Jean-Alexis Pougatch : comment passer du Tourisme à l’Art…

Entretien

Jean-Alexis Pougatch est une figure de la profession. Après avoir œuvré dans le tourisme durant de longues années, il s’est reconverti dans l’art et dirige aujourd’hui une galerie de peinture à Paris. Toujours passionné, le fondateur de Forum Voyages et de Compagnie du Monde nous parle de son passé dans le monde du voyage et de son actualité dans le monde de l’art… 

 

Comment avez-vous débuté dans le tourisme ?

J’ai commencé à la faculté de droit à Assas. J’ai eu l’autorisation du doyen de créer un aéro-club qui s’appelait l’Alliance européenne de l’air à Guyancourt ainsi qu’une chaîne de charter sur Londres. Avec un ami, nous sommes allés voir le directeur de Skyways de France. Il m’a dit : « vous me versez 10%, et le solde un mois avant le départ ». Je dois vous dire qu’entre Assas, Pharmacie et HEC nous avons rempli tous les vols. Il y avait un vol par week-end effectué par un DC4. Mon entreprise était une association loi 1901 et j’ai commencé à gagner un peu d’argent. Puis, mon activité s’est développée et j’ai affrété des vols sur New York, et même sur Osaka dans le cadre de l’Exposition universelle. C’était en 1970. J’ai ensuite quitté l’association qui a un peu continué avant de disparaître. Contrairement à Jacques Maillot [ancien patron de Nouvelles Frontières, NDLR], je n’étais pas président à vie (rires)…

 

Qu’avez-vous fait ensuite ?

Après, le tourisme m’est vite revenu. J’avais un ami qui avait épousé la nièce du roi d’Afghanistan, Mohammad Zaher Shah. Je suis invité au mariage. Là-bas, avec un ami, nous partons visiter le pays… A mes yeux, c’est le plus beau pays du monde. A notre retour, les autorités nous proposent d’avoir le quasi-monopole des voyages sur l’Afghanistan. Je vous rappelle qu’à l’époque, deux entreprises avaient essayé, Nouvelles Frontières et Carrefour Voyages, mais ça s’est très mal terminé pour eux car ils ont eu plusieurs morts par accident. Nous faisions voyager jusqu’à 9 000 clients par an en Afghanistan. Nous proposions des produits préfabriqués et du voyage à la carte. Nous proposions des circuits en camion pour les étudiants et les petits budgets jusqu’à de très beaux voyages haut de gamme comme celui que nous avons concocté pour la duchesse de Bedford. Elle a tellement aimé ce pays qu’elle nous a envoyé toute la jetset européenne. C’était incroyable. Tout ça a duré jusqu’en 1979, date de la révolution communiste. A cette époque-là, tous les touristes ont déserté la destination et ce pauvre pays magnifique est en guerre depuis 40 ans…

 

C’est à ce moment que vous créez Forum Voyages ?

Oui. En 1980, je crée une nouvelle société, Forum Voyages qui a eu jusqu’à 24 agences de voyages. Puis, en 1992, je m’associe au Club Méditerranée dont Serge Trigano (un camarade de fac connu à Assas) était PDG. Ce qui m’a permis de me consolider et de passer de 24 à 84 agences. Produire pour 24 agences c’est bien, mais produire pour 84 agences, c’est mieux. Le Club Med avait 46% de Forum à cette époque, j’en avais 34% et le groupe Taittinger avec lequel j’ai des liens familiaux, 20%. Après, ça s’est mal très terminé pour moi [en 1996, Forum Voyages en difficulté cherche un repreneur. A la suite d’une mésentente avec Serge Trigano, Jean-Alexis Pougatch quitte l’entreprise, NDLR].

 

Comment tentez-vous de rebondir ?

En créant Compagnie du Monde en 2000. Nous avions deux agences, l’une boulevard Raspail et l’autre avenue de l’Opéra, et nous produisions quasiment tout nous-mêmes, même si nous revendions aussi certains TO. Dans l’agence du 5 avenue de l’Opéra, nous avions de très beaux bureaux de près de 500 m2. Au 2e étage, j’ai créé une galerie d’art avec l’idée de n’exposer que des artistes en provenance de nos destinations proposées. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment mis un pied dans l’art. Le but n’était pas qu’il y ait un revenu. Je mettais le lieu à la disposition des artistes et je communiquais dessus. Ça a vraiment très bien fonctionné. A cette époque, nous étions un très gros producteur haut de gamme exclusivement « à la carte » en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, sur presque toute l’Asie. Nous n’allions ni au Japon ni en Afrique de l’Est. La première exposition a eu lieu en septembre 2009. Avec une très grande artiste, Kimiko Yoshida, dont les photos se vendent autour de 15 000 euros ! Puis j’ai accueilli de grands artistes thaïlandais, indiens et chinois.

 

Mais ça n’a pas duré ?

Tout de même, jusqu’en 2013… J’ai alors voulu revendre Compagnie du Monde à un groupe franco-suisse. Le TO suisse Horizons Lointains basé à Verbier et dont le panier moyen tournait autour de 10 000 francs suisses était un partenaire remarquable. Le problème est venu plutôt des Français qui étaient des soi-disant financiers. Vraiment, je crois que tout se serait très bien passé s’il n’y avait eu que les Suisses, mais il y avait les Français qui croyaient tout savoir ! Ils se sont plantés. Aujourd’hui, je ne sais pas ce que c’est devenu…

 

Vous avez alors recréé quelque chose ?

Après plusieurs missions dans l’art dont une au Gabon, je suis parti aux États-Unis, à Miami, pour monter une galerie. Mais j’y suis allé trop tard, j’avais 69 ans. Ça a été très compliqué. Ce projet dans lequel était impliqué Bernard Arnaud a pris 5 ou 6 ans de retard. J’ai préféré jeter l’éponge. J’ai alors décidé de monter une galerie à Paris. Petite galerie, mais très bons artistes… Et au bout de 8 mois, mon bilan n’est pas trop mauvais… Actuellement, ma galerie qui est très bien située face aux Invalides est un peu petite. Je cherche maintenant à m’agrandir…

 

Suivez-vous toujours l’actualité du tourisme ?

Oui, je suis toujours un peu la profession. Par exemple, je suis très ami, même si nous ne nous voyons plus beaucoup, avec Jean-François Rial (Voyageurs du Monde). Il y a aussi Alain Capestan (Voyageurs du Monde) que j’aime vraiment beaucoup. Il a une intelligence incroyable et c’est un bourreau de travail. Ce sont deux personnalités très différentes mais qui se complètent bien. Il y a aussi Gilbert Baladi, qui est vraiment un type super. Tout comme Olivier Delaire (APS) dont j’étais très proche et que j’aimais beaucoup. On parlait un peu business ensemble. C’est lui qui m’a raconté toute la vérité sur Nouvelles Frontières. C’est ainsi que j’ai appris que la situation était tellement catastrophique pour NF à l’époque que si TUI ne l’avait pas racheté, l’APS n’aurait jamais pu supporter son dépôt de bilan. Olivier Delaire était un grand Monsieur pour moi. Michel Messager aussi, quelqu’un de très réfléchi. Il a de l’humour et un certain recul sur les choses… Il y a Bruno Gallois (Marsans) aussi que j’aime bien…

 

Bruno Gallois ? Il n’a pourtant pas laissé un souvenir impérissable à l’APS…

Il se trouve que j’aime bien Bruno. J’ai vécu avec lui ce qui s’est réellement passé. Il faut savoir que quand on aime une entreprise, même si l’on a 0% de parts, ça devient votre entreprise. Il était parti de 15 personnes et avait bâti un énorme TO. Mais une grosse difficulté est survenue et, notamment vis à- vis de l’APS évidemment, il a été un peu dépassé…

Mais il avait un président propriétaire d’une flotte d’avions, d’un tour-opérateur et d’un réseau d’un millier d’agences de voyages qui lui avait affirmé avoir trouvé un repreneur. De surcroît, il était président du Medef espagnol. Donc à sa place, vous avez envie de l’écouter, vous avez besoin de lui faire confiance et de le croire. Mais en aucun cas c’est une histoire d’enrichissement personnel. Il est peut-être allé trop loin, mais je vous assure que ce n’est pas par cupidité. Il faut bien séparer les choses. Je trouve que l’on a été sévère avec lui et que c’était un peu facile de tout lui mettre sur le dos. Du coup, l’APS a trinqué, c’est malheureux, mais elle est quand même là pour ça.

 

Vous avez aussi vous-même fait appel à l’APS ?

Oui. Un TO toulousain avait racheté mon entreprise, la Compagnie du Monde. Tout était signé pour 700 000 euros. Mais il m’a planté. Et l’APS m’a soutenu, Bernard Didelot et Michel Messager en tête. Mais je n’ai pas touché un centime. Il y a tout de même des gens qui se conduisent très, très bien…

 

Quelle est la personnalité touristique que vous admirez le plus ?

À part moi ? Rial et Capestan. Remarquables. Mais ils viennent de la finance et sont ensuite tombés dans la bassine du voyage. L’un sans l’autre, ce ne serait pas la même réussite. C’est la seule entreprise de tourisme en France qui soit cotée et aussi rentable. De plus, je crois savoir qu’ils sont d’une honnêteté totale. Il y a aussi Frédéric Pfeffer, le créateur de La Fugue, un TO musical. C’est une toute petite entreprise mais c’est l’un des meilleurs. Il achète les meilleures places de concert à l’avance. C’est remarquable.

 

Et celle que vous admirez le moins ?

En premier, Serge Trigano. Je ne lui ai jamais pardonné et je ne lui pardonnerai jamais, car il n’y a rien de pire que l’escroquerie à l’amitié.

En second, Jacques Maillot car c’est un politique avant tout.

 

La réalisation dont vous êtes le plus fier ?

C’est d’avoir réussi à ouvrir au tourisme un pays comme l’Afghanistan où il n’y avait rien. J’en suis très fier.

 

Celle que vous regrettez ?

Je regrette vraiment de m’être trompé sur certains hommes. C’est terrible. J’ai confié mon amitié à certaines personnes qui n’en étaient pas dignes. Ça me marquera jusqu’à la fin de mes jours.

Publié par Nicolas Barbéry

Rédacteur en chef - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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Vos réactions (3)

  1. Tu oublies de citer un de tes amis des plus fidèles Paul Maidenberg qu,i de là où je suis sûr il est , te regarde et te suit des yeux et de son amitié. Un grand bonhomme, dont le sourire narquois nous manque. Bravo pour ta Route toujours droite malgré ses virages en épingle ! On t’aime Jean-Alexis. baladi

  2. Cher Jean-Alexis,
    J’ai lu avec délectation votre très beau parcours professionnel, dont j’ignorais toute la première partie, toute aussi savoureuse que la période de la vie professionnelle que j’ai connue !
    Votre seconde carrière doit convenir à merveille à l’homme de goût raffiné que vous êtes !
    Je vous embrasse,

    Dominique KRUK
    Une admiratrice

  3. Bonjour Jean Alexis

    J’ai eu le plaisir de faire partie de vos collaborateurs à l’époque de Forum voyages Opéra et Montpellier et ce fut une très intéressante et riche expérience. Cet ADN Forum voyages me sert toujours aujourd’hui et je vous en remercie.

    Bonne continuation dans vos projets.

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