Fès : La ville entend redevenir la capitale culturelle du Maroc

Destination

Poursuivant son plan de développement appliqué hier aux villes de Marrakech et Agadir, Royal Air Maroc vient de doter Fès de vols quotidiens au départ de Paris. Cette amélioration de la desserte aérienne couplée à l’arrivée de Corsair permet aujourd’hui à l’ancienne capitale impériale de sortir de l’ombre de Marrakech et de s’affirmer enfin comme une destination à part entière. Une ville riche d’un passé chargé d’histoire, de culture et d’art. Un carrefour d’échanges et de rencontres qu’elle revendique aujourd’hui avec ferveur.
Au 9e siècle déjà des théologiens, d’illustres médecins, des savants et des philosophes venus d’Europe aimaient à se retrouvaient à Fès. Sans doute fascinés par la Qarawiyyine – qui n’est pas une femme mais à la fois une mosquée et l’une des premières universités du monde– , ces derniers venaient y chercher la connaissance, échanger des savoirs et y trouvaient en plus quiétude et tolérance. Bref, un souffle de paix dans une époque troublée. Aujourd’hui, bien des siècles après, rien – ou presque – n’a changé. Le monde est toujours en ébullition, à la grande désolation de chanteuses comme Françoise Atlan, Monserrat Figueras et Aïcha Redouane qui samedi dernier ouvraient le 10e Festival des musiques sacrées de Fès en interprétant en trio un hymne à la vie et à la paix, en espagnol, en hébreu et en arabe. Longtemps considérée comme la capitale culturelle et politique du Maroc, la ville de Fès avait au fil des siècles acquis une certaine notoriété, devenant même un centre de rencontres et d’échanges. Et, c’est bien cet esprit que les professionnels du tourisme cherchent à retrouver en organisant de tels événements qui portent haut les couleurs de Fès. Notez qu’en 10 ans le Festival des musiques sacrées a su s’imposer auprès des amateurs du genre et en attire près de 40 000 chaque année. Membre du comité organisateur du festival depuis ses débuts, Driss Faceh se félicite de l’évolution de la manifestation. « Nous avons commencé petits et sommes conscients que cela restera une niche. Néanmoins, nous sommes très heureux de voir que la musique rassemble à nouveau les peuples (70 000 entrées en moyenne) pour le plus grand bonheur des hôteliers et des artisans de la Médina qui voient les ruelles s’emplir de touristes américains, italiens, français ou espagnols. « Ce festival n’est pas toujours rentable pour notre organisation mais il l’est sans conteste pour la ville de Fès et ses habitants, en termes d’image et de retombées économiques », poursuit Driss Faceh, par ailleurs président du réceptif Objectif Maroc. Aujourd’hui, CNN, Arte et TV5 couvrent l’événement. Un atout certain pour médiatiser des chants et des cultures aussi variées que celles des derviches tourneurs de Konya en Turquie, des moines danseurs du Tibet, des tribus berbères du Maroc, des chœurs basques, russes ou bulgares, du Gospel Choir de Harlem ou des Sénégalais venus en voisins. Cette force qui consiste à rassembler et unifier les peuples, Fès l’a toujours eue et la cultive. Ainsi, l’on apprend la tenue d’un Festival de musique andalouse en octobre, celle d’un Festival de la poésie arabe en août et un autre des arts culinaires en novembre. Bref, autant d’occasions qui permettent à l’ancienne capitale impériale de livrer ses secrets à qui veut bien prendre le temps. Le temps de serpenter dans les ruelles bouillonnantes de la médina, de pousser quelques lourdes portes cloutées débouchant sur des patios fleuris ou des terrasses ensoleillées. Le temps de discuter avec une population fort accueillante et généreuse qui vous guidera de quartiers débordant de couleurs safranées et de senteurs épicées en quartiers embaumés d’odeurs de pains et de tajines mijotant dans les maisons. Naturellement, les hôtels affichent vite complet, les restaurants font recette tout comme les corporations artisanales qui « refourguent » alors sans peine mais sans forcer, théières, djellabas, étoffes filées à l’ancienne et pièces de cuir cousues main. « Fès est unique. Elle rayonne depuis le 9e siècle et nous sommes en train de la dépoussiérer afin de lui redonner son lustre d’antan », conclut Driss Faceh.
Accor veut être visible dans tout le royaume
Le groupe hôtelier Accor qui ne cache pas ses ambitions de développement au Maroc, poursuit son programme d’investissements via la société Risma, annonçant ça et là reprise d’unités existantes et construction de nouveaux établissements. « Notre politique d’expansion colle à celle du gouvernement marocain qui espère accueillir 10 millions de touristes à l’horizon 2010 », résume avec enthousiasme Marc Thepot, directeur Accor Maroc. Pour lui, la stratégie du groupe est simple : « Etre visible dans tout le royaume au travers des marques fortes que sont Ibis (économique), Novotel (affaires) et Sofitel (haut de gamme/ loisirs). Laissant de côté pour l’instant la gamme Club Coralia aujourd’hui commercialisée par d’autres TO et donc peu mise en avant. » Implanté au Maroc depuis 1997, le groupe Accor ne chômera pas en 2004. Cinq nouveaux hôtels Ibis seront en effet ouverts à El Djadida (nord-ouest), Casablanca, Marrakech, Ouarzazate et Tanger (passant de 9 à 14 unités). Mais pas seulement, puisque Agadir accueillera son premier Sofitel dans quelques semaines (274 chambres), précédant la construction d’un Novotel Thalassa sur un terrain mitoyen de 10 hectares. Mais le gros chantier du groupe reste l’ensemble Casa City Center à Casablanca qui englobera d’ici 3 ans trois établissements dont un Sofitel de 200 chambres et un centre d’affaires. Montant des investissements : 70 ME. Enfin, à Fès où il profite déjà du Sofitel Palais Jamaï et d’un Ibis, Accor prévoit d’entreprendre la construction d’un Novotel plutôt orienté loisirs de 150 chambres sur les hauteurs de la médina. « Les vols quotidiens de la RAM et la venue de Corsair confortent notre projet et la reprise d’un tourisme fort dans cette cité magnifique », conclut Marc Thepot.
Fès ne soutiendra pas un tourisme de masse
« Fès est une ville unique, au trésor incomparable et nous devons à tout prix la préserver d’un tourisme de masse qui pourrait perturber l’équilibre fragile de sa médina. » Ces propos sans détour tenus par le président du CRT Driss Faceh témoignent de la volonté commune des professionnels locaux de développer un tourisme durable mais pas à n’importe quel prix. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’ils entendent limiter la capacité hôtelière, en n’ajoutant que 1 000 lits aux 6 600 déjà existants et dont 45 % concernent des établissements haut de gamme (Sofitel Palais Jamai, Jnan Palace, Riad Shéhérazade, Riad Fès). « Au million de visiteurs, nous préférons 1,5 million de nuitées pour 500 000 touristes maximum » confie le président qui fera tout pour orienter les futurs investisseurs vers l’acquisition de maisons d’hôtes ou de riads au cœur de la médina, au détriment de constructions nouvelles. Le but de tous ces efforts ? Il est évident. Longtemps simple point de passage dans les circuits « découverte des villes impériales », Fès revendique aujourd’hui son statut de destination à part entière, capable d’attirer et surtout de garder ses visiteurs plus d’une nuit. Et elle y arrive, grâce notamment à l’amélioration de la desserte aérienne depuis Paris ainsi qu’aux contrats de co-marketing signés entre le CRT et onze TO français (Jet tours, Fram, Royal Tours, TUI, Etapes Nouvelles…). Notez enfin que 40 millions de dirhams doivent servir au repositionnement du produit Fès qui doit pouvoir retrouver ses chiffres ante 11 septembre 2001, soit environ 400 000 touristes.

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