Sur les eaux redevenues calmes des Maldives (3ème partie)

Destination

Soudain, la mer est montée et a envahi quelques hôtels sur les 83 recensés. Seuls 18 sont toujours fermés aux clients. Pourtant, les touristes sont toujours absents des atolls de rêve des Maldives. Pour les habitants de ce pays dont le tourisme représente 30 % de son PIB, plus qu’une crise économique, c’est une injustice.
« Dis bien aux Français que mon pays est prêt », souffle Zuhair, un vendeur de souvenirs de l’île de Guraidoo. Cette poussière de terre perdue dans l’immense archipel des Maldives, brille aujourd’hui sur les eaux translucides de l’océan Indien. Mais elle fait également partie des îles submergées par ces maudites vagues du 26 décembre. Les habitants ont vu passer ce jour-là trois vagues puissantes qui ont tué quatre enfants, détruit 53 maisons et leurs espérances d’une bonne saison touristique. Depuis cette date, la rue commerçante Rushaneemagu est déserte : « Avant, je recevais une centaine de touristes par jour dans ma boutique, explique ce père de trois enfants. Il y en a maintenant une vingtaine et seulement des clients des safaris. » Ceux-là, plus intéressés par l’exploration sous-marine, ne remplacent pas les clients des îles resort, qui accueillent des touristes plus dépensiers. « Normalement, je gagne 9 000 dollars par mois en haute saison avec 150 clients par jour », explique Sharuffiyya, une autre commerçante, qui a perçu en tout et pour tout 1 000 ruffiya et 15 jours de nourriture comme aide de la part du gouvernement après le tsunami. « Actuellement la douzaine de clients journaliers ne dépense pas plus de 15 dollars par jour dans ma boutique. » La clientèle de séjour manque donc cruellement à ce pays dont 30 % du PIB dépend du secteur touristique. Aujourd’hui sur les 83 hôtels-resorts ouverts avant le raz de marée, seuls 18 sont toujours fermés pour travaux variant de quelques jours à plusieurs mois. Qu’importe cette normalisation, les touristes étrangers boudent les eaux limpides des lagons, les bungalows sur pilotis, le service empressé des Maldiviens : « Notre taux d’occupation est de 15 % actuellement contre plus de 80 habituellement en cette période », explique Arvind Kaimal, le directeur de l’hôtel Taj Coral Reef resort, rouvert au public le 1er février. « Quand je demande aux clients pourquoi ils annulent, ils invoquent souvent le manque de sécurité, c’est absurde, car le groupe électrogène, les purificateurs d’eau, les parties des chambres endommagées ont été remis à neuf, tout fonctionne parfaitement. » L’hôtelier espère revenir à un taux de 50 % dès le mois d’avril, mais 45 % de son chiffre d’affaires, réalisé habituellement entre décembre et mars, est en immense partie perdu. A ce manque à gagner, il faut ajouter « le montant des dégâts, évalué à 2 M de dollars et celui des réparations à 1 M pour un chiffre d’affaires total de 7 M de dollars », estime-t-il. Du coup, pour relancer le marché, il n’hésite pas à jouer sur les prix avec 15 % de réduction. Sur Fun Island, on n’en est pas encore là. L’hôtel du même nom, classé 3 étoiles et appartenant au groupe maldivien Villa Hotel, joue toujours du tournevis, de la ponceuse et du planning d’avancement des travaux, affiché dans une réception transformée en salle d état-major. « Nous ne savons pas quand nous rouvrirons, glisse Mohammed Rashad, le directeur. La moitié des chambres est déjà rénovée, nous attendons le feu vert du siège. » Et l’envie des clients. « Après le raz-de-marée, nous avions proposé aux clients qui voulaient annuler de les surclasser vers un hôtel 5 étoiles du même groupe, raconte Nathalie Guérini, correspondante de NF sur place. Ils ont tous refusé. » Les Français ne sont d’ailleurs pas considérés comme les plus volontaires aux vacances maldiviennes. « Les premiers à revenir sont les Anglais, les Italiens et les Allemands », constate le directeur du Taj Coral Reef Resort qui compte en temps normal 10 % de Français – « ils n’arriveront pas avant fin février » – parmi sa clientèle. La destination attire pourtant. Pas moins de 70 TO programment la destination cette saison. Au moment du tsunami, NF, par exemple, avait 175 touristes sur place, une liaison aérienne directe avait d’ailleurs été mise en place, mais a dû être annulée après la catastrophe, faute de clients « au moins jusqu’à l’automne » selon le directeur du tour operating du groupe. De plus, selon le ministère du Tourisme, le marché français avec 410 00 touristes enregistrés en 2003 était en hausse de 31,5 % par rapport à 2002. Les séjours en catégories hôtelières les plus moyennes semblent toutefois les attirer de nouveau. Ainsi les Français, au nombre de 28, étaient la 2e nation la plus représentée à l’hôtel Embudu 2 étoiles, toutefois loin derrière l’Allemagne avec 88 clients. Cet établissement avouait d’ailleurs 77 % de taux d’occupation à cette date. Un espoir pour Zuhair, le commerçant de Guraidhoo, mais aussi pour son ami Abdu Chamman, qui veut sans plus attendre frapper à la porte d’un resort pour obtenir un emploi : « De toute façon, il est hors de question de reprendre la pêche, le travail de nos parents, clament-ils en chœur. Le tourisme est aujourd’hui pour nous la seule façon de faire vivre nos familles. »
Précision
La somme de 150 000 euros versée par Nouvelles Frontières à l’ambassade du Sri Lanka à Paris est le fruit d’un prélèvement de 5 euros effectué par le voyagiste lui-même sur chaque forfait vendu.

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