Le Liban rassemble ses forces pour faire revenir les touristes

Destination

À l’initiative de la Compagnie MEA et des syndicats de tour-opérateurs libanais, une délégation de voyagistes et de journalistes a été invitée au Pays des cèdres pour se rendre compte d’elle-même que le pays offrait, outre ses sites archéologiques réputés, les meilleurs garanties d’hébergement et d’hospitalité. Pari réussi.
Au Liban, il est un mot honni, que l’on peine à prononcer tant il rappelle une période désastreuse, c’est le mot guerre. Dans l’histoire du Liban, ce vocable forme en effet comme une tache sombre que ce petit pays de moins de 4 millions d’habitants essaie d’oublier et de conjurer à grands renforts de projets immobiliers. Quinze ans de guerre civile (de 1975 à 1990), osons dire que c’est finalement peu au regard de ce que le Liban, berceau de l’antique Phénicie, a apporté à l’histoire de l’humanité. Mais un tel mot, martelé chaque jour, aura fini par laisser de méchantes traces dans les consciences… C’est pourquoi le Liban souffre encore de cette mauvaise image, que tous les médias du monde ont autrefois abondamment relayée. L’information était certes nécessaire, mais ces médias devraient revenir ici pour observer combien les choses ont changé, combien ce pays s’est (et se) reconstruit très vite, combien encore il a soif de plaisirs et de frivolités. En un mot comme en dix : combien il renaît. Le magazine Géo l’a fait dans un récent numéro (« Redécouvrir le Liban », n° 300, fév. 2004), et chacun ici s’en félicite. Bientôt quinze années sont passées depuis la fin de la guerre et il semble que seuls les pays arabes s’en soient rendu compte tant ils paraissent (depuis la fin de la guerre) avoir élu le Liban comme une nouvelle terre de villégiature. Les années 1997 et 1998 auront pourtant été marquées par une forte fréquentation française ; mais l’effet « 11 septembre », auquel s’ajoute, d’une part, le conflit voisin israélo-palestinien, d’autre part le déclenchement de la guerre en Irak (sans parler de la présence de l’armée syrienne) ont créé une confusion dans les esprits. Car la clientèle de « niches », elle, n’a jamais boudé le pays (sauf, naturellement, pendant la guerre civile). « Elle est informée de ce qui se passe et cette clientèle est généralement cultivée », note Céline Clerat, de Nouvelles Frontières. Elle ne craint donc pas de revenir : elle sait que cette page noire de l’Histoire de ce pays est tournée et n’ignore rien des nombreuses richesses culturelles du Liban. « La destination n’est de toute façon pas un produit de consommation ordinaire », souligne Alain Lapasset, de Voyageur du monde. De son côté, Gwen Sevi, de STI, précise que si la Jordanie ou la Syrie jouissent d’une meilleure image, c’est aussi parce qu’ils bénéficient d’une plus importante communication. Car mieux faire connaître le Liban nécessite de « créer une dynamique de liens » dont le rôle incombe au ministère du Tourisme, au syndicat et aux TO sur place. Sans cette synergie, l’image du Liban mettra du temps à changer. Si les moyens semblent encore manquer, comme l’affirme Nada Sardouk, présidente du ministère du Tourisme, la volonté est bien là.
Des promenades dans Beyrouth montrent combien son centre-ville a retrouvé sa superbe, et ses nuits leur folie d’antan (le magazine de l’Air leur a consacré son numéro d’oct.-nov. 2003). Quant aux sites archéologiques, ils restent légion : Baalbek, en plein cœur de la plaine de la Bekaa, continue d’être la destination favorite, la grotte de Jeita, l’une des plus belles au monde, séduit de plus en plus de visiteurs, et puis il y a la ville de Byblos… sans parler des pistes enneigées du mont Liban… Quant au sud du pays, s’il doit encore améliorer ses infrastructures hôtelières, il possède un fort potentiel touristique qui promet de belles surprises dans la prochaine décennie. C’est sans doute le temps qu’il lui faut pour que le pays redevienne la « Suisse du Proche-Orient », comme on l’appelait jusque dans les années 1960. C’est tout le bien qu’on lui souhaite.
La reconstruction et la restauration de Beyrouth
C’est grâce au projet Solidere (Société libanaise pour le développement et la reconstruction) que la ville de Beyrouth a retrouvé le sourire. Ce projet, qui regroupe de nombreux architectes et investisseurs étrangers, a été créé à l’initiative du Premier ministre Rafic Hariri en 1993, puis officiellement par le gouvernement en 1994 (la construction a réellement débuté en 1995-1996). Il a pris en charge la restauration, la modernisation et la reconstruction du centre ville, qui s’étend sur 1,8 million de m2. Hormis un nombre important de cafés et de boutiques de luxe qui ont investi les lieux, l’architecture ancienne a peu ou prou été respectée. Les résultats sont déjà probants : 270 bâtiments religieux et historiques ont été restaurés à l’identique. Beyrouth a ainsi retrouvé un centre flambant neuf où il fait bon vivre. Aux mauvaises langues qui le trouvent aseptisé, il faut répondre qu’il a maintenant besoin de la patine du temps. La fin du programme Solidere est prévue en 2008.
Notons par ailleurs que le mythique hôtel Intercontinental Phœnicia a lui aussi fait peau neuve il y a quatre ans. Et quatre ans, c’est aussi le temps qu’aura pris sa reconstruction et l’ajout d’un bâtiment. Une véritable réussite. Totalement ravagé pendant la guerre, le Phœnicia, fierté des fastueuses années soixante, domine aujourd’hui la Méditerranée et offre les meilleures commodités, qui vont de son restaurant à son merveilleux Spa.
Adresse : 11/846, Minet El Hosn, Beyrouth.
Tél. : + 961 1 369 100. Fax : + 961 1 369 101.
E-mail : phoenicia@interconti.com.
Une rencontre avec le ministre du Tourisme
Une fois n’est pas coutume, notre petite délégation de voyagistes et de journalistes a été reçue au ministère du Tourisme par le ministre lui-même, Ali Abdallah, sa présidente, Nada Sardouk, ainsi que par le syndicat du tourisme libanais et quelques TO. Au cœur du débat demeure la question de l’image du pays. Chacun ayant pu constater que le Liban offrait les meilleures commodités (14 nouveaux hôtels ont été construits, 8 sont à l’étude) et qu’il ne souffrait d’aucune « insécurité » (« c’est l’un des pays les plus sûrs au monde », affirme Nada Sardouk), la question centrale reste de trouver les moyens de le faire savoir. Le ministère annonce qu’il négocie actuellement avec la France un programme de promotion. Le ministre Ali Abdallah est d’ailleurs invité officiellement à venir rencontrer son homologue français. L’un des objectifs du ministère est en outre d’éviter de parvenir, à terme, à un meilleur étalement des périodes touristiques (de 40 000 visiteurs en mars, on atteint quasiment le cap des 200 000 en août). Des chiffres montrent que le message commence à passer : le nombre de touristes a en effet augmenté de 33 % au premier trimestre 2004. Si la tendance se confirme, le Liban enregistrera « un nouveau record touristique après avoir franchi le seuil du million de visiteurs l’an dernier, une première depuis trente ans », rapporte le journal francophone libanais « L’Orient Le Jour ». Le nombre de visiteurs européens a quasiment doublé en mars, soit 77 % de mieux comparé à la même période de l’année dernière.

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