I- Overtourisme : Tourismophobie et touristophobie, même combat ?

i-tourisme

Le Welcome City Lab a dévoilé le troisième tome de son « Cahier des tendances ». Un ouvrage qui recense toutes les tendances d’aujourd’hui (et de demain) dans le secteur du tourisme et du voyage. Chaque semaine et en exclusivité, i-tourisme et Le Quotidien du Tourisme vous dévoilent une nouvelle tendance. Cette semaine, focus sur le phénomène de surtourisme mondialisé selon Paul Arsenault, directeur du réseau de la Veille en tourisme.

 

Comment expliquer que les cas de Barcelone, Venise et Dubrovnik fassent ainsi école? Selon le Top 100 City Destinations Ranking WTM publié par Euromonitor International, Barcelone ne serait qu’en 23e position des villes les plus fréquentées par les touristes, avec 7,6 millions de touristes reçus en 2017, loin des premières villes d’audiences mondiales. Pour sa part, Venise n’apparaît en 38e position et Dubrovnik ne figure même pas dans le top 100…

 

Comment et pourquoi parler d’un surtourisme, puisque les métropoles ont –
théoriquement – des capacités d’accueil suffisantes pour soutenir un tel flux
croissant de visiteurs ? Pourquoi le tourisme ne serait problématique que dans deux des 100 premières métropoles mondiales ? Cela est d’autant plus étonnant que la notion de surtourisme a été inventée pour décrire les effets négatifs d’une trop grande charge sur des milieux fragiles (Machu Pichu, Mont St-Michel, sites naturels, etc.), ce qui n’est visiblement pas le cas de ces grandes villes.
Et pour ce qui est de Venise, seul l’appât du gain des autorités municipales explique qu’elles aient laissé venir un nombre croissant de paquebots de plus en plus gros, mettant en péril un écosystème naturel fragile dans la lagune. La problématique était simple, et la solution tout autant.

 

Des arbitrages à considérer en amont

 

Il faut donc mettre les choses au clair. Pour ce faire, nous proposons deux définitions de deux phénomènes qui, bien qu’apparentés, sont néanmoins distincts dans leurs causes et, surtout, dans les solutions à y apporter.

  1.  Touristophobie : aversion envers les touristes qui se manifeste par des gestes de rejet – voire des agressions – commis à leur endroit.
  2. Tourismophobie : rejet de l’industrie touristique et de ses partenaires institutionnels (administrations publiques, municipalités, offices de tourisme, administrations portuaires et aéroportuaires) et commerciaux (OTA, hôtels, attraits, transporteurs) par des habitants d’un territoire, qui se sentent – légitimement ou non – dépossédés de leur droits, avantages et paisibilité.

La première doit être décriée avec force. On ne peut accepter une telle forme d’obscurantisme qui chercherait à brimer cette saine volonté de découvrir le vaste monde. Tout projet politique qui vise à faire porter sur les visiteurs l’odieux des choix locaux passés apparaît comme une réponse facile – certains diront populiste – et dangereuse à une problématique beaucoup plus complexe. Cela rappelle la vision politique actuelle du président américain, qui blâme les
autres (surtout ses alliés) pour les difficultés vécues par ses concitoyens (ceux qui pensent comme lui, surtout), ce qui satisfait une base électorale qui se délecte de ses raccourcis intellectuels plus qu’approximatifs.

 

La seconde mérite réflexion. Si notre réflexe premier est de défendre à tout prix le tourisme et les touristes, il est possible de constater que certaines décisions territoriales du passé ont été prises à l’avantage de certains et parfois au détriment d’autres, notamment les habitants. Les touristes n’apparaissent pas par miracle (et par millions) dans une destination sans le concours actif de la gouvernance touristique de cette même destination. Le tout est le fruit d’un
travail échelonné sur plusieurs décennies. Il faut donc y voir une volonté soutenue, organisée et constante des autorités locales et régionales, qui s’explique souvent par les fruits appétissants de la fiscalité et de l’économie. Or, une bonne politique publique repose sur le précepte suivant : ses bénéfices doivent être concentrés auprès d’un groupe qui en bénéficiera et les reconnaîtra, et les coûts doivent être diffus, à savoir portés par une majorité qui n’en aura
peu ou pas conscience. Le développement touristique répond souvent à ce critère pour la gouvernance touristique d’un territoire, mais rarement pour ses habitants. Au contraire, les habitants héritent parfois des coûts concentrés
(à savoir les irritants quotidiens) et ne reçoivent que de manière diffuse les avantages perçus par leur collectivité (taxes, autres revenus et emplois).

 

Certes, la présence de touristes peut être source d’irritants pour les locaux. Cependant, les nuisances sonores nocturnes vécues par les riverains des quartiers touristiques ou encore les enjeux de logement (les illustrations les plus courantes) peuvent aisément être résolus par une planification et une réglementation à l’échelle municipale. Les exemples de réussite en cette matière sont nombreux partout sur le globe, et constituent la règle, davantage que l’exception.

 

[ Retrouvez tous les chapitres du Cahier des Tendances sur ce lien.]

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières infos par E-mail.
Réagir à l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *