I- Overtourisme : Des destinations militantes d’un tourisme apaisé

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Le Welcome City Lab a dévoilé le troisième tome de son « Cahier des tendances ». Un ouvrage qui recense toutes les tendances d’aujourd’hui (et de demain) dans le secteur du tourisme et du voyage. Chaque semaine et en exclusivité, i-tourisme et Le Quotidien du Tourisme vous dévoilent une nouvelle tendance. Cette semaine, focus sur les initiatives prises par certaines destinations touristiques pour éviter la tourismophobie. Illustration avec l Office de tourisme de Bordeaux. 

 

Ne pas connaître la même situation de montée de la tourismophobie, comme
ont pu le vivre Barcelone, San Sebastian ou Venise en 2017 : voilà la préoccupation actuelle des OGD (Organisation de gestion des destinations) dans le monde occidental. Conséquemment, des initiatives visant à gérer les flux touristiques commencent à voir le jour. Certaines destinations, comme Bordeaux anticipent : “ici, la tourismophobie n’existe pas (encore)” explique Nicolas Martin, directeur de l’Office de Tourisme Bordeaux métropole jusqu’à l’automne 2018. “Mais l’activité touristique a été multipliée par trois en 15 ans. Il est donc naturel de travailler sur un plan permettant de montrer aux habitants que le tourisme est une valeur ajoutée.”

 

C’est la mesure la plus “communicante” constatée ces derniers mois : à Berlin, à Paris ou dans les capitales européennes, les municipalités réduisent le nombre de
jours annuels de location autorisée pour les appartements AirBnB, ou mettent en place des permis de louer, etc. Même si ces décisions sont parfois contestées en justice par les plateformes, elles produisent des effets lorsque les mesures sont radicales. Ainsi, la ville de Berlin affirme que “7500 logements ont été remis sur le marché”.

 

Un autre levier est mis en oeuvre pour diminuer la pression et éviter la concentration touristique dans les mêmes lieux, c’est la régulation des flux. Et là, “charité bien ordonnée commence par soi-même”, défend Nicolas Martin. “Arrêtons de vanter partout le Top 10 des incontournables de notre destination. Google et les réseaux sociaux s’en chargent pour nous”. Aussi, l’Office de Tourisme de Bordeaux va promouvoir sur son site le top 50 des choses à voir sur la Métropole et même au-delà, afin de disperser au maximum les flux touristiques. Dans le même esprit, toute action qui consisterait à faire rester le visiteur plus longtemps sur la destination est intéressante, car mécaniquement, un visiteur qui augmente sa durée de séjour fréquente des lieux moins touristiques.

 

Si les destinations choisissaient leurs clients ?

 

A l’heure ou les OGD, confrontées à une augmentation mécanique du nombre de
touristes estiment que le marketing sera de moins en moins important, les actions de promotion seront-elles de plus en plus ciblées ? Pour Nicolas Martin, “Bordeaux peut avoir une stratégie clientèle “discrète” qui consisterait à éviter de cibler certains types de clientèles comme les groupes (les millions de croisiéristes de Barcelone), ou les jeunes fêtards de toute l’Europe”.

 

En ce sens et c’est un exemple, l’Eldorado du tourisme chinois serait à reconsidérer, du fait que cette clientèle se fond assez peu avec la population locale. Mais il est également pertinent de travailler la promotion ciblée pour faire de la dentelle en termes de marchés et de périodes. Le temps de la promotion massive, avec des discounts est sans doute dépassé pour ces destinations, au profit d’actions ciblées pour étaler la fréquentation.
Enfin, explique Nicolas Martin, “le tourisme d’affaires est un excellent vecteur pour éviter la surfréquentation : il consomme sur des périodes différentes et dans des lieux pas forcément chargés en fréquentation”.

 

Le rôle de l’OGD est désormais discuté : l’office de tourisme deviendra-t-il un militant de la destination qu’il anime (ou régule) ? s’en chargent pour nous. Aussi, l’Office de Tourisme de Bordeaux va promouvoir sur son site le top 50 des choses à voir sur la Métropole et même au-delà, afin de disperser au maximum les flux touristiques. Dans le même esprit, toute action qui consisterait à faire rester le visiteur plus longtemps sur la destination est intéressante, car mécaniquement, un visiteur qui augmente sa durée de séjour fréquente des lieux moins Si les destinations choisissaient leurs clients ? Pour Nicolas Martin, “il faut intéresser à l’activité touristique des catégories d’habitants qui en sont loin. Pourquoi demain, ne pas ouvrir des places dans les groupes de visite guidées à des personnes en marge de la société? Cela participe à l’échange, mais aussi contribue à produire un regard différent des habitants sur le tourisme”.

 

Dans une époque de grande méfiance à l’égard de la data et aux géants du web,
l’OGD ne devrait-il pas se démarquer ? L’office de tourisme de Bordeaux phosphore sur un futur site de vente en ligne pour les visiteurs comme pour les habitants qui prendrait le contre-pied des plateformes mondiales : pas de suivi client, pas de récupération de data ; et une offre différente, incluant des produits
que l’on ne retrouve pas ailleurs. Demain, c’est peut-être le tourisme militant qui va éviter cette ambiance douloureuse de rejet que distille la tourismophobie. Et les OGD* semblent avoir un rôle majeur à jouer dans ce dilemne…

 

[ Retrouvez tous les chapitres du Cahier des Tendances sur ce lien.]

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