ENTRETIEN – Mame Mbaye, ministre du Tourisme sénégalais : « Le Sénégal est une terre riche en surprise et en dépaysement »

Entretien
¢ Chantha Chea

Le 18 octobre dernier, le président de la République du Sénégal s’est rendu à Saly pour le lancement des travaux de protection et de restauration des plages. L’occasion de rencontrer son ministre du Tourisme, Mame Mbaye Niang et d’évoquer avec lui les projets touristiques pour le pays. 

 

 

QDT : Quelles sont les raisons qui ont motivé la relance du Sénégal en tant que destination touristique ?

 

Mame Mbaye Niang : Nous sommes une destination touristique de référence. C’est historique. Mais entre-temps, d’autres destinations ont vu le jour. Aujourd’hui des pays du monde entier veulent leur part. Nous ne pouvions pas rester sur nos acquis, même si le potentiel de notre attractivité plaide en notre faveur. De plus, le tourisme est stratégique pour nous. Nous estimions qu’il influe sur une grande part de notre économie. C’est pour cette raison que cette relance, notre plan PSE,  s’inscrit d’une façon toute particulière dans un plan global de dynamisation de nos industries.

 

 

Quels sont les atouts de la destination Sénégal, sachant comme vous le dites que les pays du monde ambitionnent à leur tour un développement touristique ?

 

Mame Mbaye Niang : D’abord, si tout le monde connait le Sénégal et ses atouts touristiques, nous devons axer notre communication sur sa diversité. Je pense au tourisme de nature, à la gastronomie, au sport avec un nouveau parcours de golf troisième génération et nos centres sportifs de dimension internationale, capables d’accueillir les plus grandes formations du monde, du tourisme de découverte, etc. Nous avons du travail pour faire connaître toute cette richesse, mais nous avons prévu de dégager des moyens à la hauteur de notre ambition avec notre plan de relance. Et puis, nous projetons de nous appuyer sur des choses simples. Les destinations comparables concurrentes sont distantes de 8 à 12 heures de vol ! Nous nous sommes à 6 heures de Paris.

 

 

Vous parlez du tourisme de nature. Vous voulez sortir du balnéaire ?

 

Mame Mbaye Niang : Pas du tout. Le balnéaire bénéficie même d’un soutien financier sans précédent afin de favoriser la rénovation de l’offre hôtelière, la réhabilitation des plages dues à l’érosion côtière, la création d’un nouveau complexe touristique à la Pointe-Sarène à proximité de notre nouvel aéroport international. Tout cela pour vous expliquer que nous continuons de nous appuyer sur nos acquis tout en nous efforçant de nous diversifier. Le tourisme de nature attire de plus en plus. Nous détenons le potentiel avec cinq parcs nationaux pour prospecter la clientèle des touristes attirés par la nature et la découverte animalière. Notre sensibilité écologique se superpose comme un atout supplémentaire.

 

 

Moins pour les plastiques résiduels…

 

Mame Mbaye Niang : L’océan avait comme vocation du tout réguler et nous en avons 700 km de côtes et 560 kilomètres de plages.  Mais le réchauffement climatique qui contribue à éroder nos côtes, nous a fait prendre conscience des menaces qui pèsent sur la préservation de nos sites. C’est pourquoi nous venons d’engager tout un programme de réhabilitation et nous insistons aussi sur la formation. Le déséquilibre dont nous avons hérité en 2012 s’explique en partie de l’absence de règlementation. Il manquait un cadrage que nous nous sommes efforcés de transmettre à la population et aussi aux professionnels du tourisme. Chacun a des droits et des devoirs.

 

 

Vous parlez aussi de tourisme d’aventure.

 

Mame Mbaye Niang : Je dirais plutôt un tourisme de découverte. Celui de la rencontre avec les villages authentiques des campagnes qui permettent de vivre de très belles expériences : balade pédestre accompagnée d’un ornithologue, déplacement en charrette ou en pirogue pour mieux apprécier la rencontre avec ses autochtones, ses marchés, et ses artisans, etc. Notre gouvernement vient de garantir le crédit hôtelier pour aider ces villages à se mettre au bon niveau d’infrastructures afin d’apporter un confort suffisant aux touristes. Ces mesures en faveur du développement de ce tourisme et de découverte revêtent à nos yeux une importance capitale, car il joue un rôle essentiel en favorisant les liens et les échanges entre les populations.

 

 

Il faut avouer que votre plan de relance de la destination touristique du Sénégal que vous avez entrepris est visible. Je viens de parcourir en trois jours, au pas de course, le ¼ du Sénégal et je peux l’attester. Mais vous allez avoir en février des élections. Quelles vont être les garanties de pérennité du plan Plan Sénégal Emergent (PSE) ?

 

Mame Mbaye Niang : Le plan PSE est signé avec tous nos partenaires et il s’étend jusqu’en 2035. L’aéroport AIBD est terminé. Les investissements de réhabilitation côtière sont engagés. La compagnie aérienne nationale est créée. Les infrastructures routières en cours d’achèvement. Le crédit hôtelier est en cours. Je vois mal, en cas d’alternance, comment inverser la tendance.

 

 

Pour terminer je souhaite partager avec vous une impression. Je viens de découvrir le Sénégal. C’est mon premier séjour dans votre pays, aussi étonnant que cela puisse paraître pour le rédacteur en chef d’un magazine de tourisme. Autrement dit, j’ai parcouru le monde, mais jamais je n’ai été à ce point impressionné par l’accueil de la population. Bien sûr, par exemple, le service en Asie est incomparable. Mais votre accueil l’est tout autant. Sa source vous nous l’apprenez, c’est TERANGA. Pouvez-vous pour nos lecteurs français nous expliquer sa signification?

 

Mame Mbaye Niang : « Teranga » peut se traduire par hospitalité. C’est un héritage historique issu d’un brassage des peuples et des cultures. Il en résulte une tradition d’accueil et de partage. Les Sénégalais, de nature très chaleureuse, ne manquent pas de rappeler que leur pays est celui de la Teranga. Cette référence prend tout son sens quand il s’agit d’accepter l’étranger. Cela nous engage à nous surpasser. Les touristes sont surpris après avoir sympathisé avec une personne de se voir offrir facilement l’hospitalité chez lui ou dans sa famille. Pour nous c’est naturel. Il fait partie d’un savoir-vivre très humain qui privilégie le relationnel au matériel.

 

 

Gageons que dans notre monde individualisé vous puissiez garder cet état d’esprit que hélas, mais il faut bien le reconnaitre, nous avons perdu chez nous. Pour conclure, quel est le dernier message que vous voulez faire passer aux touristes français ?

 

Mame Mbaye Niang : Celui de la diversité. Le Sénégal est une terre riche en surprise et en dépaysement : d’un balnéaire accessible rapidement de la France comme d’un tourisme de découvert aussi bien pour sa nature et ses paysages paradisiaques que de la rencontre avec notre population. Venez découvrir notre Teranga.

 

Témoignage de Jean-Jacques Bancal, Agence Sahel découverte

« Après une période difficile, la destination Sénégal redevient à la mode. Les voyageurs ne cherchent plus que des prix bas, mais des lieux atypiques alliant confort, charme et authenticité. La destination Sénégal doit se réinventer pour suivre les tendances des marchés. Par exemple, à Saint Louis, nous avons entièrement rénové l’hôtel résidence avec son style des années 50, mais en l’adaptant aux exigences de la clientèle nationale est internationale. Nous venons de réhabiliter les cabines d’un vieux Bateau, «le Bou el Mogdad» pour faire revivre les croisières de luxe autour de l’ancienne capitale. La construction de notre lodge en bois «océan et savane» dans le parc de la langue de barbarie répond aux attentes des touristes à la recherche de nature et de découverte. Nous lançons de nouveaux produits « circuits mélangeant marche, vélos, et véhicules afin de profiter plus de notre environnement ». Nous avons créé des circuits pirogues sur plusieurs jours. Nous croyons à notre destination et c’est pour cette raison que nous sommes en pourparlers pour de plus gros bateaux toujours sur le fleuve Sénégal. Nous proposons aussi des maisons d’hôtes avec une histoire à Saint-Louis et à Gorée. Même si nous continuons à vendre les classiques comme Saly, Dakar, le Saloum, la Casamance et le Sénégal oriental, nous tentons de positionner Saint-Louis comme une escale originale, tant par sa situation que par son histoire. Nous misons sur de petites structures afin d’être plus à l’écoute et au diapason des envies de nos voyageurs. La destination Sénégal doit se réinventer. Nous la réinventons. »

 

Publié par Rémi Bain-Thouverez
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