Europe : Les nouveaux membres de l’Union Européenne (partie 2)

Pologne : L’UE donne un coup de fouet à la croissance touristique
« L’autre Europe », c’est ainsi que Czeslaw Milosz, poète et penseur majeur polonais disparu le 14 août dernier, qualifiait la Pologne et cette zone de notre continent que nuos sommes nombreux à appeler abusivement Europe de l’Est en référence à une histoire révolue. La Pologne est devenue depuis le 1er mai 2004 un membre de l’UE, c’est entendu. Cependant, mis à part quelques clichés qui tournent autour du pape, de Lech Walesa et des files d’attente devant les magasins, la Pologne reste pour beaucoup une nébuleuse inconnue qui a vu tout de même naître la première constitution en Europe et, au XVIe siècle, l’idée d’une fédération d’Etats européens. Sa longue et riche histoire a donc laissé un magnifique patrimoine, que les Européens recommencent à découvrir. A tel point que ce pays est vu par beaucoup d’opérateurs touristiques comme le marché susceptible de connaître les plus beaux taux de croissance parmi les 10 nouveaux membres de l’Union dans les prochaines années. Les infrastructures d’accueil et de transport doivent suivre.
Le plus grand des nouveaux membres de l’UE voit depuis quelques années grossir sa fréquentation touristique. En conséquence, les opérateurs touristiques et les compagnies aériennes se penchent de plus près sur ce berceau prometteur, notamment dans le tourisme d’affaires. La compagnie low cost Air Polonia dessert ainsi depuis mars 2004 Varsovie, Katowice et Wroclaw, la compagnie slovaque SkyEurope vient marcher sur les plates-bandes de Lot et d’Air France à Varsovie et, à partir du 30 septembre prochain, à Cracovie. Enfin, Wizz Air, une compagnie anglo-hongroise, dessert Katowice depuis Beauvais et espère ouvrir une liaison sur Gdansk. En hôtellerie, le groupe Accor s’est engouffré dans ce marché en 2000 en rachetant 30 % du groupe polonais Orbis présent dans l’hôtellerie, mais aussi les agences de voyages et les casinos. Le marché touristique polonais est donc actuellement en pleine effervescence et pourrait connaître de beaux taux de croissance, à l’instar de ses voisins baltes, mais avec des volumes bien plus élevés. L’Organisation mondiale du tourisme évalue les recettes touristiques de la Pologne à 4,5 milliards d’euros pour environ 14 millions de touristes en 2003 contre, par exemple, 1,3 milliard de recettes et 3,6 millions de touristes pour les 3 pays Baltes réunis. « L’intégration va certainement attirer beaucoup de Français dans notre pays à cause de la couverture médiatique de l’événement dans les autres pays membres », note l’office de tourisme de la région de la Petite Pologne, qui voit depuis l’an dernier arriver toujours plus de touristes dans sa ville-phare, Cracovie. Cette cité est actuellement le plus puissant aimant pour attirer les visiteurs curieux de culture et de beautés naturelles. Elle fut la capitale de la Pologne entre le XIe siècle et la fin du XVIe, et pour toute la population de la Petite Pologne, elle le reste encore dans leur cœur, tant sa diversité et ses richesses architecturales sont plus grandes que celles de sa sœur ennemie, Varsovie. De plus, les environs recèlent de sites qui sont encore, hélas peu accessibles autrement qu’en voiture, si ce n’est l’incontournable lieu de mémoire d’Auschwitz (Oswiecim en polonais). L’Unesco a classé ce site au patrimoine mondial de l’Humanité, comme le lieu voisin de Kalwaria Zebrzydowska, essaimé de constructions baroques envahies à Pâques par une foule fervente, ou celui de Wieliczka, une surprenante mine souterraine de sel dans laquelle sont sculptés églises, salles de banquet et grands halls. Dans cette région, le massif des Tatras enfonce la désespérante et fameuse plaine polonaise, laissant enfin les vallées se creuser, les rivières couler en tumulte et les églises en bois, elles aussi inscrites au patrimoine de l’Unesco, se cacher dans les replis du relief. Ce même relief échoue au pied de Wroclaw, anciennement Breslau, la ville de tous les métissages puisqu’elle connut les influences tchèque et allemande. Plus au nord, c’est le domaine de la plaine : la Grande Pologne, la Mazovie, la Podlachie, la Mazurie et la Poméranie s’enorgueillissent de cités comme Poznan, Torun (ville natale de Copernic), Varsovie aux avenues tirées au cordeau mais aux parcs si charmants, Kazimierz (petite ville sur les bords de la Vistule), Malbork, l’austère château-fort (l’un des plus grands d’Europe) construit par les chevaliers teutoniques, l’incroyable Zamosc, rêve d’architecte et d’urbaniste devenu réalité, et surtout Gdansk. Ce port hanséatique fut entièrement reconstruit après la Seconde Guerre mondiale et arbore à nouveau les façades si caractéristiques des villes de la Hanse. Non loin du centre historique, des banlieues ouvrières, rebelles et un peu désespérées aujourd’hui, surgit la station balnéaire à la mode de la Pologne, Sopot, sorte de Saint-Tropez polonais. Ceux qui préfèrent la simplicité et le calme iront à Mikolajki, sur les berges des lacs de Mazurie, lieu de rencontre de milliers de navires de plaisance et de vacanciers à la recherche de bains d’eau douce, de soleil et de poissons raffinés (de préférence fumés). Quand les voyageurs auront fait le tour de ces richesses, il leur faudra alors revenir pour en voir d’autres, sans oublier, si ce n’est déjà fait, de boire une vodka avec les Polonais. Ils réaliseront alors que l’Autre Europe est bien notre Europe.
République Tchèque : le pays doit élargir son offre
L’arbre cache parfois la forêt. Pour les autorités touristiques tchèques en France et pour beaucoup de tour-opérateurs spécialistes de la République tchèque, ce paradoxe peut même s’élever au rang de maxime, tant la capitale Prague cannibalise tout le marché touristique vers ce nouveau membre de l’Union européenne. A croire que Prague est entourée d’un désert brûlant, inhospitalier et infranchissable. L’arrivée de ce pays au sein de l’UE n’est, en matière touristique, pas un événement, tant cette destination, à l’instar de la Hongrie, est déjà bien connue des Français depuis de nombreuses années. Mais malgré cette longue présence dans les brochures, l’éventail des produits présentés évolue peu, se concentrant toujours autour de Prague. Résultat, ce marché arrive à maturité, bien qu’il existe de nombreuses possibilités de développement, inexploitées et par certains tour-opérateurs et par les autorités tchèques du tourisme, parfois indolentes sur le marché français, malgré les efforts incessants de l’office de tourisme tchèque à Paris.
En dépit des workshops avec les professionnels qu’il organise, de sa présence à quelques salons et de l’information aux professionnels, l’office de tourisme tchèque à Paris dispose de trop peu de moyens pour vaincre cette idée reçue : hors Prague, point de salut. Le directeur tchèque de tutelle David Gladis avait pourtant déclaré à sa prise de fonction fin 2002 qu’il voulait mettre l’accent sur les châteaux, les spas, les monuments et les sports nature en Tchéquie. Deux ans plus tard, le grand public français connaît toujours aussi peu le pays tchèque et David Gladis a ordonné la fermeture au public de la représentation parisienne. Certains professionnels craignent déjà pour la survie même de l’office de tourisme à Paris. Difficile dans ces conditions de montrer toute la diversité de ce pays aux Français avec une politique aussi peu volontariste. D’autant que l’arrivée de pays concurrents, dynamiques en matière touristique comme la Pologne et les pays Baltes, nécessiterait d’intensifier la présence de la République tchèque sur le devant de la scène. Ainsi, donc, il existerait d’autres trésors en République tchèque que sa fabuleuse capitale, surnommée la ville aux cent clochers, véritable musée vivant de l’architecture européenne. Pas besoin d’aller très loin autour de Prague pour réaliser que ce pays possède presque plus de châteaux que de bureaux de poste ! Dans le désordre, on trouve à moins d’une centaine de kilomètres de la capitale, Karlstejn, Konopiste, Krivoklat, Cesky Sternberk, Kokorin, Melnik, Nela Hozeves, Orlik, Kost, Trosky, Dobris, Kacina, Veltrusy, Zebrak, Tocnik. La liste des châteaux ne s’arrête évidemment pas là. Il faut y rajouter, plus éloignés de Prague, Hluboka (étrange copie de celui de Windsor), le majestueux Rozmberk qui domine la Vltava, Zlata Koruna, Lednice, Cervena Lhota, Zvokov, Litomysl, Kromeriz. Ces deux derniers sont inscrits au patrimoine mondial de l’Humanité. C’est d’ailleurs la République tchèque qui compte le plus grand nombre de sites protégés par l’Unesco parmi les nouveaux membres de l’Union européenne, avec 12 noms inscrits, et peut-être un treizième bientôt avec la forêt de pierre de Cesky Raj (Paradis tchèque), un dédale d’aiguilles rocheuses protégé par l’État depuis 1955. Parmi les 12 sites, figurent également des villes comme Telc, un adorable village au style baroque campagnard et renaissance, Holasovice, Brno avec la villa Tugendhat (construite par l’architecte Mies Van der Rohe dans le style Le Corbusier), Cesky Krumlov, Prague (évidemment), Olomouc et sa colonne de la Sainte-Trinité ou Kutna Hora et sa cathédrale gothique. Enfin, dans la liste non exhaustive de son éventail touristique, il faut également citer les villes thermales comme Karlovy Vary, Marianske Lazne ou Podrebrady. L’intégration de la République tchèque dans l’Union européenne pourrait être une bonne nouvelle pour le pays, sous conditions. Si la rénovation de Prague a en grande partie été financée par le secteur privé, les autres lieux touristiques pourraient en effet bénéficier de subventions européennes, dans le cadre des fonds structurels, par exemple, pour peu que les collectivités locales, l’État et ses services touristiques s’y intéressent et parviennent à les obtenir. Si c’est le cas, la République tchèque pourrait en profiter pour améliorer son infrastructure d’accueil et routière, donner la priorité au marché français, seulement le 8e loin derrière les marchés allemand (1,35 million de touristes), anglais et italien, afin d’instaurer une véritable politique de communication en France, comme ont su le faire la Pologne et la Hongrie et revaloriser l’image d’une destination véritablement bradée par certains TO opportunistes. L’arrivée de la low cost SmartWings le 1er mai 2004 sur Prague pourrait secouer un temps le marché, mais ne devrait pas foncièrement changer la donne en France. Cette compagnie filiale du chartériste Travel Service dessert une ville dont la fréquentation touristique est déjà élevée et ne pourra vraisemblablement pas capter une autre clientèle que celle sensible uniquement à Prague… et au prix, délaissant toujours plus ces autres trésors, pourtant loin d’être cachés.
HONGRIE : Un patrimoine qui s’ouvre aux Français
La Hongrie ne compte pas moins de huit sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco, dont les rives du Danube et les quartiers historiques du centre de Budapest, le village médiéval de Holloko, la région viticole du Tokaj, le mausolée paléochrétien de Pécs, et l’archi-abbaye bénédictine de Pannonhalma. Son entrée dans l’Union européenne, en même temps que neuf autres pays, le 1er mai dernier, est l’occasion de se pencher sur un peuple et un territoire aux richesses historiques et patrimoniales immenses, dépassant largement la réputation de sa seule capitale, Budapest, à cheval sur son fleuve romantique, le Danube. Et si certaines infrastructures d’accueil (notamment en matière routière ou linguistique) manquent encore pour développer le marché français, les campagnes de publicité actives de l’office de tourisme ou l’arrivée de nouvelles compagnies low cost sur la destination pourraient bien permettre d’atteindre l’objectif des 300 000 touristes français pour l’année 2004-2005.
Avec une évolution du nombre de touristes français de 10 % en 2003, et déjà de 25 % en 2002, la Hongrie est l’une des premières destinations touristiques parmi les nouveaux pays de l’UE. A taux de fréquentation comparable à celui de la Croatie (non membre de l’UE) et de la Tchéquie, mais sans reproduire le phénomène du « tout Prague » avec sa capitale, Budapest, la destination hongroise poursuit sa bonne évolution touristique. Beata Payer, directrice de l’OT de Hongrie à Paris, constate que « l’entrée de la Hongrie dans l’Union européenne rassure, notamment les personnes du 3e âge, restées sur l’image d’un pays communiste ». Même si cela fait quinze ans que le mur de Berlin est tombé et bien longtemps que les Hongrois ont rompu avec l’ère soviétique. Résolument tournés vers l’Europe, ils ont voté un « oui » massif à l’entrée dans l’UE, avec 83,76 % des voix. Le tourisme d’affaires est d’ailleurs en pleine expansion, Budapest attirant de nombreux investisseurs étrangers. L’arrivée des low cost comme Sky Europe ou Wizz Air (installée depuis janvier 2004 à Budapest), loin de dévaloriser la destination incentive, accroît encore son intérêt. Les fonds structurels de l’UE pour le tourisme en Hongrie s’élèvent, en 2004-2006, à 81 ME et concernent en particulier le développement des châteaux, des hébergements, des services touristiques et des sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco. La ville historique de Budapest autour des rives du Danube (incluant le quartier du Château de Buda, l’église Mathias et le Bastion des pêcheurs, le Parlement, le pont des Chaînes, le Palais Gresham transformé depuis l’année dernière en Hôtel Four Seasons, le mont, la citadelle, et les bains Gellert, et dernièrement l’avenue Andrassy et la place des Héros) et le village médiéval d’Holloko, à 100 km au nord-est de Budapest, ont été parmi les premiers classés en 1987. A Holloko, toutes les maisons du village ont été reconstruites sur le même modèle traditionnel (toits rustiques et portiques ajourés), après le dernier incendie de 1909. Des spectacles de danse et chant traditionnels de femmes du village portant jupons et foulards brodés, ainsi que des repas « chez l’habitant » sont proposés aux groupes de touristes qui viennent en car depuis Budapest. La plupart d’entre eux, allemands et américains, visitent Holloko en une demi-journée avec leur guide, ce qui explique la quasi-absence d’infrastructure d’accueil en français. Des agences réceptives hongroises, telles que Rekord Tours ou Welcome Touristic, basées à Budapest, proposent les services de guides-interprètes francophones. Un autre site classé, à l’ouest de Budapest, mérite la visite : le monastère bénédictin de Pannonhalma, dans la province de Pannonia. Ses premières fondations, remises en état dans un style baroque au XVIIIe, datent du XIIe siècle. Sa bibliothèque, regorge de livres rares et d’incunables mais les visites, uniquement guidées, se font en anglais… ou en hongrois ! Un petit tour s’impose ensuite au lac Balaton (sud-ouest), pour se reposer et se promener au bord du plus grand lac d’Europe. La presqu’île de Tihany, en voie d’être classée, offre un large choix d’hôtels et de restaurants, dans une ambiance fleurie et estivale. Son abbaye bénédictine, sur les hauteurs, est à ne pas manquer. Entre l’intérieur baroque et le panorama sur le lac et ses environs, le site est splendide. En continuant plus au sud, la ville de Pecs présente de nombreux attraits. Outre ses sépulcres paléochrétiens datant de l’ère romaine (IVe siècle), classés au patrimoine mondial, la ville, successivement occupée par les Celtes, les Romains, les Turcs et les Habsbourg (au XVIIe), a renoué avec son identité chrétienne mais sans renier son histoire. Ainsi la mosquée Ghazi Kassim, construite par les Turcs en 1580, transformée en église au XVIIe, conserve la même architecture extérieure. Les rues pavées, les nombreux monuments (dont la magnifique cathédrale romane bâtie au XIe et restaurée au XIXe), les musées d’artistes et les jardins et un climat plus doux, confèrent à Pecs un air méridional. La région du Tokaj (nord-est), enfin, célèbre pour ses vins, est un incontournable. Louis XIV disait du vin de Tokaj qu’il était « le roi des vins et le vin des rois ». Doré, sucré, fruit d’un processus ancestral, ce vin est un mélange de blancs secs et d’un concentré de grains de raisins pourris (aszu), qui lui donnent ce goût si particulier. Plus il contient de puttonyos (paniers) d’aszu, plus il est sucré, et plus il est cher. Mais son prix reste très abordable pour des touristes occidentaux… Pour terminer, une balade romantique sur la boucle du Danube. De retour à Budapest : vue panoramique sur la ville et le pont des Chaînes depuis la citadelle, les musées de l’enceinte du château, le parlement et ses vitraux, les bâtiments de style art nouveau, baroque ou néo-gothique, l’église Mathias au toit en céramique peinte, la grande synagogue, restaurée en 1996, le café Gerbeaud, et tant d’autres trésors uniques à découvrir sur place ! Le tout dans une lumière extraordinaire, de jour comme de nuit… Sans oublier la gastronomie, consistante mais variée : un régal, accompagné d’un bon vin szamorodni (sec) ou aszu (doux) !

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