Richard Vainopoulos (Tourcom) : « en finir avec les études touristiques sensationnalistes »

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Richard Vainopoulos, président du réseau Tourcom, nous livre ici tribune expliquant pourquoi il faut "en finir avec les études touristiques sensationnalistes".Professionnels du tourisme et voyageurs sont constamment abreuvés d’études d’intentions de départs dont les résultats disent tout et son contraire. On constate en particulier la multiplication de sondages portant sur des périodes très courtes ou à la suite d’événements spectaculaires, aux enseignements très incertains, pour ne pas dire nuls. Les terribles attentats qui ont frappé l’Ile-de-France en janvier ont malheureusement été l’occasion de le constater une nouvelle fois.

Une tendance à tirer des conclusions hâtives

D’un côté, on s’est alarmé à grand cri d’une baisse des réservations hôtelières à Paris de -9% au cours du mois de janvier en parlant de « Paris déserté », « touristes en fuite », d’une « plongée spectaculaire » et d’« une baisse violente des réservations».
De l’autre, Easyvoyages, qui se transforme en institut de sondages pour l’occasion, nous annonce que les Français ne comptent pas modifier leurs intentions de départs vers les pays d’obédience musulmane et que « les attentats n’ont freiné qu’un quart des voyageurs » vers le Maghreb. Cela sans rappeler bien sûr que ce même site avait enregistré en octobre-novembre 2014 une chute de 24% à 12% en 1 an de la part de ses ventes vers la Tunisie, le Maroc, l’Egypte et la Turquie …

Quitte à confondre intentions de départ et départs effectifs

Il faut rappeler encore une fois que mesurer des intentions de départs sur des périodes extrêmement courtes ou même sur des saisons, n’a aucun sens. Ce qui est d’autant plus vrai au lendemain d’événements par définition exceptionnels !
Pourquoi ?
D’abord du point de vue de la méthode : on a trop tendance à confondre intentions et départs effectifs d’une part, et à considérer par ailleurs que tous les Français partent en vacances chaque année.
Or, il faut rappeler qu’on observe systématiquement un écart important entre les intentions de départs et les voyages réellement vendus et qu’on sait parfaitement que chaque année moins d’un Français sur deux part en vacances.
Il est donc absurde de trop se reposer sur les intentions de départs pour estimer la bonne santé du secteur touristique, comme il est simplificateur de publier des chiffres en invoquant l’ensemble des Français, lorsque l’on sait que, quelle que soit la période, 50% d’entre eux ne partent pas. 20% de départs en moins ou en plus sur 30 millions de voyageurs réguliers, ce n’est pas la même chose que 20% de variation sur 65 millions de Français.

Et sans se préoccuper des évolutions de consommation de long terme

Sur le fond ensuite : les études sur de très courtes périodes sont obsolètes parce que les habitudes de consommation du voyage ont changé et que le concept de « saisons » n’est plus valable.
Tout d’abord, les réservations sont effectuées dans des délais d’achat très courts, la moyenne étant passée en quelques années de 6 mois à une période comprise entre 6 semaines et 24 heures avant le départ. Difficile dans ces conditions d’avoir des chiffres d’intentions de départ définitifs. Ensuite, les départs ne sont plus concentrés sur 4 périodes de l’année (Noël, Février, Pâques et Été), mais étalés sur 12 mois et concernent des durées plus courtes. Aujourd’hui, le voyage est devenu un besoin fondamental, consommé tout au long de l’année. Quels que soient les événements, politiques, économiques ou climatiques, les clients, ceux qui partent au moins une fois dans l’année, n’annuleront pas leurs vacances. A la rigueur, ils reporteront ou changeront de destination. S’ils devaient partir à l’étranger, ils partiront pour une autre destination, mais toujours à l’étranger, la France ne profitant que rarement de ces aléas.
Un phénomène que l’on a pu constater régulièrement depuis 2004, date à laquelle un Tsunami sans précédent a frappé l’Asie du Sud-est. Il est donc absurde de se fier uniquement à quelques périodes de pointe ou de chute ponctuelles pour tenter de décrire des tendances de long terme.
Il est donc temps d’en finir avec ce type d’études qui ne parviennent qu’à créer des moments d’euphorie ou de dépression, sans fondements et sans recul sur le long terme. A moins que la recherche du buzz permanent soit l’unique priorité…

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Vos réactions (2)

  1. Mon cher Richard,

    Bravo pour tes prises de parole, toujours réjouissantes. JUste quelques éléments de précisions, puisque Easyvoyage est mentionné:

    1/ Nous n’avons pas vocation à devenir un institut de sondage. Quoique… Avec une base de 250 000 membres, dont 100 000 actifs, ça nous permet d’obtenir des éclairages intéressants.
    Sur le cas que tu cites, nous avons eu 3 000 retours de questionnaires, ce qui me semble somme toute, pas si mal, et nous n’avons pris en compte que les membres ayant voyagé, au moins une fois, au cours des deux dernières années (déclaratif)
    Les résultats méritent donc une meilleure considération, qu’un simple balayage du revers de la main.

    2/ Intentions de départ et départ réel : là encore, nous avons précisé qu’il y avait évidemment une différence significative de résultats entre les deux (malheureusement, du reste…).

    3/ Comme tu le sais sans doute, nous ne sommes pas marchands, donc, je ne comprends pas tes pourcentage de perte de vente pour Easyvoyage sur les destinations citées… Maintenant, dire que les ventes sont en baisse, est de l’ordre du poncif, me semble-t-il, voire de l ‘euphémisme. On pourrait aussi employer une litote « les ventes ne sont pas bonnes »
    Mais pour tout ça, point besoin de sondage, en effet.

    4/ Toute mon action, au-delà d’assurer la promotion de mon site évidemment, consiste à promouvoir le voyage dans toutes ces dimensions et ce sondage émet un peu d’onde positive et son écho me semble bien plus intéressant pour la profession, que tous les sujets de catastrophisme qui sont repris en boucle en permanence par tous les médias.

    5/ Un petit conseil, si je puis me permettre, tu devrais mettre ton énergie et ton talent incontestable, au service de la défense de la profession sur toutes les antennes de France et de Navarre, plutôt que de te livrer à une petite guéguerre à l’intérieur du métier.
    Très franchement, personnellement, chaque fois que je défends Easyvoyage et les voyageurs, j’ai le sentiment de défendre le voyage, ainsi que tous les acteurs de notre métier donc aussi les agences Tourcom
    Car au final on vit tous du nombre de voyageurs…

    On manque aujourd’hui de porte-parole fort, capable, à la fois de faire rêver et d’inviter au départ.
    Tout, dans les médias, n’est que géopolitique négative, pandémie ou crash aériens…

    On devrait tous être des Charlie soit, mais aussi, et surtout, des Jacques Maillot , qui lui, savait occuper le terrain pour défendre et vendre bien sûr sa marque, mais aussi toute la profession.

    Certes, on a Jean-François, mais son action est , par nature, moins mass market.
    Il y a aussi, évidemment, René-Marc, mais, le pauvre, est très souvent interrogé sur des problématiques de crise , qui sont, pour le coup, pas des plus vendeuses.

    Quand tu veux pour un café l’ami, pour prolonger cet échange et organiser la riposte médiatique.

    Amicalement,

    Jean pierre Nadir

  2. pour qu’une étude soit valide ,il faudrait que la m^me à périmètre constant soit faite régulièrement et avec des questionnements ayant une orientation sociologique, économique,et sécuritaire clairement affichée.Les écarts vérifiables de chiffres mesurables études après études eux auraient du sens.L’étude de JP Nadir porte sur un panel de 3000 pax qui sont très profilés et correspondent uniquement à un segment des pax qui voyagent effectivement et passant par les moyens techno de easy.In fine cette étude est un bon support de travail pour easy voyages vis à vis de ses partenaires business.–

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