GDS : l’affrontement qui va coûter cher

Trueconnect lancé après le choix de Northwest de réduire ses coûts de GDS.
Toutes les compagnies majeures US seront présentes sur ce site Internet.
La dérégulation des GDS en Europe pourrait renforcer les positions dominantes.
La guerre des compagnies américaines contre les coûts jugés excessifs des GDS va-t-elle créer des dommages collatéraux en affaiblissant les agences de voyages aux États-Unis, d’abord, en Europe ensuite ? On peut légitimement se poser la question. Sept compagnies, parmi lesquelles United, Delta, Continental, Northwest, US Airways et Alaska, viennent de signer une lettre d’intention dans le but de créer un nouveau réseau de distribution en ligne. Celui-ci est développé par G2 SwitchWorks qui avait déjà créé Orbitz avec United, American, Delta, Northwest et Continental. Appelé Trueconnect, ce site a évidemment pour objectif de permettre aux compagnies de faire une économie sur les frais de réservation. Les transporteurs distribués sur ce site – seul l’un d’entre eux n’est toujours pas connu – représentent « 80 % des transactions réalisées par les agences de voyages ». Surtout, cette annonce survient après la décision de Northwest de faire supporter une partie de ses coûts GDS sur les agences de voyages pour les vols intérieurs. Pour se justifier, la compagnie souligne qu’utiliser les services d’un agent de voyages lui coûte 12,50 dollars contre 5 dollars sur son site Internet. Pour les agences, évidemment, la tâche va se compliquer (voir ci-dessous). L’Acta, le syndicat des agences de voyages canadien, évoque dans le cas de Northwest « une tentative désespérée pour rivaliser avec les tarifs des transporteurs à bas prix ». Pour l’Acta, « les compagnies aériennes qui visent les bénéfices à court terme au détriment d’une vision à long terme se nuisent ; il n’est pas dans l’intérêt des compagnies aériennes de s’aliéner les agents de voyages et leurs clients ». Le syndicat souligne que la compagnie n’a pas hésité à imposer des frais supplémentaires « aux agences de voyages et aux consommateurs sans affirmer ouvertement qu’il s’agit là d’une hausse tarifaire ».
« Le démaillage complet d’un système qui fonctionnait avec un remarquable outil »
Pas de doute pour Michel de Blust, secrétaire général de l’Ectaa (le Snav européen), ce qui arrive aux États-Unis entre Northwest et les GDS traversera l’Atlantique en moins de deux ans comme pour la commission zéro. « Dans le cas où les compagnies aériennes décideraient de se distribuer via d’autres canaux, cela sera plus complexe et plus long pour les agents de voyages de réserver un billet d’avion. » Et il ajoute que dans un « environnement commission zéro, les distributeurs ne pourront pas supporter pour les compagnies aériennes les coûts de GDS et devront les répercuter sur les consommateurs ». Michel de Blust précise avoir alerté la Commission européenne du risque d’un effet multiplicateur de position dominante. « Air France, par exemple, ne pourra donner en France que ses tarifs négociés à Amadeus, ce qui écartera les autres GDS. Qui peut se passer aujourd’hui de ces tarifs négociés ? En échange, Air France demandera à Amadeus de faire des efforts sur le prix des booking fees, et le GDS n’aura alors d’autre choix que de se retourner vers les agences de voyages ». De même pour Iberia en Espagne et Lufthansa en Allemagne. De fait, « c’est le démaillage complet d’un système qui fonctionnait avec un remarquable outil que sont les GDS » au détriment de l’efficacité du service rendu aux consommateurs. Pour Floyd Widener, vice-président corporate de Sabre Travel Network, « en la matière, je me réfère toujours aux études faites sur la capacité des GDS à distribuer à moindre coût. » Et il ajoute : « Qu’il s’agisse d’une nouvelle ou d’une ancienne génération, en matière de GDS, des coûts de transaction existent, et ça on ne peut pas le nier. » Après, tout est une question d’efficacité.

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