Agent de voyages à domicile: Eric & the Trip a passé le cap des 3 ans

Distribution

Après une rupture conventionnelle, Eric Baetens s’est lancé dans la vente de voyages « sur mesure en famille ». Il crée sa société, suit des formations (Escaet, APST) et se constitue une clientèle. Depuis le mois de janvier, il travaille sans filet…

 

Ingénieur de l’Ecole des Mines de Nancy, vous avez travaillé 25 ans chez Danone. Pourquoi avoir choisi le métier d’agent de voyages pour votre reconversion professionnelle?

Parce que j’aime organiser des voyages! A titre privé ou pour mon travail, je le faisais déjà. Chez Danone, j’ai fait beaucoup de logistique, de la gestion de projet, de la qualité. Interface entre la France et une filiale japonaise, je me suis rendu 15 fois au Japon par exemple. Quand d’autres regardent des séries, moi, je passais mon temps libre à préparer des voyages. D’abord pour ma famille -j’ai trois enfants- puis des amis m’ont aussi demandé des conseils. A l’approche de la cinquantaine, j’élabore donc ce projet de création d’une agence de voyages sur mesure axés « famille ».

 

Quelles ont été les grandes étapes pour cette création d’entreprise?

J’ai suivi à l’Escaet un Sapov (stage d’aptitude professionnelle des opérateurs de voyages et de séjours) en deux parties, théorique et pratique (chez Romand Voyages). Vu mes autres diplômes, je n’en avais pas obligatoirement besoin pour l’immatriculation Atout France mais ça m’a semblé indispensable pour bien comprendre les enjeux et me préparer. Je monte ma société, Eric & the Trip, en SASU -je souhaitais garder un statut de salarié-, trouve une garantie financière avec l’APST et m’inscris aux Entreprises du Voyage (EDV) la première année.

 

A l’APST et aux EDV, vous y trouvez des appuis?

A l’APST, j’ai participé à des formations très utiles sur la « gestion d’une agence » et la « TVA en agence »s. J’ai eu un tuteur -je l’avais demandé- surtout intéressé par mes résultats financiers. Et je suis membre des NAV en tant que (« vieux ») jeune créateur. J’ai rarement l’occasion d’assister aux événements: ils se déroulent à Paris -je vis en Haute-Savoie- et c’est un investissement temps-argent pas évident à rentabiliser. Il en faudrait plus en province.

Pour les EDV, j’ai assisté au congrès à Marseille toujours afin de mieux comprendre ce milieu. La cotisation de 1.000€ à partir de la deuxième année m’a semblé trop élevée pour un « petit » chef d’entreprise comme moi. Les tarifs devraient être adaptés. Je suis convaincu qu’une convention, comme celle de Lionel Rabiet avec les EDV IDF en Laponie, me serait utile mais il faut aider les créateurs à y participer.

 

Comment déniche-t-on des clients quand on n’est pas ancien agent de voyages?

Il faut être motivé, imaginatif. A la différence d’un professionnel du voyage qui aurait décidé de se mettre à son compte, je suis parti de zéro. Donc j’ai fait jouer mes réseaux. D’abord mes proches, mes amis, mon ancien environnement professionnel, les anciens élèves de mon école. J’ai un partenariat avec une blogueuse et je participe à des réunions de nouveaux entrepreneurs de différents secteurs. L’avantage avec le voyage, c’est que cela intéresse tout le monde, même si je ne décroche pas toujours des contrats. Je laisse mon contact, et parfois les gens repensent à moi quand ils veulent voyager.

Et Internet?

J’ai un site Web, Eric and the Trip. Avec des témoignages de clients et leurs photos de voyages, c’est plutôt une vitrine qu’un outil d’acquisition.  J’envoie aussi une newsletter aux clients tous les deux à trois mois pour garder le contact, renouveler les idées de voyages… Ce qui fonctionne le mieux, c’est le bouche-à-oreille, les anciens clients qui me recommandent. Et cela peut aller bien au-delà de ma zone géographique ! J’ai des clients dans le Sud-Ouest et d’autres en Belgique que je n’ai jamais vus. Si je fais tout pour que ça se passe bien, le client va revenir et me demander un autre voyage. On construit sa clientèle brique par brique…

 

Votre entreprise a passé cette année le fameux cap des 3 ans. Financièrement, comment vous en sortez-vous?

Le 1er janvier, j’ai reçu un mail de Pôle Emploi me signifiant la fin de mes droits après 3 ans d’ARE (aide au retour à l’emploi). J’avais bâti mon projet en raisonnant en cumul sur 10 à 15 ans quant à la somme que j’espérais dégager de mon activité avant la retraite. Avec des résultats dès la deuxième année, j’ai pu constituer une trésorerie. A la différence d’un jeune qui se lance et a besoin de se payer rapidement, moi j’ai déjà payé ma maison; mes enfants sont grands et ont fini leurs études. J’ai commencé à me rémunérer en janvier. Sachant que sur cet exercice, je devrais avoir réalisé 60 dossiers essentiellement en sur-mesure contre 45 l’an dernier.

 

Avec quels fournisseurs, prestataires, etc. composez-vous votre environnement professionnel?

Pour l’aérien, comme je ne suis pas Iata, je passe par AerTicket. Il arrive aussi que les clients aient pris eux-mêmes leurs billets avec leurs miles. Lorsqu’un client me demande (rarement) un produit packagé, je passe par Adopteunto.com avec qui j’ai souscrit un abonnement ou directement par le TO (Salaün…). J’ai un contrat pour le back-office de «coach voyage» avec Univairmer mais je n’ai pas eu l’occasion de l’utiliser. Pour l’essentiel de mon activité, les voyages sur mesure, je travaille avec des réceptifs (dont le réseau Togezer) ou des prestataires (hôteliers, guest-houses) que je connais. J’en rencontre sur des salons. J’échange aussi beaucoup avec d’autres agents de voyages pour sélectionner des réceptifs. ça me va bien de devoir chercher, je considère que cela fait partie de mon travail.

 

Vous passez toujours par un réceptif?

Non. Pour un autotour dans un pays que je connais bien, comme la Grèce, la Croatie ou les parcs nationaux aux USA, j’organise moi-même. Dans ces cas-là, pour assurer le relais sur place, je souscris à une conciergerie –la même que Marco Vasco- qui fonctionne 24 heures sur 24 afin que les clients aient un interlocuteur sans souci de décalage horaire. Au Japon, je travaille avec des Français vivant sur place, qui vont accueillir mes clients (les derniers en date étaient une mère et ses deux enfants) pendant la première journée, leur donner le pocket wi-fi, valider le JR Pass…

 

Puisque vous n’avez pas de point de vente physique, où travaillez-vous?

Je vais chez les clients, je travaille de chez moi avec les e-mails, Skype, le téléphone. Les rendez-vous avec les clients peuvent être le soir ou le week-end, je n’ai pas de contraintes – les enfants sont grands maintenant. Cela fait partie du service par d’autres moyens. Je reste joignable via Whattsapp pendant le voyage de mes clients. Même si je ne suis pas celui qui va les aider personnellement, je suis en lien avec le réceptif.  C’est un élément de différenciation.

 

Arrivez-vous à être compétitif par rapport à de gros tour-opérateurs par exemple?

Nous n’avons pas les mêmes frais de structure. Je calcule ma rémunération sur le temps de travail plutôt que sur des (beaux) mètres carrés. Donc oui, même en termes de tarifs on peut s’en sortir. Je suis spécialisé dans des voyages sur mesure plutôt long-courrier et ponctuellement, je vais faire un city-break pour des clients fidèles. Les dossiers que je traite vont de 1.000€ pour un week-end à deux  en Toscane à 50.000€ pour un « Tanzanie-Zanzibar » pour 10 pax. Et j’intègre même des roadbooks personnalisés conçus via Little Big Road !

 

Répondre aux contraintes des voyages en familles

Eric Baetens a voyagé dans une cinquantaine de pays dont la moitié avec ses trois garçons. Ayant « vécu les destinations dans des conditions proches de celles de (ses) clients », il va les conseiller sur celles à privilégier selon la tranche d’âge des enfants et le bon rythme. « La question est de trouver l’équilibre entre le besoin de repos et le sentiment d’ennui, surtout avec des adolescents » signale-t-il. Sa valeur ajoutée, il va aussi l’apporter en fonction de son vécu. « Est-ce qu’il vaut mieux choisir un autotour ou bien un chauffeur guide? est-ce qu’on aura bien des chambres famille ou communicantes? C’est un vrai problème quand on voyage à 4 ou 5. Il y a des impératifs à vérifier et valider. La hiérarchie des points importants (siège bébé ou rehausseur, machine à laver, etc.) n’est pas la même pour un séjour en couple ou en famille. »

 

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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Vos réactions (6)

  1. Article très intéressant, c’est un plaisir de collaborer avec toi Eric!
    Bonne continuation dans cette étonnante aventure qu’est le tourisme!

    PS; C’est Aerticket

  2. Bravo Eric, ce début est prometteur…belle réussite en partant de zéro…j’ai beaucoup apprécié notre entretien en vue de l’immatriculation, pour la garantie APST.
    Mes meilleurs souhaits pour l’avenir

    Franck CHAPUS / Délgué APST Alpes

    1. merci Charlotte : c’est toujours un plaisir de partager ma passion pour ce pays et transmettre à mes futurs voyageurs, que « tant qu’on n’y est pas allé , on ne peut pas comprendre ! »

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