En Turquie, les agences en ligne sauvent la face

Distribution

Lastminute et Promovacances ont dégagé des moyens pour rapatrier leurs clients.
Un gros bémol, toutefois : un manque de vigilance sur le choix du fournisseur.
L’article 23 de la loi du 13 juillet 1992 mis en avant par le gouvernement.Des touristes français (461 exactement) bloqués dimanche dernier en Turquie à la suite d’un différend opposant Elegance (voir ci-dessous) à la compagnie charter turque Atlas Jet, cela fait désordre ! Frédéric Van Houtte, président de Level.com (association d’agences en ligne), se félicite néanmoins de la réaction de Lastminute qui a engagé immédiatement les moyens nécessaires pour rapatrier 165 clients. "Notre métier mute, les marques sont installées et possèdent les moyens financiers nécessaires." Promovacances a affrété un avion mardi pour rapatrier ses 55 clients qui étaient eux aussi bloqués dimanche. Sur place, le distributeur a assuré leurs repas et leur hébergement. Si on voulait être un rien provocateur, on pourrait presque dire que cet incident sert les intérêts des agences en ligne qui ont pu rapatrier leurs clients – ce qui n’est pas le cas de tous les passagers. Un gros bémol, toutefois, le manque de vigilance de ces mastodontes du voyage en ligne sur le choix du tour-opérateur. Pour René-Marc Chikli, président du Ceto, passablement excédé, "les distributeurs peuvent travailler en confiance avec une centaine de tour-opérateurs". Il ajoute : "Ce n’est pas pour autant qu’il faut fermer la porte aux jeunes entrepreneurs soutenus par les instances professionnelles!" Bernard Didelot, président de l’APS, suit de très près cette affaire, d’autant plus qu’Elégance est adhérent de l’association. En cas de défaillance du tour-opérateur, l’APS – c’est son rôle – ne couvrira que les clients qui sont passés en direct dans le cadre de l’achat d’un forfait. Ils ne seraient qu’une poignée. Par ailleurs, on peut considérer que l’article 23 de la loi du 13 juillet 1992 a de beaux jours devant lui. Dans un communiqué commun, le ministère des Transports et le ministère délégué au Tourisme ont rappelé que "le vendeur d’un voyage à forfait est responsable de plein droit à l’égard de l’acheteur".

Elégance au cœur de la tourmente

Tout commence dimanche 20 août. 461 Français et Franco-Turcs sont bloqués à Izmir (291) et Istanbul (170). Le voyagiste Elégance est aussitôt accusé de défaillance. Ce TO, nouveau venu dans le paysage touristique français, veut se faire connaître, mais pas de cette manière. Lors de son lancement en 2004, il souhaite prendre la place laissée vacante par Maxi, en séduisant une clientèle de milieu de gamme et il compte évoluer vers le haut de gamme avec des hôtels 4 étoiles. Les fondateurs Erol Dil et Hakan Akainci, deux anciens de Médiades, veulent aller vite. Ils lancent le premier vol en avril 2005 et mettent rapidement en place un plan de transport de plus de 25.000 sièges, qui plaît immédiatement à Lastminute.com. L’argent rentre rapidement : plus de 4 ME en trois mois. Cet été devait installer la marque sur le marché. En juin dernier, Elégance avait invité les agences de voyages à une soirée spéciale pour sensibiliser la profession à ses produits. Tout s’écroule dimanche dernier. Le TO se retrouve accusé par son fournisseur aérien Atlas Jet de ne pas avoir payé les avions nécessaires à l’acheminement de ses clients. Celui-ci annule les permis de vols. Les clients restent en carafe dans les aéroports. Dimanche passe, la colère monte, le consulat français intervient devant le flou qui entoure l’affaire. Alors qu’Elégance et Atlas Jet se lancent dans des négociations d’arrière-boutique, le gouvernement et les distributeurs tentent le jour suivant de trouver des solutions. Lastminute affrète un avion lundi, et les premiers retours se font le soir même. Le mardi, c’était Promovacances qui affrétait un avion, alors qu’Elégance, qui assure avoir payé Atlas Jet, évoque maintenant le complot.

Publié par Laurent Guéna

Rédacteur en chef adjoint - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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