L’ensemble des agences nourrit l’espor d’une belle arrière-saison

Distribution

Les professionnels de la distribution sont unanimes. L’été 2006 ne restera pas un très grand cru. Effet Coupe du monde, usure du pouvoir d’achat…, les Français ne se sont pas précipités dans les agences de voyages. Toutefois, ces dernières semaines laissent à penser que les mois de septembre et octobre pourraient être bons.
Agences physiques : déjà de nombreuses demandes pour cet hiver
"Une saison en dents de scie." C’est ainsi que François Bédouet (Afat Voyages Balad) qualifie les ventes été en agences de voyages. Il constate qu’en période de canicule, "les gens ne sont pas sortis". "Juillet a été bon avec environ + 15% par rapport à l’an passé. En revanche, au mois d’août, les agences ont été désertées", affirme Jean-Pierre Luce (Luce Voyages à Granville), qui ne s’explique pas "les flux de clientèle toujours très difficiles à analyser". Véronique Sauvage (Guest Voyages au Mans) déplore de ne "pas avoir réalisé les VDM de l’an dernier", remarque "les budgets resserrés" et s’attriste que "les dossiers à bas prix sont désormais réalisés par Internet". Isabelle Leconte (Celtic Voyages à Vannes) met, quant à elle, en avant "des demandes avec des budgets illusoires". "Partir pour 500 euros au cœur du mois d’août, c’est quasiment impossible", ajoute-t-elle en regrettant de ne plus voir "la clientèle à petits budgets en raison d’un pouvoir d’achat en baisse". "On n’oriente pas les ventes, on les subit", déclare François Bédouet. Concernant les destinations, l’inévitable Tunisie a une nouvelle fois tiré son épingle du jeu. "La Bulgarie démarre bien, la Corse s’est bien vendue et la Turquie a été désaffectée", souligne Jean-Pierre Luce. Si, de l’avis général, la saison estivale a été bien moyenne, l’arrière-saison et l’hiver s’annoncent sous de meilleurs auspices. "On a cartonné sur les vacances de la Toussaint", précise encore le responsable de Luce Voyages. "L’automne a l’air de bien s’engager", avoue Véronique Sauvage, avec déjà des demandes qui portent "essentiellement sur l’Asie, mais aussi l’océan Indien et l’Amérique du Sud, notamment l’Argentine et le Chili". Même constat pour Isabelle Leconte qui note "des demandes plus précoces que les années précédentes" mais s’interroge sur leur "concrétisation". "Cela devient récurrent depuis quelques années, on nous demande des brochures hiver qui ne sont pas encore sorties", confirme François Bédouet. Ce dernier mise beaucoup sur "cette prochaine saison qui génère un meilleur chiffre d’affaires qu’en été car l’hiver correspond souvent à de gros budgets sur des destinations lointaines".

Dans la grande distribution, on "attend beaucoup de septembre et octobre"
Bernard Boisson, directeur général d’E. Leclerc Voyages, évoque un "contexte chahuté et des ventes en dents de scie". Néanmoins, dans un marché "plutôt en récession", il n’est pas mécontent de ses résultats. "Lors du premier semestre 2006, nous avons observé une croissance de 2% de notre volume d’affaires et de 4% pour les prises de commande. Ce qui est plutôt satisfaisant sachant qu’en 2005 la progression était de 23%. Le deuxième semestre devrait d’ailleurs être bien meilleur. Nous enregistrons déjà des réservations pour les vacances de la Toussaint." Par ailleurs, le Maroc, les Baléares et l’Espagne continentale connaissent des progressions à deux chiffres alors que la Tunisie "stagne (+3%)". D’autre part, Bernard Boisson estime que la médiatisation de l’affaire "Elégance" nuit à la "crédibilité de toute une profession". Il plaide pour plus de déontologie : "Notre politique n’est pas de travailler avec les tour-opérateurs qui sont les moins chers." Chez Voyages Auchan, on évoque une "activité bousculée" – notamment à cause des annulations qui ont suivi les attentats déjoués à Londres – compensée par des ventes du produit France. "L’Espagne a aussi bien fonctionné, précise Denis Pollet, directeur général. Nous avons manqué de cabines pour les ventes croisières. D’une manière générale, nous attendons beaucoup de septembre et octobre."

Sur Internet, "nous avons constaté une baisse du panier moyen"
Go Voyages ne se plaint pas. "Au mois de juillet, notre volume d’affaires a progressé de 29% et le nombre des passagers de 36%, précise Nicolas Brumelot, directeur général. Au mois d’août, nous avons respectivement progressé sur ces mêmes paramètres de 42% et de 45%. La reprise est significative. Cela rattrape un mois de juin qui était en retrait par rapport à nos prévisions. Nous avons des départs enregistrés pour les mois de septembre et octobre." Frédéric Van Houtte, président de Level.com, association qui regroupe les principales agences en ligne, évoque, lui, un été qui a consacré les "ventes de dernière seconde". Autre tendance chez Go Voyages, "nous avons constaté une baisse du panier moyen. Les clients sont partis moins loin. Nous avons souffert de la désaffection sur les Etats-Unis". Côté destinations justement, on retrouve les grands classiques. "Nous sommes déçus par la Croatie : l’hôtellerie n’a pas suivi, les prix ont augmenté. Les Croates ont voulu profiter de la manne, ce que les clients ont compris." Fabrice Dariot, président de la Bourse des Voyages, se demande s’il ne faut pas que l’on remette en cause les voyages "que l’on vend". Comme si on constatait "un début d’usure". Autres explications avancées : "une usure du pouvoir d’achat disponible, un arbitrage en faveur d’un écran plasma". Cet été, chez Bourse des Voyages, "la vente de forfaits n’a pas connu de croissance malgré des efforts marketing soutenus". Une stagnation compensée par la progression des ventes de vols secs qui s’est élevée à 30%.


Les offices de tourisme jugent l’été moins bon qu’en 2005

Les offices de tourisme sont pessimistes quant à la perception de la saison été 2006 qu’ils jugent majoritairement moins bonne que la précédente. C’est ce que révèle une enquête chapeautée par Odit France, organisme rattaché au ministère du Tourisme, et portant sur les réponses de 948 offices de tourisme. Cependant, pour un quart des répondants, disséminés notamment en Provence, dans le centre-ouest et de la pointe bretonne à la côte d’Opale, celle-ci tient actuellement toutes ses promesses et est considérée supérieure à 2005. Cette enquête démontre par ailleurs que la météo, très dégradée sur le mois d’août, n’a eu que peu d’impact sur la fréquentation. Les OT du littoral parlent même d’une "bonne activité", contrastant avec le pessimisme récurrent affiché par les professionnels de la montagne. Signalée en baisse sensible dans la partie méridionale du pays en juin et juillet, la fréquentation des hébergements marchands s’améliore pour le mois d’août. Les températures caniculaires de juillet ont notamment profité aux campings et à un degré moindre aux hébergements ruraux. Malgré quelques sentiments de recul concentrés du Massif central aux Pyrénées, les fréquentations au sein des villages de vacances et des résidences de tourisme sont annoncées stables par les offices de tourisme. Ces derniers ont aussi enregistré une forte demande pour les activités relatives à la nature (randonnées pédestres notamment). A l’inverse, les visites de sites industriels et les visites guidées ont une nouvelle fois été délaissées par les touristes cette saison. Les budgets vacances de plus en plus restreints portent également un coup à la consommation dans les restaurants.

Publié par David Savary

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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