Le tourisme corse se remet en question

La destination affiche un retard d’activité d’environ 18 % par rapport à 2003.
La concurrence sérieuse des autres pays de la Méditerranée en serait la cause.
Les professionnels veulent réorganiser le tourisme corse et segmenter l’offre.
« Fichue ! » prédisait en juin dernier Jean-Louis Fieschi, président du syndicat des hôteliers de la région d’Ajaccio, à propos de la saison estivale en Corse. A l’heure du bilan – même si août n’est pas terminé –, ses propos se sont vérifiés, puisqu’en moyenne l’île de Beauté enregistre une baisse d’activité de 18 %. Président du Snav Corse mais également TO, réceptif et hôtelier, Jean Ferrandini ne veut pas céder au défaitisme ambiant. « Attendons septembre et les chiffres officiels avant de conclure à une saison catastrophique… », relativise-t-il avant d’avouer pourtant que les groupes seront rares le mois prochain. Peut-être moins optimiste que son confrère, Jean-Jacques Bessière, patron de Corse Itinéraires, spécialiste du voyage d’affaires, parle lui d’une chute d’activité oscillant entre 20 % et 50 %. « Les meilleurs ont su stabiliser leur activité, les mauvais ont perdu des points », résume-t-il ajoutant que cette baisse de fréquentation attendue était à mettre sur le compte de la conjoncture plus que de la concurrence de la Croatie. Jean-Pierre Pinelli, président du syndicat des métiers du tourisme de Balagne et directeur de l’hôtel La Villa 4* à Calvi, va encore plus loin. « Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est aussi du fait d’une concurrence solide d’autres destinations méditerranéennes mais c’est surtout du fait que depuis toujours nous misons sur notre potentiel brut, nos paysages, notre identité ce qui est aujourd’hui insuffisant. Le tourisme est une affaire de professionnels qui se doivent de donner au client un juste retour sur son investissement. » Car le touriste paie cher pour séjourner en Corse, à commencer par son transport aérien. « Certes l’offre maritime est plus abordable, mais quel service et quel accueil déplorable ! », peste à son tour Jean-Luc Ettori, directeur de Corsicatours, évoquant sa dernière traversée avec la SNCM. « Il est temps de nous remettre en question sérieusement et de faire de vrais efforts pour segmenter notre offre produit… », conclut Jean-Baptiste Ceccaldi, directeur de l’hôtel 4* la Signoria qui se demande seulement qui des professionnels ou des transporteurs amorcera la pompe en premier.
Pour les professionnels, la dernière campagne de pub est arrivée trop tard
Fin mai, l’ATC (Agence pour la promotion du tourisme corse) lançait sur le continent une campagne de sensibilisation (4X3, métro…) dont le slogan « La Corse, c’est toujours le bon moment… » devait susciter l’envie de s’y rendre cet été. Le message est-il bien passé ? Si l’on en croit les professionnels interrogés, elle n’aurait pas servi à grand-chose ! « Cette campagne est sortie trop tard et nous a coûté cher », indique l’un d’eux. « Les choses qui sont faites dans l’urgence ne sont jamais très bonnes », ajoute un autre professionnel aussitôt rejoint par un troisième qui, lui, remet en cause le slogan. « Oui la Corse est belle toute l’année… mais ce n’est pas toujours -pour un touriste- le bon moment pour s’y rendre, puisque bien souvent les hôtels sont fermés et certaines villes sont désertées. » D’une critique encore plus acerbe, un hôtelier parle même de « cible manquée » et d’un « manque de professionnalisme dans la communication ». Il ajoute : « Communiquer efficacement est un problème récurent pour la Corse qui n’a pas encore compris qu’elle devait se vendre comme une destination pays ». L’île de Beauté en a-t-elle seulement les moyens ? « C’est bien là le problème », intervient un TO spécialiste de la destination « quand l’ATC met sur la table 3 millions d’euros de budget annuel pour vendre nos multiples atouts naturels et culturels, la Croatie en pose 23 millions pour le seul marché français… » La messe est dite.

Réagir à l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *