Haïti: pourquoi y a-t-il des manifestations dans le pays?

Destination

Depuis jeudi 7 février, des barricades et véhicules incendiés bloquent partiellement la capitale et des routes. Le scandale de PetroCaribe mine la vie politique haïtienne et fragilise le président Jovenel Moise. Le ministère des Affaires étrangères français a publié ce lundi une recommandation sur les manifestations à Haïti. 

 

« Les violences en Haïti (tirs, barrages routiers, tentatives de pillage…) ont fait plusieurs victimes et provoqué des dégâts matériels importants. » Sur sa page « Haïti », le site Conseil aux Voyageurs du Quai d’Orsay recommande depuis ce lundi, 11 février, de « reporter les déplacements à destination d’Haïti jusqu’à nouvel ordre ».  Pour autant, le ministère n’a pas modifié sa carte: seuls Port-au-Prince et Cap-Haïtien sont « déconseillés sauf raison impérative ». L’ensemble du pays est toujours en « vigilance renforcée ».

 

En France, le TO Boomerang programme la destination avec un club Coralia, le Royal Decaméron, qui est l’ancien Club Med devenu Lookéa en 2015. TUI n’a pas souhaité poursuivre la programmation depuis la saison 2017. Voyageurs du Monde propose un circuit à travers Haïti.

 

Un phénomène récurrent

Les manifestations à Haïti sont un phénomène récurrent. L’insatisfaction de ses habitants face à la pénurie, à la misère, à la corruption nourrit le désir de changer de gouvernement. Les rues de Port-au-Prince, la capitale, et du quartier de Pétion-ville sont régulièrement bloquées, des pneus enflammés et des pierres jetées sur les forces de police. Commerces paralysés, écoles fermées font partie du processus de réaction à une situation économique tendue. Ce sont les mêmes scènes qui se déroulent depuis le 7 février.

En juillet 2018, c’est la hausse des prix des carburants (par l’annonce de la fin des subventions) qui avait fait descendre les Haïtiens dans les rues. En novembre dernier, des manifestants demandaient la démission du président Jovenel Moise qui avait promis de « mettre à manger dans nos assiettes et de l’argent dans nos poches ». Depuis jeudi, ils réclament à nouveau laa démission du président.

 

 

Un pays pauvre

Haïti est un des pays les plus pauvres de la planète. Les tremblements de terre et les cyclones ravagent le pays. L’ouragan Matthew en octobre 2016 a causé des dommages équivalents à 32% du PIB selon la Banque mondiale. En revanche, Irma et Maria ont relativement épargné le pays, marqué surtout par des inondations au nord.

 

Haïti compte près de 11 millions d’habitants dont 59% vivent sous le seuil de pauvreté, soit 2,41 dollars par jour. Plus de 2,5 millions soit 24% des Haïtiens sont sous le seuil de l’extrême pauvreté fixé à 1,23 dollar par jour. En matière de corruption, le pays est classé 160e sur 180 par l’ONG Transparency International.

 

Le scandale PetroCaribe

Depuis le tremblement de terre de 2010 et la difficile reconstruction du pays, les soupçons de détournement des fonds d’aide provenant d’associations et ONG fragilisent la présidence (quel qu’en soit le titulaire) et le gouvernement haïtiens. En cause notamment, le scandale politico-financier de PetroCaribe, un programme d’aide de 3,8 milliards de dollars financé par le Venezuela et ses pétro-dollars. Préval, Martelly, Moise, les présidents haïtiens se succèdent et les critiques sur l’opacité et le gaspillage des fonds passent de l’un à l’autre.

 

Le rapport remis par la Cour des Comptes le 31 janvier 2019 au Parlement épingle une quinzaine d’anciens ministres et hauts fonctionnaires. Citée également, une entreprise dirigée par le président Jovenel Moïse. Elle aurait touché des fonds pour la construction d’une route sans contrat.

 

La communauté internationale a appelé dimanche les acteurs politiques haïtiens au dialogue. Notamment le Core Group (Nations Unies, Union européennes, ambassades occidentales) qui a publié un communiqué encourageant à « prendre des mesures pour améliorer les conditions de vie de la population » et organiser des élections « libres, inclusives et transparentes en octobre 2019 ».

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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