Amadeus se voit agent de voyages

Distribution

L’investissement d’Amadeus dans l’agence en ligne devrait se monter à 62 ME.
L’opération est encore soumise au feu vert des autorités de la concurrence.
Pour le DG d’Amadeus France, « c’est le consommateur qui donne le cap ».
Le groupe Amadeus est en train de finaliser la prise de contrôle d’Opodo, l’agence de voyages en ligne paneuropéenne jusqu’ici codétenue par 9 compagnies aériennes (*) et dans laquelle le GDS avait déjà une participation minoritaire. Ainsi, si les autorités de contrôle donnent leur feu vert, Amadeus détiendra 55 % des parts de l’agence en ligne, pour un investissement de 62 ME (d’après un communiqué d’Opodo, d’autres investissements devraient avoir lieu dans les prochaines années). Comme l’explique Philippe Grando, DG d’Amadeus France, « cette opération renforce notre position et nous permet de mieux comprendre ce canal de distribution ». Pour autant, le patron d’Amadeus France trouve-t-il normal de devenir le concurrent de ses clients de la distribution traditionnelle ? Visiblement, cela ne pose pas de problème majeur. Il explique : « Nous investissons 62 ME dans cette opération, alors que notre investissement annuel concernant la distribution off line s’élève à 100 ME. » La seule chose qu’il oublie de dire c’est que dans un cas il s’agit d’une seule et unique agence en ligne et dans l’autre de l’ensemble de la distribution. De toute façon, pour Philippe Grando, l’évolution est quasi inéluctable car « c’est le consommateur qui donne le cap ; aux États Unis, 30 % des ventes de billets d’avion se font en ligne, et les agences traditionnelles n’ont peut-être pas saisi ce message ». Et de conclure : « La nature a horreur du vide, il ne faut pas que nous laissions d’autres opérateurs, comme Expedia et Travelocity, pendre cette place. » Il précise : « Dans l’organisation d’Amadeus, Opodo demeurera une entité clairement séparée. D’ailleurs, si demain un réseau décide de se lancer dans le commerce électronique, nous lui apporterons notre aide au même titre que les autres. »
(*) Après finalisation de l’accord, la structure de l’actionnariat d’Opodo sera la suivante : Amadeus 55,36 %, Air France, British Airways et Lufthansa 10,24 % chacun, Alitalia, Iberia et KLM 4,08 % chacun, Finnair 0,75 %, Aer Lingus et Austrian Airlines 0,51 % chacun.
Les réseaux oscillent entre scepticisme et fatalisme
Jean-Pierre Mas, président d’Afat Voyages
« Avant tout il faut dire qu’Opodo n’a pas encore prouvé sa capacité à concurrencer efficacement la distribution classique. Ce sont les compagnies qui rémunèrent Amadeus, mais ce sont les agences de voyages qui génèrent sa richesse en l’utilisant. Est-il légitime qu’une société dont on crée la richesse l’utilise pour nous faire concurrence ? Ce n’est pas ce qu’on peut appeler une position vertueuse. Enfin, le moins que l’on puisse dire c’est que ça nous retire des états d’âme en ce qui concerne l’utilisation des sites Internet d’accès direct aux fournisseurs. »
Richard Vainopoulos, président de Tourcom
« Ça va donner une mauvaise image d’Amadeus aux agences. Je pense que cette opération permet aux compagnies aériennes de se dégager, donc d’être à même de présenter un bilan épuré, ce qui peut être utile par exemple en cas de… privatisation. »
Francis-Philippe Gallo, Sembat Tourisme
« C’est la vie des GDS, ils ne font qu’imiter leurs homologues américains. De toute façon, le fait qu’un de nos fournisseurs devienne un de nos concurrents, ce n’est pas nouveau dans ce métier. En plus ils le faisaient déjà en catimini, maintenant c’est au grand jour, c’est mieux. »

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