En Turquie, le syndicat des agents de voyages fait la loi ! Le saviez-vous ?

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Nurten Keskin-Rollier, membre du bureau de Tursab, remerciée de sa présence par les EDV Centre Est. Ici en compagnie de Seda Kutluk, directrice projets de Tursa - Photo : Nathalie Ruffier

La convention 2019 des Entreprises du voyage (EDV) Centre Est en Cappadoce aura été l’occasion de découvrir la puissance de Tursab, le syndicat professionnel des agents de voyages turcs qui a fait interdire Booking.com d’exercer en Turquie !

 

Invitée par Fabrice Nidiau (Tourisme.tv), l’animateur de la séance plénière programmée le 14 juin, à présenter le syndicat turc des agents de voyage dont elle est membre, Nurten Keskin Rollier aura pour le moins étonné ses confrères français. Car à la faveur d’un changement total de bureau, Tursab a pris le destin des agents de voyage turcs fermement en main.

 

«Malmené par une mauvaise gestion de notre syndicat pendant vingt ans et les crises qu’a connu notre pays, notre métier commençait à disparaître» explique la professionnelle qui a créé voilà 28 ans un réceptif (Blue Days Travel). Pour elle, pas de doute, il fallait agir pour assurer la durabilité du métier et «être au volant». C’est ce qui a été fait.

 

Désormais, Tursab contrôle totalement le secteur, de l’attribution de la licence à la définition de ses prérequis, de la lutte contre le commerce illégal au dépôt de marque. Comment cela fonctionne ? Toute agence de voyages doit d’abord faire sa demande d’immatriculation au ministère de la Culture et du Tourisme turc.

 

Un syndicat puissant

Les critères d’immatriculation ont été définis par Tursab. Il faut avoir exercé ce métier depuis sept ans, être diplômé du tourisme (y compris le patron propriétaire), parler le turc et a minima deux langues étrangères. Si les critères sont remplis, la demande est ensuite envoyée à Tursab. Le syndicat s’assure que le nom de l’agence n’est pas déjà utilisé. «Le dépôt de marque, c’est nous» résume Nurten Keskin Rollier.

 

Autre exigence pour obtenir la licence : adhérer à Tursab et acheter une licence (42 000 €). «Nous avons baissé l’adhésion pour les agences de voyages. Elle s’élevait autrefois à 3 400 € par an. La cotisation annuelle est maintenant de 300 €» explique la professionnelle. Des contrôles sont effectués tous les ans pour s’assurer que tous les critères d’immatriculation sont toujours respectés.

 

Et Tursab ne transige pas. S’il s’avère qu’un professionnel (agence, TO, transporteur, hébergeur…) travaille sans immatriculation, il suspend son activité. «C’est radical. Cela peut se fait en 24 heures» assure Nurten Keskin Rollier. Ces prérogatives font l’objet d’une loi que le parlement turc doit voter sous peu. «Cela doit garantir notre métier et cela nous donne toute légitimité, en matière juridique, académique, économique et sociale» se félicite la professionnelle.

 

Bientôt dans l’ECTAA ?

Le pouvoir de Tursab qui compte aujourd’hui 10.000 adhérents semble sans limites. Illustration ? Il a attaqué Booking «qui ne payait pas d’impôt en Turquie et n’adhérait pas à Tursab ». Le syndicat turc a gagné et Booking est désormais interdit en Turquie. Rien de tel ne pourrait se faire en France.

 

«Cela ressemble à ce que fait chez nous l’Ordre des médecins sur le secteur de la santé, avance Valérie Boned, secrétaire générale des Entreprises du voyage. Mais ce n’est pas dans la culture et l’esprit européen. Chez nous, le contrôle passe par l’aptitude financière à exercer, c’est à dire la garantie financière.»

 

Tursab a été membre de l’ECTAA (le syndicat des agents de voyages européen) jusqu’en 2011. «J’espère que nous pourrons très prochainement célébrer son retour dans la famille européenne. Le marché turc est un marché important. Nous avons tout intérêt à avoir Tursab avec nous» assure Michel De Blust secrétaire général de l’Ectaa.

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