La ville d’Anvers propose un éclairage nouveau du peintre Rubens

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Un bon quart de siècle après la dernière commémoration, le nom de Rubens est de nouveau à l’honneur dans l’agenda international des expositions. Associée à l’année Rubens-2004, organisée par Lille, et promue capitale culturelle de l’Europe, la ville d’Anvers offre un florilège d’expositions tout au long de l’année.
S’il est des villes rendues précieuses grâce au génie d’un peintre, à l’évidence, Anvers compte parmi celles-ci. Ce peintre ? Pierre Paul Rubens. Né en Allemagne, où ses parents avaient dû fuir, il s’établit dans la capitale flamande en 1608 (à 31 ans). Cultivé (il passe huit ans en Italie, entrecoupés de nombreux voyages), ce polyglotte y devient un riche bourgeois autant qu’un homme du monde, un peintre avisé autant qu’un artiste d’exception. Désormais attachée à sa ville, sa notoriété va bientôt s’imposer en Europe. Ce qu’on sait moins, c’est l’homme curieux, savant, ce mythe de l’homme complet, l’ardent collectionneur qu’il fut. Se pressait en effet chez lui pour y admirer ou y acheter ses collections d’œuvres d’art toute une pléiade de puissants, telle que l’infante Isabelle, Marie de Médicis et le roi de Pologne… On touche ici le cœur de l’exposition qui se déroule actuellement à Anvers. Mais peut-être vaudrait-il mieux parler d’expositions, tellement celles-ci recouvrent plusieurs itinéraires. Car tout le pari de cette nouvelle célébration du maître flamand (la dernière remonte à 1977) est bien de nous le montrer comme on ne l’avait encore jamais fait : intimement. L’exposition offre en effet aux visiteurs de mieux saisir quel fut son rapport au monde et à sa ville. Et le mieux est encore de commencer par pousser les portes de cette grande maison bourgeoise où il vécut plus de vingt ans, et qu’il va transformer en un palais à la mesure de ses ambitions. Qu’il avait grandes, nul doute. Quatre ans lui seront nécessaires pour bâtir cette maison-musée richement dotée, car outre des objets utilitaires et des sculptures antiques, des monnaies et autres camées, on y trouve de superbes copies de peintures de ses maîtres, que furent le Tintoret, Véronèse et surtout Titien. Si sa collection d’œuvres d’art l’inspirait, elle avait aussi une fonction économique puisqu’il vendait et achetait comme l’eut fait un marchand avisé. Il aura fallu à la ville d’Anvers quelque cinquante ans pour la reconstituer en partie, projet rendu possible grâce à l’inventaire de ses biens qu’avait été fait en 1640 après la mort du peintre. Concernant sa bibliothèque qui fut l’une des plus importantes d’Anvers (elle surpasse celle de contemporains tels Rembrandt ou Vélasquez), on peut en prendre la mesure au musée Plantin-Moretus. Là encore la tâche de retrouver les milliers d’ouvrages qu’il aurait possédés n’aura certes pas été facile, puisque ceux-là n’avaient pas d’ex-libris comme sur les livres des religieux ou des nobles. Aussi la visite n’offre-t-elle pas une approche très aisée, et semble pour le moins s’adresser à un public averti plutôt qu’à un profane. Quant au musée des Beaux-Arts, considéré comme La Mecque anversoise des amateurs de Rubens, il aura “fraternellement” cédé quelques toiles majeures au musée des Beaux-Arts de Lille, en contrepartie d’un grand nombre de toiles du XIXe s., visant à saisir la constante influence de Rubens sur la peinture française du XIXe siècle. L’exposition intitulée “De Delacroix à Courbet” propose en outre un face-à-face entre tradition et innovation en une cinquantaine de tableaux. Mais qu’on se rassure. Si Anvers s’est montrée généreuse envers Lille, elle a conservé un patrimoine important (du fait de leur fragilité un grand nombre d’œuvres n’a pu être prêté) de ce génie du baroque. C’est pourquoi, on ne se lasse pas de passer de l’église Saint-Charles-Borromée à la cathédrale Notre-Dame, l’une des plus belles de Flandre. Et puis est-il besoin de rappeler qu’à l’instar de Milan, Paris et Londres, Anvers est depuis plus de dix ans une vitrine essentielle de la mode ? Autant dire qu’Anvers a assez d’atouts pour séduire plus d’un visiteur.
Suivez le guide !
L’office de tourisme flamand a conçu pour l’occasion un Guide de promenade conséquent qui rend d’une part compte du riche patrimoine anversois, et d’autre part du rapport étroit qui existe entre Rubens et sa ville. Car à Anvers on a eu envie de dépasser la simple exposition, pour s’attacher à rendre concret l’attachement du peintre à sa ville. De le rendre palpable, mesurable. Ce guide a ainsi été conçu comme un itinéraire qu’on peut parcourir en partie ou intégralement. C’est naturellement affaire de temps et d’envie, car on peut y rester aussi bien trois jours qu’une semaine. Au centre de ce guide donc, le rapport qu’a entretenu Rubens et sa ville ; à savoir, quelles traces y a-t-il laissées ? Comment vivait-il ? A quoi s’intéressait-il ?
Disponible en français, il ne coûte que 4 euros et se trouve en vente dans tous les lieux qui participent à “Rubens 20043. Autant dire un guide indispensable.
Sur le site www.rubens2004.be on trouve tout le programme qui se déroule à Anvers et dans les autres villes qui participent à l’opération “Rubens 2004”.
Fair-play flamand
Dans la foulée de la manifestation consacrée en 1999 à Antoine Van Dyck, le conseil d’Anvers donna son feu vert à l’organisation d’un grand événement en 2005 qui devait être entièrement consacré à Pierre Paul Rubens. Les arguments étayant cette décision ne manquaient pas. L’incontestable succès de Van Dyck fut un encouragement à poursuivre ce projet. Au rythme d’un grand événement tous les six ans, Anvers se profilait comme cité d’art d’envergure internationale. À la suite de l’exposition Joardens en 1993 et Van Dyck en 1999, l’honneur revenait théoriquement en 2005 à Rubens, figure phare du baroque anversois. C’était sans compter sur la légitime volonté de Lille d’organiser une rétrospective Rubens en 2004, date à laquelle elle était promue capitale européenne de la culture. Très fair-play, Anvers renonce alors à sa rétrospective et les deux villes essaient alors d’organiser conjointement un maximum d’événements en 2004, touchant aussi bien les facettes artistiques que logistiques (communication et vente de tickets jumelées, etc.) Voilà en tout cas une belle preuve d’amitié et de collaboration entre les deux villes qu’il nous semblait important de saluer.

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