La Tunisie fait de nouveau recette, les tour-opérateurs satisfaits

Destination
tunisie
Sidi Bou Saïd.

Même si les chiffres sont encore très loin d’être comparables aux bonnes années, avant le Printemps arabe, 2017 marque le retour des Français en Tunisie comme peuvent en témoigner hôteliers, tour-opérateurs et distributeurs. Épargnée par les attentats depuis novembre 2015, son offre attire de nouveau les Français échaudés par le manque de place dans les destinations « report » de la Méditerranée et des tarifs qui ont grimpé en conséquence. Reste à transformer l’essai en faisant prendre conscience aux professionnels tunisiens de la nécessité de soigner la qualité du produit.

« La Tunisie est très bien repartie cet été »

« Nous étions déjà à 400.000 Français à fin août, nous devrions donc en accueillir 500.000 en 2017. » L’Office national du tourisme de la Tunisie (ONTT) ne peut qu’être satisfait de ces chiffres qui traduisent un rebond des arrivées en provenance de la France. Sur les six premiers mois de l’année, il s’agit d’une progression de 40%.

 

Cet été, effectivement, la destination s’est bien vendue en agences de voyages. La Tunisie a ainsi intégré le Top 20 des ventes du réseau Selectour à la 18e place. « Pendant ce mois d’août, la Tunisie c’était une vente sur deux dans les agences du groupe Marietton » indique Aurélien Aufort, directeur général de Voyamar

A petits prix

« Mais pas encore à la demande des clients, précise-t-il, plutôt par élimination en fonction de là où il restait de la place par rapport à un budget donné. La différence, c’est que l’an dernier lorsque l’agence suggérait la Tunisie, le client disait ‘non’ ou commençait la conversation par ‘tout sauf le Maghreb’. »

 

Président de Bourse des Voyages, Fabrice Dariot constate aussi ce retour : « La Tunisie repart en forfaits à petit prix. Le terrorisme frappant dans des zones réputées sûres, Barcelone ou Nice, la perception du risque par la clientèle évolue. »

 

Sur l’année 2017, les chiffres sont bons en agences de voyages. En cumul depuis janvier 2017, le nombre de clients partis en Tunisie a augmenté de 150% pour un volume d’affaires en hausse de 135%, selon le baromètre des Entreprises du Voyage. Et la tendance est prometteuse pour l’automne, les réservations ayant progressé de 159% au mois d’août.

Une croissance des ventes à trois chiffres

Les tour-opérateurs sont évidemment les premiers à se satisfaire de cette reprise, comme chez TUI France où l’offre est conséquente avec dix hôtels dont un club Marmara et un club Lookéa. « Le nombre de pax (non précisé) a progressé de 20% cet été. »   Si au Club Med, on confirme « le frémissement annoncé » avec de « belles tendances de réservation cet été », il faut dire que Djerba la Douce (Village 3 Tridents) ne reste plus ouvert que 3 mois par an, de mi-juin à mi-septembre.

 

« La Tunisie est très bien repartie cet été chez Fram, confirme Michel Quenot, directeur général, avec une progression, depuis juin, de 600% ! Mais on repart de très bas [environ 700 pax l’an dernier, NDLR] pour atteindre les 5.000 pax. Fram garde son club Framissima à Djerba et une réflexion est en cours sur Hammamet, mais on n’en est pas encore là… »  Avec son club Jet tours à Djerba, le TO du groupe Thomas Cook a, lui aussi, enregistré une progression à 3 chiffres avec 15.000 pax cet été.

 

Pour Ô Voyages, opérateur historique sur la destination, l’été ne s’est pas déroulé comme prévu. Le TO voulait pouvoir ouvrir un Ô Club en Tunisie mais n’a pas pu positionner son avion « à cause de l’accord d’opensky toujours pas signé ». C’est donc reporté à la saison prochaine.

 

« Nous avons une vraie stratégie sur la Tunisie avec un avion par semaine, soit au moins 10.000 personnes, pour une implantation à Djerba mais aussi à Monastir ou Hammamet. Nous avons gardé dans notre production Thalasso n°1 [spécialisée en séjour thalassothérapie, NDLR], de très beaux 5* et nous avons déjà de beaux partenariats. Cet été, en séjours hôteliers, on a eu une petite croissance de 20%, entre 3.000 et 4.000 pax. Donc 2017 n’est pas encore l’année du rebond de la Tunisie pour nous. C’est partie remise. »

 

Des enjeux multiples

Pour bien comprendre le poids que représente la perte de la Tunisie pour les opérateurs de tourisme français, on rappellera que la destination a accueilli jusqu’à plus de 1,4 million de touristes français.  « Si la Tunisie reprend, c’est un facteur structurel de la relance de notre profession » commente Jean-Emmanuel Chometon, directeur de la production de Jet tours.

 

Après le Printemps arabe (2011) et les attentats de Sousse et du Bardo (2015), au plus bas on était à 200.000 touristes français en Tunisie. Entre-temps, Algériens surtout mais aussi Russes, Polonais et Italiens sont arrivés et ont pris les parts de marché laissées par les Français. Une autre difficulté pour les opérateurs français qui voudraient revenir? Pas sûr car le touriste français dépense dans et autour des hôtels, une clientèle que de nombreux hôteliers souhaitent revoir (voir encadré « Témoignage » ci-dessous). Enfin, se pose la question de la sécurité et de l’hygiène que tous les professionnels français n’estiment pas encore résolue.

 

La prudence reste-t-elle de mise ? Les élections municipales –les premières depuis la Révolution– doivent se dérouler le 17 décembre prochain, sept ans jour pour jour après l’immolation de Mohamed Bouazizi, qui avait déclenché la chute du président Ben Ali. Pour de nombreux observateurs politiques, ces élections municipales vont permettre d’apprécier l’ancrage (ou pas) du processus démocratique à l’échelon local. Et d’envoyer un signal aux investisseurs étrangers…

 

« La qualité n’est pas un choix mais une obligation »

 C’est à Gammarth, mardi 5 septembre, à l’hôtel Ramada, que la ministre du Tourisme tunisienne, Salma Elloumik Rekik, a officiellement lancé le label Qualité Tourisme Tunisie. Tous les acteurs de la filière ou presque sont éligibles (hôtels, lieux de visite, restaurants touristiques, agences de voyages, chambres d’hôtes). Ce label est le fruit d’une collaboration entre la Tunisie, l’Autriche et la France dans le cadre d’un programme financé par l’Union européenne à hauteur de 1,4 million d’euros depuis septembre 2015 et qui a pris fin en septembre 2017. Pour Salma Elloumik Rekik, la « qualité est un facteur fondamental de la pérennité et de la compétitivité du secteur touristique ». Le tout s’inscrit dans une démarche globale avec, par exemple, le lancement de l’agence de formation des métiers du tourisme ou encore la création de nouvelles normes pour classer les hôtels. La ministre a insisté sur ce « choix de la qualité totale » qui permet la « résilience face aux aléas de la conjoncture ». Pour Neji Ben Othman, directeur de l’ONTT, « investir dans la qualité n’est plus un choix mais une obligation ». LG

 

Témoignage : « Je préfère les Français aux Russes »

Ezzedine Kamoun, directeur de l’hôtel Homère à Djerba, nous livre ses réflexions sur le retour des touristes français : « J’ai repris progressivement en ouvrant mon hôtel à partir du 1er août. D’abord de façon partielle puis en totalité. Il comprend 180 chambres. Entre 120 et 150 sont actuellement occupées, essentiellement par la clientèle française. Les Russes sont les plus nombreux à revenir à Djerba mais je préfère les Français. D’abord parce que nous parlons la même langue. Et puis c’est une clientèle qui bouge, qui consomme, qui pratique toutes les activités, utilise le taxi. En fait, les Français font travailler tout le monde. C’est une très bonne chose pour l’économie locale. À seulement trois heures de Paris, ils sont les bienvenus. En fait, je suis content car la destination est très bien repartie. Et c’est super car ça s’annonce encore meilleur sur l’arrière-saison où nous avons déjà engrangé de nombreuses réservations. » DS

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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