Le tourisme mis à mal par les Gilets jaunes

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Depuis de longues semaines maintenant, la mobilisation des Gilets jaunes assortie de violences pèse lourdement sur l’économie française. Les professionnels du tourisme ne sont pas épargnés. Bon nombre d’agences de voyages se voient ainsi contraintes de fermer leurs portes durant les jours de manifestation portant un coup sévère à leur activité. La dégradation de l’image de la France plombe également l’activité réceptive avec notamment le secteur de l’hôtellerie restauration qui déplore des réservations en baisse. La récente fusillade de Strasbourg risque d’obscurcir un climat déjà bien lourd à quelques jours de Noël.

 

«C’est la catastrophe ! » Sophie, vendeuse au Printemps Voyages, boulevard Haussmann à Paris, ne mâche pas ses mots. En raison du mouvement des Gilets jaunes et des nombreuses dégradations dans la capitale, le grand magasin a dû fermer prématurément ses portes le 1er décembre avant de les fermer complètement le samedi suivant. « Le samedi, c’est le jour où il y a le plus de monde, et en plus, nous sommes en période de fêtes. Nous perdons du chiffre et des clients », déplore la vendeuse qui doit aussi composer avec « des prises de rendez-vous différées pour des gens qui ont des projets de voyages dans le cadre d’une liste de mariage ».

 

Dans ce contexte anxiogène empreint de beaucoup de violence, « il vaut mieux fermer l’agence et perdre une journée de chiffre d’affaires » concède Richard Vainopoulos, président du réseau Tourcom, qui fustige les actes de vandalisme des casseurs « à Paris mais aussi dans les grande villes de province ». « Tout cela affaiblit le chiffre d’affaires de beaucoup d’agences » poursuit le dirigeant qui évoque « une billetterie affaires en chute de 30% à 40% sur certains points de ventes ». Malgré une progression de son activité en 2018, Bernard Boisson, directeur de Leclerc Voyages, constate lui aussi une diminution des prises de commandes en cette fin d’année, « un ralentissement de l’ordre de 5% à 8% » indique-t-il. La faute à des ronds-points bloqués qui empêchent l’accès aux centres commerciaux.

 

Un rattrapage bientôt ?

 

Lors du dernier congrès Selectour à Dubaï, Laurent Abitbol, président du réseau, n’a pas caché son inquiétude quant à la situation, évoquant une activité en baisse « de 2% à 3% » et de nombreuses agences fermées le samedi 15 décembre. TUI a lui aussi été contraint de fermer ses points de vente parisiens. « J’espère que d’ici mars-avril, ce sera réglé » a souhaité le patron du réseau Selectour.
Du côté des tour-opérateurs, on constate aussi que le rythme des prises de commandes est moins dynamique depuis les manifestations, « le cœur n’est pas à réserver » mais on ne s’inquiète pas pour autant. René-Marc Chikli, président du Seto, estime que le rattrapage se fera dès la fin de cette agitation, « comme cela s’est passé après la victoire de la France en Coupe du monde ». Mais il ne faudrait pas que ça dure, surtout si l’on ajoute le prélèvement à la source qui peut avoir un effet psychologique. « En fait, explique Bernard Boisson, les gens consomment du voyage quand le ciel est bleu et que tout va bien dans leur tête. En ce moment ils n’ont pas le cœur à acheter. Il faut faire le dos rond avant qu’ils retrouvent le moral. »

 

Annulations et reports

 

Pour les Entreprises du Voyage, il est clair que les manifestations des Gilets jaunes ont un impact négatif sur la fréquentation touristique dans l’Hexagone. Les Français eux-mêmes ont réduit très sensiblement ces dernières semaines leurs réservations de vacances en France métropolitaine pour cet hiver. Quant aux étrangers, nous dit EdV dans un communiqué, « ils sont impressionnés par les images violentes qui tournent en boucle sur les chaines d’info du monde entier ». Conséquence : « ils sont très nombreux à annuler ou à reporter leurs prochains voyages en France craignant que leur sécurité ne soit pas assurée » ajoute le syndicat des agences de voyages sans autre précision. L’île de La Réunion est la « victime touristique » la plus atteinte avec une baisse des intentions de voyages de -26%, ajoutent les EdV.

 

Un ralentissement de 5% à 8% dans les prises de commandes en agences.

En France métropolitaine les taux d’occupation dans l’hôtellerie sont en chute libre. S’il est trop tôt pour dresser un bilan définitif, des chiffres circulent déjà. Selon le Groupement national des chaînes hôtelières, les réservations hôtelières ont baissé d’au moins 10% dans l’Hexagone. Selon Roland Héguy, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), « a minima, ceux qui s’en sortent le mieux voient leurs taux d’occupation chuter de 25% mais pour les plus touchés c’est 40%. L’impact des Gilets jaunes sur l’hôtellerie française est terrible, tous les groupes ont annulé leur venue pour les fêtes de fin d’année et aujourd’hui, toutes les réservations se sont complètement figées ». Ce constat n’épargne aucune région.
C’est d’autant plus catastrophique qu’après les trois années chaotiques qui ont suivi les attentats de 2015, l’hôtellerie reprenait pour la première fois des couleurs. 2018 s’annonçait même jusqu’à fin septembre comme « exceptionnelle ». « De profondes traces vont rester en 2019 » anticipe déjà le président de l’Umih. Il rappelle qu’après les attentats «un énorme travail commun» avait été fait par le Quai d’Orsay, Atout France et les professionnels pour relancer le tourisme en France… « Mais là, il faut repartir à zéro, il faudra à nouveau labourer le terrain. Et pour rétablir l’attractivité de la France, ça va être très compliqué » prédit-il.
Pour Richard Vainopoulos, « l’objectif des 100 millions de touristes en 2020 est loin d’être atteint ». C’est d’autant plus dommage que l’année 2018 s’annonçait comme une année record en termes de visiteurs et de recettes.

Publié par David Savary

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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