ville. Chassés de France au xiiè siècle, les Juifs vinrent se réfugier ici au xivè siècle, en terre papale, où ils bénéficiaient de la liberté de culte. Plus tard, ce havre deviendra ghetto, une rue fermée chaque soir abritant plus de 1 500 personnes… Le centre plonge aussi le visiteur dans une atmosphère marchande étonnante. D’un côté, la rue des Halles et ses “couverts”, arcades à boutiques d’allure médiévale. De l’autre, le passage Boyer, une galerie couverte vitrée qui ressemble étonnamment aux passages à verrière de certains arrondissements parisiens. L’ambiance commerçante culmine le vendredi, lors du marché, classé “marché d’exception”, l’un des plus vastes de Provence. En dehors de la ville, les motifs de visite ne manquent pas non plus. Les routes des vins AOC côtes du Ventoux et côtes du Rhône ou encore la route des campaniles sont l’occasion de découvrir quantité de villages et de paysages remarquables, tels Malaucène, Venasque, Bédoin, les dentelles de Montmirail (un étonnant relief calcaire de crêtes aiguës), les gorges de la Nesque, le plateau du Vaucluse, Pernes-les-Fontaines (avec son Musée des traditions provençales), Séguret…Partout depuis ces routes, le mont Ventoux dresse sa fière silhouette et son dôme blanchi l’hiver par la neige, l’été par la rocaille dénudée. Si le géant de Provence (1 912 m) n’est pas accessible l’hiver en voiture (mais on peut y skier, voir ci-contre!), ses versants abritent une réserve mondiale de la biosphère et on peut aux beaux jours s’y affûter à loisir, à pied ou à vélo.
La mécanique de construction d’image est en marche
› Tous les atouts de la région ne sont pas exploités
avec la meilleure efficacité. L’identité patrimoniale, réelle, gagnerait à être doublée d’une plus grande lisibilité
géo-touristique, pour l’heure un peu fragmentée entre
le mont Ventoux, Carpentras, le plateau du Vaucluse et les dentelles de Montmirail. C’est l’une des tâches que s’est assignée il y a moins d’un an la Cove, la Communauté d’agglomération Ventoux Comtat Venaissin, qui regroupe 25 communes. “Nous voulons fédérer le travail des offices du tourisme, mais aussi offrir des produits de meilleure qualité aux gens qui viennent”, témoigne Dominique Bodon, président de la commission tourisme de la Cove, qui reconnaît la propension des offices “à travailler chacun dans leur coin” et le déficit d’hébergement de grande qualité, une lacune criante pour espérer capter une clientèle plus haut de gamme. Une étude du potentiel touristique du territoire
vient ainsi d’être lancée par la Communauté. Destination de passage plus que de séjours, la mécanique de construction d’image et d’adaptation aux marchés touristiques semble donc en marche. Carpentras ouvrira d’ici deux ans sa maison de pays, futur pôle d’animation pour les visiteurs. L’Hôtel-Dieu est en cours de rénovation et abritera bientôt un musée et une bibliothèque.
Un pôle culturel est aussi en projet et hébergera d’ici
à dix ans un centre de congrès, un équipement qui devrait faire éclore un tourisme d’affaires pour l’heure quasiment inexistant. L’occasion d’accueillir de futurs incentives et d’offrir, pourquoi pas, aux managers méritants l’équivalent de leur poids… en truffe.
› Le Comtat Venaissin représente 26 % de
la capacité d’accueil du département du Vaucluse
et 15,4 % des séjours. Carpentras : 2 hôtels 3*,
4 hôtels 2*, 1 hôtel 1* (350 lits – agglomération : 1000 lits), 6 chambres d’hôtes et 1 résidence hôtelière.
Durée des séjours : Carpentras, 1 à 3 jours, Comtat Venaissin, 5 à 6 jours.
Clientèle étrangère : 32,6% de la fréquentation de l’office de tourisme de Carpentras (été 2005). Principaux marchés: Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas.
Groupes : une soixantaine en 2005, soit environ
2000 personnes. Origine grand Sud, Rhône-Alpes,
Ile-de-France (formule préférentielle: le
court séjour; thèmes privilégiés: le patrimoine juif, le circuit des crèches, les villages perchés).
› Carpentras est aussi la capitale du… berlingot, petit bonbon qui mélange du sucre et de l’arôme de menthe, inventé en 1844. Autres spécialités: les nougats et les fruits confits. Toute sucrerie à déguster chez des maîtres artisans locaux. Et chaque année, du début décembre jusqu’à Noël, Carpentras accueille un salon des santonniers et une crèche monumentale, installés dans la grande chapelle du collège.
› On peut skier sur le Ventoux! Rien à voir avec La Plagne ou Megève, bien sûr, mais la petite station du mont Serein, sur le versant nord, a le mérite d’exister. Lorsqu’il y a de la neige, 9 remontées et 6 pistes (dont 3 noires) sont accessibles, entre… 1400 et 1800 mètres, ce qui, eu égard au réchauffement climatique, laisse augurer
un avenir incertain.

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