Le Maroc tente de garder le cap ambitieux des 10 millions de touristes en 2010…

Destination

Jeudi dernier, près de 2 000 personnes avaient été conviées à faire un point d’étape du programme ambitieux de développement touristique lancé en 2000 par le roi Mohamed VI. Dans la salle, entourant la « guest star » de cette manifestation, l’ancien Premier ministre espagnol Felipe Gonzalez, le Premier ministre et des représentants du gouvernement marocains, des walis (préfets) de régions, des élus, des investisseurs, des aménageurs et un bonne dose de professionnels du tourisme dont les principaux opérateurs français et espagnols sur la destination devaient débattre des projets en cours mais aussi de ceux qui ont du mal à sortir de terre… Question de temps sans doute, on a surtout parlé des premiers, avec grandiloquence parfois. Reste que l’originalité et le mérite de cette session (notoirement mal organisée) fut de faire parler les professionnels et les acteurs de terrain. Dans sa lettre d’introduction lue à la tribune, le roi a rappelé les objectifs soulignant toutefois que le rythme de création de lits touristiques (8 500 en 2003) était une performance « en deçà de ce qui était entendu ». Faut-il en déduire qu’en période d’incertitude les entrepreneurs se sont fait un peu tirer l’oreille pour investir dans des stations au Maroc ? Car le pari reste audacieux : faire passer le pays en tête des destinations balnéaires méditerranéennes. Les travaux ont commencé à Saïdia, sur la côte nord, menés par un aménageur espagnol, Fadesa. A Essaouira, le projet « Mogador » mené par Risma (filiale d’Accor) et l’entreprise belge Thomas & Piron est en bonne voie, et Jean-Robert Reznik prévoyait d’accueillir des clients d’ici trois ans… Des investissements rendus possibles, rappelait le ministre du Tourisme Adil Douiri grâce à une réforme express du droit foncier, une fiscalité plus souple et des financements facilités… Et d’abord, grâce à la libéralisation du ciel marocain (lire ci-dessous). Le ministre (et ses propos ont été repris tout au long des assises) a tenu aussi à qualifier cette nouvelle vocation de la destination : elle sera balnéaire culturelle, balnéaire intelligente(?), balnéaire intégrée, respectueuse de l’environnement. Une équation qui ne sera pas facile à résoudre.
Oublier Agadir ?
Au Maroc, il y a deux villes phares qui sont aussi des marques fortes : Marrakech et Agadir. Si la première a les faveurs des médias et de la jetset aujourd’hui, il ne faut pas oublier qu’Agadir fut et reste une des valeurs sûres du tourisme balnéaire chérifien. Faut-il pour autant la bouder comme ce fut le cas lors des dernières assises ? Alors que les autorités du pays cherchent la pierre philosophale du balnéaire intelligent, faut-il avoir honte de cette destination qui a bien des mérites : un ensoleillement maximum dix mois par an et une offre hôtelière abondante renforcée par de nouveaux projets ? On peut comprendre que le pays ait besoin de se développer tous azimuts et qu’il ne faut pas que le nord soit laissé pour compte. N’empêche, il est hasardeux de créer des sites balnéaires qui risquent de n’être exploités que 3 mois l’an, au mieux. Le Club Med en a fait l’expérience… On voit en Languedoc-Roussillon comment vieillissent les stations voulues par le Plan : mal ! Certes les Marocains cherchent à se garantir contre les dérives qui ont produit en France et en Espagne des friches touristiques. Le label « culturel » des nouveaux projets balnéaires suffira-t-il à attirer en dehors de la haute saison ?
La compagnie low cost créée par la RAM effectuera ses premiers vols en juin
Nous l’avions publié en décembre dernier, Royal Air Maroc sera l’opérateur de la nouvelle compagnie low cost marocaine à vocation touristique. Le ministre des Transports, Karim Ghellad, l’a annoncé en même temps qu’il dévoilait les « actes » de la libéralisation du ciel marocain. Il revenait à Mohamed Berrada, patron de la RAM, de préciser les contours, encore flous, de la filiale à 100 %. Un nom de code « STT », et un plan de développement étalé jusqu’en 2012 : pré-démarrage en juin prochain et lancement en octobre avec 7 appareils (24 dans 8 ans). Objectif : 30 % de part de marché et 4,1 millions de passagers transportés en phase finale. Pour opérer à bas coût (– 15 % par rapport à la RAM), elle aura une grille tarifaire simple, plus lisible et choisit la distribution directe. On ne sait pas très bien encore si cette compagnie sera régulière ou charter, mais elle a été créée pour ouvrir l’offre aérienne aux voyagistes en même temps que Corsair et Air Europa prennent leur part dans le ciel libéré.

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