Les Seychelles étoffent leur hôtellerie de luxe… en attendant la reprise

Hébergement

Road-shows, éductours, formation à distance…Cette année, la formation des vendeurs devient la priorité de l’office de tourisme seychellois. Une démarche d’autant plus nécessaire dans ce climat touristique morose (– 7,7 % d’arrivées en 2003) que son hôtellerie, qui a longtemps vécu sur ses acquis, est en pleine mutation.
Il y a encore deux ans, pour goûter au luxe à la seychelloise, il fallait s’expatrier loin de l’île-capitale de Mahé : sur l’île de Frégate ou au Lemuria de Praslin. Mais depuis l’ouverture du Banyan Tree en février 2002 la donne a changé. Alors qu’on attend la réouverture en avril du Méridien Fisherman’s Cove après une rénovation totale, et que le Beachcomber peine à trouver sa clientèle, ce resort d’exception a réussi le pari d’ériger Mahé en destination à part entière. Son concept de villas indépendantes (avec piscine, jacuzzi, terrasse) aussi vastes que des petites maisons particulières correspond en effet parfaitement aux couples désirant bénéficier d’une totale intimité. D’autant plus que l’hôtel borde l’une des plus belles plages de Mahé (la baignade est dangereuse de mai à septembre). D’ici à mars, le Banyan Tree va ainsi ajouter 10 unités « collines » aux 37 villas déjà existantes. Moins chères que les « front de mer », ces unités nous ont pourtant particulièrement plu pour leur vue sur la mer. Dans un registre nettement en dessous, l’ouverture de Cerf Island Marine Park Resort (en juillet) offre une belle possibilité à ceux qui désirent loger sur un îlot à proximité immédiate de Mahé (à 10 min de bateau du port de Victoria). Situé sur l’île voisine du Sainte-Anne de Beachcomber, cet établissement de charme séduit par l’élégance de ses 12 bungalows accrochés à flanc de colline et par la qualité de sa restauration (dîner romantique). Néanmoins, sa petite plage et le peu de liberté de mouvement pour découvrir Mahé en voiture font qu’on n’y conseillera pas plus de 2 à 3 nuits. D’autant plus qu’il ne peut pas rivaliser avec l’impression de bout du monde offert par des îlots-hôtels comme Bird, Denis ou Alphonse. Douze immenses villas (4 pax maxi) avec majordome attitré, un agencement digne d’un magazine de déco, un ratio de 25 hôtes pour 100 employés… depuis son ouverture en juillet dernier, North Island est devenu le repaire le plus exclusif et « tendance » de l’océan Indien. Encore plus dispendieux que Frégate Island, cet îlot-hôtel privé situé à 1 h 15 de bateau de Mahé (20 min en hélicoptère) reste de fait réservé à une poignée d’hôtes très fortunés. Mais c’est plus un retour à la nature que le luxe ostentatoire qu’on vient y chercher puisque ses villas en bois volontairement vieilli et largement ouvertes sur l’extérieur ne sont pas sans évoquer la rusticité des lodges d’Afrique australe. Personne ne s’offusquera donc de devoir « manger » la poussière lors des transferts en buggy vers ses 3 magnifiques plages dont une entièrement privatisable. Du côté des îlots-hôtels les plus éloignés de Mahé, cette saison voit aussi la réouverture après travaux de Desroches et d’Alphonse. Malgré les aménagements réalisés dans ce dernier pour palier le manque de profondeur de son lagon (creusement de 2 « piscines » naturelles en bord de plage), la qualité de baignade reste très décevante. Surtout fréquenté par des anglophones, cet hôtel est donc à conseiller en priorité aux pêcheurs (au gros et à la mouche) et aux plongeurs, la richesse de ses fonds marins étant exceptionnelle du côté de l’îlot Bijoutier (en excursions). Quant à Desroches dont l’intérieur des bungalows a été refait avec beaucoup de goût, la chaleur de l’accueil (directeur français) est à relever. Mais on pourra toutefois regretter que ses 10 bungalows ne se fondent pas aussi bien dans la nature que ceux de Bird et Denis. Néanmoins cette île tout en longueur (8 km) permet de belles balades à vélo (gratuit) vers ses superbes plages. Attention, néanmoins, à éviter les périodes où la présence massive d’algues rend la baignade peu engageante.
« Mahé possède maintenant une vraie offre hôtelière »
« Il y a encore trop de clients à qui on vend 9 nuits sur l’île de Praslin alors que Mahé mérite vraiment d’y séjourner », regrette Bernadette Willemin de l’OT des Seychelles (STMA). Un déséquilibre qui devrait s’estomper avec l’arrivée de nouveaux établissements sur le marché. « Avec une palette allant du 3* au 5* luxe, Mahé possède maintenant une vraie offre hôtelière », se réjouit-on chez MVM qui a ainsi augmenté sa production de 30 % en un an dans l’archipel. Même si ce voyagiste spécialiste de la destination (près d’un tiers de ses ventes) reconnaît toutefois qu’un produit aussi exclusif que North Island reste destiné à un marché confidentiel : « Il est certain que la demande sera ponctuelle mais en ce moment les gens qui ont de l’argent voyagent. » Pour MVM, l’intégration de Mahé dans un séjour inter-îles passe aussi par « une meilleure gestion du temps. Pourquoi précipiter les clients dans un autre avion dès leur arrivée de Paris, alors qu’en séjournant 48 heures à Mahé on peut se baigner une heure après avoir atterri ? ». En revanche, le voyagiste estime qu’il est inutile de « rapatrier » les clients à Mahé pour la dernière nuit avant le vol retour : « mieux vaut prévoir de finir le voyage par Praslin où Air Seychelles peut enregistrer les bagages jusqu’à Paris. En prenant un vol matinal pour Mahé on peut ainsi enchaîner directement sur le vol de jour vers Paris ». Une journée ne suffirait de toute façon pas à apprécier toutes les facettes (plages, relief montagneux, rencontres avec la population) de cette île attachante.
Moins de Français en 2003… et toujours plus de taxes
Si les Français restent le premier marché touristique de l’archipel (25 990 sur un total de 122 000 visiteurs en 2003), leur fréquentation a néanmoins chuté de 8 % l’an dernier. Une baisse perceptible sur la plupart des autres marchés européens (– 5,6 % en moyenne) qui s’explique bien sûr par le contexte international morose. Mais pas uniquement. Sur place les hôteliers sont en effet nombreux à s’inquiéter de l’impact néfaste de l’augmentation des taxes imputées aux touristes alors que la destination n’était déjà pas bon marché. En novembre dernier, la taxe aérienne a ainsi augmenté de 10 dollars (les 50 dollars sont désormais inclus dans le prix du billet) tandis que la TVA sur les services hôteliers bondissait de 12 %. Une hausse que les hôtels ont répercuté dans leurs tarifs dès la fin de l’année. Or, pour Charles Vetter, directeur du Desroches Island Resort,  » le tourisme seychellois ne doit pas rester haut de gamme car la qualité de nos services ne peut pas suivre ; il faut absolument développer le milieu de gamme ». Si on note quelques initiatives de rénovation de petits hôtels de charme à Mahé et Praslin, la tendance reste pourtant aux ouvertures d’établissements de luxe. Avec des prix sans cesse plus élevés qui ne sont pas toujours en adéquation avec un service parfois nonchalant et trop familier qui peut déconcerter les clients. Même ceux qui ne comptent pas.

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