Chine : l’énergie de la multitude

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La Muraille de Chine
Muraille de Chine

La Chine est immense et bouillonnante. Pour un premier voyage, Shanghai, Xi’an et la capitale, Pékin, permettent de voir à quel point le pays est à un carrefour vital de son Histoire. Guidée des siècles durant par un système dynastique, illustré par Xi’an et son Armée enterrée, gouvernée selon les règles d’une démocratie populaire pilotée depuis Pékin, la Chine a fait le pari du capitalisme et s’est ouverte au monde. Le pays n’est plus seulement l’usine de la planète. Il est désormais l’un de ses nombrils.

Que faire à Shanghai ?

Le choc est violent. Shanghai, 23 millions d’habitants, circulation effrénée, forêts d’immeubles en construction, énergie à tout rompre. Communiste, ce pays ? Allons donc. Il suffit d’un soir, un seul, à Xintiandi, quartier de loisirs version bling-bling, pour voir à quel niveau d’exigence les « nouveaux riches » chinois placent leur désir de consommation. Bars branchés, terrasses bondées, musique anglo-saxonne, foule décomplexée de locaux et « d’expat’ ». On se croirait à Sydney, Vancouver, bref dans n’importe quelle métropole du Nouveau Monde. Là où le mot crise fait gentiment sourire. Marcher le soir sur le Bund, formidable promenade des bords de Huangpu face à Pudong et ses gratte-ciel conquérants, vaut toutes les expériences. De l’autre côté du fleuve, sillonné par des bateaux de croisière polychromes, la Chine toute puissante se dresse. La tour Perle d’Orient et ses globes lumineux. La tour Jinmao et son hôtel Grand Hyatt. Les 492 mètres du World Financial Center, noyés dans la brume poisseuse.

 

Mais la Chine ne se résume pas à cela. Car partout, le passé télescope le futur. Le Bund, encore. Face aux buildings, le Shanghai des années 1930 est toujours debout. Immeubles cossus de la Banque de Chine, du Peace Hotel, de la maison des Douanes… La rue de Nankin et ses enseignes agressives sont le nouveau temple de la consommation chinoise ? Oui, mais le jardin Yu et ses arabesques intimes rappellent la puissance des mandarins d’autrefois.

 

Shanghai a fait briller la Chine lors de l’exposition universelle de 2010 ? D’accord, mais le temple du Bouddha de Jade exhale toujours le parfum d’une religion millénaire, entre prières collectives des moines en robe safran et dévotions de croyants. C’est ainsi en Chine, pays-continent passé de l’hégémonie impériale à celle des nouveaux tycoons, après une longue parenthèse prolétarienne.

Visiter Xi’An pour une plongée dans le passé

Les deux heures et demie de vol depuis l’aéroport flambant neuf de Pudong jusqu’à Xi’an sont comme un raccourci entre deux Chine que tout oppose. Xi’an et son Armée enterrée, bien sûr, barnum touristique investi chaque jour par des milliers de Chinois. Ils viennent des campagnes profondes, teints cuivrés et sourires édentés, conduits par des guides à micro débitant des commentaires braillards, petits drapeaux d’accompagnateurs dressés en signe de ralliement.

 

Imperturbables, les soldats en terre cuite du quatrième empereur de la dynastie Han contemplent ce cirque avec une imperturbabilité digne de Confucius… Xi’an a mieux à offrir. Son bazar, notamment, capharnaüm d’odeurs et de couleurs. On y respire les effluves gras de la « vraie » Chine, celle des marchands d’échoppes, des cuisines de rues, au carrefour des mondes Han et musulman. Quelque chose de poussiéreuse flotte dans l’air. On pense à la Chine des conquérants, à la route de la Soie, à un avant-poste d’Asie centrale.

La cité interdite de Pékin,  succession de palais colossaux

Pékin. La mégapole ne ressemble plus aux images de notre enfance, celles des milliers de vélos conduits par des Pékinois en vareuse et col Mao. Des vélos, il en reste, et beaucoup. Mais ils doivent aujourd’hui composer avec la jungle des voitures. Un, deux, trois, quatre, cinq, six… périphériques saturés enserrent la capitale et son magma automobile dément, où l’orgueil de conduire se mesure au non-respect des règles de courtoisie routière… La ville s’est aseptisée. Jeux Olympiques de 2008 obligent, elle a détruit ses hutongs insalubres. Et en a reconstruit d’autres, pour les touristes.

 

Pourtant, le pincement au cœur est toujours vif, place Tian’ Anmen, face au portrait de Mao, impassible devant cette « débauche » contemporaine. Le contraste est violent, aussi, dans la Cité Interdite. Quelle  outrance mégalo a-t-il fallu aux empereurs pour édifier ces portes et palais colossaux, étalés sur plus d’un kilomètre ! La Chine s’est éveillée, la prédiction d’Alain Peyrefi tte s’est réalisée, mais l’Empire du Milieu gît encore au cœur de cette puissance moderne. En témoigne la Muraille de Chine, impensable ouvrage de défense contre les barbares venus des steppes. Une frontière, ça ? Le pays n’a plus de frontières.

 

 

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