La tourismophobie, un mal occidental ?

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A l’été 2015 à Barcelone déjà, les actions de rejet des touristes par des habitants de la capitale catalane ont mis en lumière le sentiment de saturation des résidents des grandes métropoles européennes. Alors qu’en Asie, le touriste est reçu avec force démonstration d’hospitalité, les Européens n’en peuvent plus. A Amsterdam, Venise, Dubrovnik ou même Copenhague, les municipalités cherchent les moyens de gérer les flux touristiques.

Le bruit des valises à roulettes dans les immeubles du Marais à Paris

Entre la manne économique apportée par les visiteurs et le ras-le-bol des résidents-citoyens-électeurs, les élus doivent trouver des solutions. Cible des politiques municipales, Airbnb se voit imposer de nouvelles taxes pour réguler le marché de l’immobilier afin que la location reste temporaire. Outre l’alignement sur la taxe de séjour que prélèvent les hôteliers, l’idée est aussi d’enrayer le mouvement de fuite des habitants hors des centres-villes. Le bruit des valises à roulettes dans les immeubles du Marais à Paris ou sur les pavés d’Amsterdam à toutes les heures de la nuit fait monter la tension chez les riverains.

 

Les édiles sont néanmoins conscients que l’économie réalisée par les voyageurs sur l’hébergement est autant d’agent pouvant être dépensé en achats divers, du restaurant au souvenir, en passant par les musées et le shopping, comme l’a souligné une étude Wyse Travel Confederation. Mais le citoyen d’un pays voisin venu -de plus en plus- grâce à une compagnie low cost ne serait pas le bienvenu. Les politiques d’accueil sont davantage tournées vers les marchés plus lointains.

 

Lors du dernier salon ITB à Berlin, une conférence a réuni des représentants de Dubrovnik (envahie notamment par les passionnés de la série télé Game of Throne), Barcelone (où sont apparus les premiers panneaux Tourists Go Home) et Amsterdam (où les habitants sont excédés des comportements sans limites de certains touristes). Ils sont venus présenter les pratiques mises en œuvre : la tentation à plusieurs endroits est de taxer le voyageur. Comme à Amsterdam qui a reçu 3,5 millions de touristes en 2016 pour 740.000 habitants. « Venez mais soyez respectueux » veulent faire comprendre les Amstellodamois.

 

Le message reste le même pour ces Chinois qui ont gravé leur nom sur les pyramides de Gizeh ou les Américains qui se sont pris en photo les fesses à l’air dans un temple à Bangkok ou les Européens qui en ont fait autant au Machu Picchu

Alcool, incivilités et comportements antisociaux

Si un trop grand nombre de touristes peut à lui seul expliquer que les populations locales adoptent une attitude de rejet, il existe aussi des facteurs aggravants. Comme la surconsommation d’alcool et les comportements antisociaux qui en découlent. Le cas des Baléares est de ce point de vue-là édifiant. La destination de prédilection des jeunes « fêtards » britanniques est en effet le cadre d’incivilités et de comportements déplacés. Voire pire, avec l’inquiétante mode du « balconing », pratique extrêmement dangereuse qui consiste à sauter, le plus souvent complètement ivre, du balcon d’un hôtel directement dans la piscine.

 

Et il est de plus en plus fréquent que ces touristes si inciviles soient ivres avant même d’arriver à destination. C’est ce qui a conduit, l’été dernier, le gouvernement régional des îles espagnoles Baléares, bien conscient du problème, à demander à l’Espagne et à l’Union européenne d’interdire la consommation de boissons alcoolisées en avion et dans les aéroports. Dans la même veine, Ryanair, après avoir constaté une hausse des incidents ayant impliqué des passagers en état d’ébriété avancée, a demandé aux autorités britanniques de faire en sorte que la consommation d’alcool soit limitée à deux verres par client et de ne pas servir d’alcool dans les bars et restaurants d’aéroports avant 10 heures du matin.

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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