Tahiti : ce que French Blue peut apporter au marché

 Les agences et les TO ne voient pas tous le transporteur avec le même intérêt. Ils attendent d’avoir les tarifs disponibles. La compagnie low cost long-courrier French Blue a annoncé son arrivée sur la ligne Paris-Papeete pour le printemps 2018.

 

L’annonce officielle est tombée il y a un mois: la filiale d’Air Caraïbes low cost long-courrier, French Blue, va opérer la route Paris-Papeete. Au départ d’Orly et via San Francisco à partir de mai 2018. Alors qu’Air France et Air Tahiti Nui sont en partage de code, beaucoup de professionnels du tourisme travaillant sur cet axe attendent depuis longtemps le retour d’un troisième opérateur.

 

La filiale d’Air Caraïbes doit « apporter du trafic supplémentaire » a déclaré son dirigeant, Marc Rochet. Nous avons donc demandé à trois spécialistes de la destination  ce qu’ils pensaient de cette nouveauté.

 

Le ‘oui, mais…’ d’Austral Lagons

Pour Hélion de Villeneuve, directeur général d’Austral Lagons, l’arrivée de French Blue est « une bonne chose pour stimuler la concurrence ». Qui dit low cost, dit aussi une opportunité de  « faire baisser le panier moyen en tour operating ». Néanmoins, « le stock hôtelier reste un problème« .

 

« Nous avons des croissances à deux chiffres sur la destination » affirme le patron d’Austral Lagons. Et de citer une hausse de 39% des bookings Polynésie avec déjà 44% du chiffre d’affaires de l’an dernier réalisé. Le TO multi-spécialiste qui consacre toute une brochure à « Tahiti et ses îles » s’inquiète néanmoins.

 Où vont aller tous les nouveaux touristes?

« En mai, juin, juillet, nous avons déjà en novembre des hôtels en stop sell. Il faut se rappeler que les réservations se font tôt sur cet axe. Que va-t-il rester aux clients comme hébergement? » s’interroge Hélion de Villeneuve.

 

Même les petites pensions de famille de moins d’une dizaine de chambres sont « déjà pleines pour la saison », explique-t-il en précisant qu’Austral Lagons connu sur le haut de gamme est également le premier revendeur de ces hébergements. « Le manque de disponibilité hôtelière nous oblige à revoir les programmes, à les changer. On doit modifier l’ordre des nuitées et changer les activités qui vont avec. »

 

Sortir du triptyque Tahiti-Moorea-Bora Bora

« Il est indispensable d’arriver à ouvrir des hôtels 4* ailleurs qu’à Bora Bora pour désengorger la situation » estime Hélion de Villeneuve. Et de suggérer « à Huahine, Tahaa ou Raiatea », par exemple.

 

Et si on pense aux Marquises qui bénéficient actuellement d’une énorme communication avec le film sorti au cinéma sur le peintre Paul Gauguin et l’exposition au Grand Palais, à Paris, « il est difficile de convaincre les clients de s’y  rendre. D’ailleurs on privilégie l’expérience à bord de l’Aranui pour compenser le manque d’hôtels » précise le DG du TO spécialiste.

 

La ‘question du tarif’ pour Voyage de légende

L’arrivée de French Blue est saluée par le tour-opérateur Voyage de Légende, autre spécialiste de la destination. La disponibilité aérienne est « un vrai sujet cette année jusqu’en octobre » indique Brigitte Keromen, directrice générale. « Pour la très haute saison, du 25 juillet au 10 août il n’y a déjà quasiment plus de places sur Air Tahiti Nui, et sur certaines périodes, même les classes les plus chères sont full » explique-t-elle.

 

La bonne nouvelle, estime la dirigeante, c’est que « French Blue a clairement dit vouloir travailler avec les professionnels ». « Maintenant, il leur reste à nous donner enfin des tarifs qu’on puisse établir des devis. Avec des résas à 6 mois, il faut pouvoir anticiper et répondre rapidement aux demandes. »

 

Démocratisation de la destination

French Blue positionnée low cost va, selon elle, séduire majoritairement les Polynésiens installés sur le continent qui viennent dans les îles voir la famille ou des amis. Si les tarifs attirent une nouvelle clientèle touristique –« il y en aura sûrement une partie »–, reste à savoir si cette clientèle aura les moyens d’un séjour sur place.

 

« Il faut pouvoir profiter de la destination. L’intérêt de Tahiti & ses îles c’est le combiné d’îles avec les transferts inter-îles et les activités spéciales (plongée sous-marine, nage avec les requins, etc.). Est-ce qu’en payant moins cher le billet d’avion, les clients vont pouvoir dépenser plus sur place ? Il faudrait le souhaiter, dit-elle. Sinon on aura des voyageurs comme le petit garçon devant la devanture du glacier qui ne peut pas se payer une glace. »

 

« Une attente du marché » pour Mélissa, agent certifié

Elle aussi est dans l’attente de la parution de la grille tarifaire de French Blue. Elle, c’est Mélissa Jaquet, à la fois agent de voyages certifiée par l’OT de Tahiti et  d’origine polynésienne. Les tarifs annoncés sont attractifs, mais elle attend de voir si les clients vont pouvoir y trouver leur compte. « Avec un vol de 22 heures, il faut du confort » estime-t-elle.

 

Pour la jeune femme, French Blue est « clairement un attrait pour les Polynésiens et les TO qui vont vendre de la petite hôtellerie ». Pour autant, « tout étant très cher sur place », il ne faut pas imaginer des séjours bon marché. « Les clients devront « dépenser, beaucoup, sur place ».

 

Depuis le départ de Corsair de la route Paris-Papeete, il y a quinze ans, l’arrivée d’une nouvelle compagnie était très « attendue », rappelle-telle. Et pour ceux qui font souvent le voyage, passer par San Francisco va renouveler le voyage.

 

Publié par Myriam Abergel

Journaliste – Le Quotidien du Tourisme

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