L’autre alliance : Acte premier

Distribution

Les quatre réseaux vont créer une structure qui sera opérationnelle en septembre 2004 pour peser dans les négociations avec les fournisseurs et mutualiser les coûts. Pas encore baptisé, ce nouvel ensemble pèsera 4 milliards d’euros et 1 300 points de vente.
Vendredi dernier, Afat Voyages, Havas Voyages American Express, Manor et Thomas Cook annonçaient, via un communiqué de presse, leur décision « d’engager des discussions pour créer ensemble une structure commune regroupant leurs intérêts en termes d’achats et de gestion des ressources ». Bref, les quatre réseaux semblent bel et bien vouloir créer un ensemble similaire à l’Alliance T, créé par Accor et Selectour. On ne sait pas encore quelle forme juridique prendra cette Alliance bis, les protagonistes hésitant visiblement entre GIE et SAS. Toujours au rayon des incertitudes, le nom de la future entité reste encore à définir. Toutefois, les choses devraient se préciser assez vite, Jean Korcia, président de Manor, expliquant : « Les détails doivent être réglés pour que nous soyons opérationnels au plus tard en septembre. » Pourquoi une telle opération ? Pour Antoine Cachin, président du directoire de Thomas Cook France, il s’agit d’une réponse aux évolutions du secteur : « Nous assistons à des regroupements dans tous les sens, que ce soit la distribution, l’aérien ou le tour operating. » Il ajoute : « Nous vivons une évolution structurelle qui va donner naissance à un nouveau modèle économique. » D’où la nécessité de se regrouper pour avoir plus de poids dans les négociations avec les fournisseurs. Mais pas seulement, car la vocation de cette alliance en devenir ne se situe pas uniquement au niveau des achats. Il s’agit également de mutualiser développement technologique (« sans pour autant se doter forcément d’outils communs », précise Antoine Cachin) et ressources humaines (la formation, par exemple). Enfin, le patron de Thomas Cook France ne cache pas voir dans cette opération « une certaine logique de distribution : si l’un des membres a des produits à distribuer, c’est naturellement qu’il se tournera vers les autres ». Or, on le sait, d’une part Thomas Cook veut ouvrir sa distribution, via sa marque Neckermann, et d’autre part, Afat Voyages est l’un des seuls réseaux français ayant refusé de revendre TUI. La guerre des blocs a commencé.
Les forces en présence
Que représente la nouvelle entité et quelles sont les forces qui s’y sont regroupées ? A en croire la communication de cette alliance qui n’a pas encore de nom, le volume d’affaires des quatre acteurs réunis avoisine 4,5 milliards d’euros pour près de 1 300 points de vente. De fait, à y regarder de plus près, on s’aperçoit que Thomas Cook Voyages, dirigé par Antoine Cachin, revendique un volume d’affaires de 972 millions d’euros et 442 agences. Le GIE Manor, présidé par Jean Korcia, revendique pour sa part 880 ME de volume d’affaire et 209 points de vente. En ce qui concerne Afat Voyages, dont le président est Jean-Pierre Mas, le volume d’affaires atteint 980 ME et le nombre d’agences 487. Enfin, Havas Voyages American Express, réseau d’affaires managé par Régis Chambert, avec lequel Thomas Cook était déjà lié en matière d’achats aériens et de formation (les 2 entités partagent le même centre), le volume d’affaires s’élève à 1,707 milliards d’euros.
A titre de comparaison, l’Alliance.T pèserait en France, en prenant en compte la fusion de Protravel et Carlson Wagonlit Travel, 1 341 agences et environ 4 milliards d’euros de volume d’affaires. Les futurs adversaires sont donc d’un poids relativement comparable. Si ce n’est que l’Alliance. T dispose d’un avantage concurrentiel certain sur son nouveau challenger : elle a eu du temps pour se roder et elle a forgé de solides partenariats à l’échelle européenne.

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