Thomas Cook: les petits franchisés ne veulent pas mourir, tous se battent

Distribution

L’onde de choc de la faillite Thomas Cook frappe de plein fouet les agences de voyages franchisées. La responsabilité de plein droit à laquelle elles sont légalement soumises met en jeu, pour certains, la survie de leur entreprise. Pour ces petits entrepreneurs, leur emploi et celui de leurs salariés sont en danger.

 

Ils veulent défendre leur réputation, leur implantation et leur indépendance. En attendant de pouvoir poser une bâche sur la façade de leur(s) agence(s) à enseigne Thomas Cook –les devis sont en cours–, plusieurs franchisés ont collé une affichette sur la vitrine. Depuis le 23 septembre, les passants découvrent  : « non concerné par la faillite », « agence indépendante ». Chez Arbois Tourisme, dans le Jura, on a « recouvert l’enseigne avec notre nom commercial, les clients viennent chez Arbois avant d’aller chez Thomas Cook ».

 

Les gérants de ces points de vente n’hésitent pas à prendre la parole dans la presse et à la télévision. Les médias locaux pour beaucoup de ces agences installées en régions permettent d’expliquer la situation. Même s’ils « expriment une pensée pour leurs collègues intégrés ou au siège », il est nécessaire de faire comprendre aux clients qu’un commerçant indépendant n’est pas entraîné par le dépôt de bilan de Thomas Cook France ou UK comme une filiale.

 

Entraide et solidarité ?

D’ailleurs tous les franchisés, depuis une semaine, s’occupent à assurer les vacances de leurs clients en payant.

Ils paient pour ceux qui sont sur place en séjour « en Grèce, au Maroc  ou en Espagne » et à qui l’hôtelier présente la facture « en glissant un mot sous la porte ».

Ils paient pour ceux qui sont « en circuit au Canada, en Corée ou en Namibie » et que le réceptif a « plantés » un matin parce que lui-même ne peut régler les prestataires (hôteliers, autocaristes, restaurants…).

Ils paient pour « reprotéger » ceux qui doivent partir avec Jet tours, le TO maison de Thomas Cook France, chez un autre voyagiste qu’il faut régler.

Enfin, ils paient pour garantir les départs de ceux qui avaient réservé avec différents tour-opérateurs, certains exigeant « un règlement immédiat avant départ ».

 

Les TO qui jouent le jeu et les autres

Ces voyagistes n’ayant pas –pour la plupart– reçu leur virement d’août ne veulent plus attendre le règlement à 30 jours.  Stéphane Mondin, gérant de l’agence Jet Evasion dans le Sud-Ouest, aimerait bien plus de compréhension et de souplesse de la part de certains TO qui « menacent de bloquer notre compte si on ne leur règle pas les impayés ». « On se démène pour régler les départs, et quand on reprotège nos clients chez eux, après tout on leur apporte du business, complète cet autre franchisé du Nord qui préfère garder l’anonymat. Toute la crédibilité de la profession, agences et TO, est en jeu actuellement. »

 

Des comptes Iata bloqués

Au lendemain de la faillite de Thomas Cook UK, les agents de voyages franchisés ont eu la surprise de découvrir qu’ils ne pouvaient plus émettre de billets. Leur compte Iata avait été bloqué. Impossible de réserver et d’émettre un billet, même pour ramener des clients en France ! « Et pourtant le BSP a été payé mi-septembre, et le prochain le sera aussi à la fin du mois, s’insurge un franchisé. On est obligé de négocier pour arriver à récupérer le droit d’émettre. »

 

Pour Arbois Tourisme, «certaines compagnies aériennes n’ont pas fait la distinction entre agences intégrées et franchisées. Alors que pour nous, tous les règlements sont faits hors centrale. Heureusement, d’autres ont été très réactives».

 

La question vitale de l’argent

Ce n’est pas de chance, la déclaration de faillite du groupe Thomas Cook est intervenue le 23 septembre, soit 3 jours après le virement (du 20 septembre) sur le compte de Thomas Cook France des sommes perçues par les franchisés. Selon le calendrier par décades, ils ont en effet versé les fonds pour les départs des clients (jusqu’au 20 août) sur le compte TC. A moins d’avoir réussi à faire opposition, ils n’ont donc plus ces sommes à disposition.

 

« Où est passé l’argent ? pourquoi n’y avait-il pas un compte séquestre ?» commencent à se demander quelques-uns d’entre eux. Selon un document émanant de TC France, la banque aurait utilisé ces fonds pour régler une partie des fournisseurs des agences intégrées dont l’argent déjà versé à Londres est désormais bloqué par la faillite…

 

Les franchisés doivent donc puiser dans leur trésorerie pour faire face à ces dépenses exceptionnelles, sachant que pour beaucoup, les acomptes des uns servent à payer les départs des autres.   « On ne veut pas que nos clients avancent mais ça va finir par nous coûter » signale un agent franchisé.

 

L’inquiétude sur l’emploi

Bien sûr, la taille de ces 250 agences de voyages franchisées Thomas Cook varie. La plupart n’ont qu’un ou deux points de vente. Ils doivent se battre sur tous les fronts : demander des délais à leur banquier, faire patienter les fournisseurs, rassurer leurs clients. « C’est compliqué, confirme Stéphane Mondin, mais on arrive à trouver des solutions, on gère au coup par coup. »

 

Certains en revanche sont de gros acteurs de la distribution de voyages, comme Univairmer (70 points de vente), Salaün (139) ou Sainte Claire (30). Leurs autres enseignes et activités vont leur permettre de continuer à vendre des voyages malgré ce trou dans les caisses à absorber. C’est aussi le cas, à son échelle, d’Arbois Tourisme. Avec ses 9 agences à enseigne Thomas Cook et Jet tours, le voyagiste du Jura est en parallèle autocariste. « On a la chance d’avoir une assise confortable qui nous permet de faire face » nous précise Frédéric Ramousse, gérant.

 

Pour d’autres franchisés, c’est plus délicat. « On risque à notre tour de déposer le bilan, nous confie un patron d’une petite agence du nord de la France. La responsabilité de plein droit nous oblige à tout rembourser. On n’a pas tout cet argent disponible. On est inquiets pour nos entreprises. »

 

L’indépendance maintenue?

Pour ces petits patrons, le risque c’est de fermer boutique. « Les marges des agences de voyages sont faibles, jusqu’à 10% au mieux, nous explique un franchisé. Une fois qu’on a payé les salaires, en temps ordinaire, il ne reste pas grand-chose. Alors là, si les gens ne nous font plus confiance… »

 

C’est bien là la difficulté que vivent les franchisés, rassurer pour pérenniser leur entreprise. Démarchés subtilement, certains ont franchi le pas et choisi une nouvelle enseigne qu’ils vont bientôt arborer. D’autres afin de garder leur indépendance optent pour un réseau volontaire…

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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