La réalité Virtuel en rivale du voyage physique ?

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Cahier tendance du Welcome City Lab

Voyager dans le temps et dans l’espace, telle est la promesse onirique de la Réalité Virtuelle dans le tourisme. En 2019, il est temps de faire l’état de l’exploitation de cette technologie par les acteurs du tourisme et de la culture eux-mêmes.

Benjamin Atlani Co-fondateur WideWebVR

Lors d’un voyage, l’expérience touristique en amont du voyage, dans les transports ou sur place n’est pas toujours fluide. La mobilité est souvent fracturée et ce constat est encore plus vrai pour les PMR (personne à mobilité réduite). Pourquoi alors l’expérience ex-situ et in-situ ne deviendrai pas plus fluide via les ressources de la VR ?

Quand il s’agit de voyager, les PMR veulent, comme tout le monde, découvrir de nouveaux horizons, ressentir des émotions fortes et faire des rencontres. Mais les difficultés particulières, issues des handicaps, rendent souvent l’intention difficile voire impossible.

Les expériences VR EX SITU ont principalement pour objet de donner envie lorsqu’on n’est pas sur place et donc de répondre à certains enjeux d’accessibilité. Les attentes sont divers : générer des émotions et donner envie de partir, permettre des rencontres et donner du sens, “gamifier” l’expérience pour se divertir ou encore voir avant d’acheter. Pour les PMR, et notamment les moins mobiles d’entre eux, les deux premiers cas d’usage sont les plus pertinents.

A titre d’exemple, Oseos est une organisation qui propose un package casque et contenu VR à des centres dédiés à l’accueil de handicapés. Le principe repose sur des animations de groupes comprenant une dizaine de personnes qui accèdent en même temps à des contenus d’activités qui sortent de l’ordinaire du type : saut en parachute, rencontre avec les éléphants, plongée avec des dauphins, etc. L’expérience peut conduire à une réelle déconnexion de la réalité et fait oublier les tracas de la vie. L’idée étant de se connecter avec ses pairs et de partager l’expérience à plusieurs.

Au fond, soyons honnête, est ce que nous ne recherchons pas la même chose en voyageant ? Et d’ailleurs, cette expérience VR sensationnelle ne pourrait-elle pas intéresser n’importe quel public ? Je connais en tout cas de nombreuses personnes valides qui n’iront jamais nager avec les requins ou faire un saut en parachute…

AU DELÀ DES SENSATIONS FORTES, POURQUOI VOYAGE-T-ON ?

Si je ne devais plus voyager physiquement, je crois que ce qui me manquerait le plus se résumerait à deux choses, essentielles pour moi : la cuisine, ainsi que les rencontres incongrues. De par notre connaissance de la VR et de sa capacité à emporter le cerveau, c’est à dire sa capacité à transporter mentalement et spatialement dans l’histoire racontée, nous estimons que bien des sensations peuvent être procurées.

A ce stade, c’est certain, la VR ne va pas remplacer entièrement le voyage. Cependant, si nous nous penchons sur ces différentes utilisations, elle peut contribuer à améliorer l’expérience touristique dans de nombreux cas.

Depuis 2017, l’équipe de WideWebVR suit avec attention les cas d’usage de la VR et ce dans le monde. Ceci nous a amené à faire une étude des cas d’usage.

QUELQUES EXPÉRIENCES PROBANTES

La VR éveille de nombreuses émotions et permet, aux PMR, de découvrir une destination et de voyager dans le temps et l’espace sans se déplacer. Typiquement, les vidéos 360° “The Joy Index”, réalisées par Conde Next Travel, sont des exemples à suivre de par la qualité de réalisation. Celle de Shanghai, en Chine, a notamment fait des dizaines de milliers d’interactions. Le Club Med est également pionnier de l’industrie du tourisme en créant du contenu VR en 2015. Aujourd’hui, plus de 26 vidéos de villages filmés en 360° montrent la richesse des expériences Club Med dans le monde. Même les destinations interdites deviennent accessibles ! L’expérience “Tchernobyl VR – A futur that was lost” en est la preuve. Il s’agit ici d’un voyage dans l’inimaginable : visiter un lieu interdit, et l’explorer à travers le temps, puisqu’il fournit des explications de ce qu’il s’y est passé.

La VR peut promettre des rencontres et des activités pleines de sens. Ces contenus assouvissent, d’une certaine manière, notre soif d’apprendre. “Les éléphants de mer des Malouines” est une expérience Made In l’Office du tourisme des îles Malouines qui place les spectateurs parmi une colonie d’éléphants de mer. Une rencontre totalement incongrue, qui donne envie d’aller au bout du monde ! Plus historique, visitez la maison d’Anne Frank depuis chez vous. Avec l’aide d’un casque de réalité virtuelle le “visiteur” peut se plonger, pendant 25 minutes, au coeur d’une cachette tristement connue.

La VR est un voyage en soi mais également une activité ludique. Via ces contenus, l’utilisateur peut interagir et jouer avec le contenu et l’histoire. Il est démontré qu’en interagissant, le degré d’attention s’élève à court terme et la mémorisation à long terme aussi. Typiquement, l’Office du tourisme de Nouvelle Calédonie a proposé, via l’agence Semply.Digital et la startup WideWebVR, le premier jeu marketing en Réalité Virtuelle directement sur le web. L’intérêt : éveiller l’intérêt et créer une nouvelle base de données de prospects.

La VR comme réponse à l’over tourisme ?

Partiellement oui. Un exemple : Au lieu de se déplacer à Barcelone (PMR ou pas) pour se balader sur les Ramblas, les voyageurs peuvent d’abord faire l’expérience en VR et goûter à ce moment en étant seuls sur l’artère légendaire. Chose devenue impossible depuis des années. Et, quand bien même, ils seraient amenés à voyager à Barcelone, ils privilégieront d’autres endroits plutôt que les célèbres Ramblas. De plus, une fois sur place (in-situ), la VR permet, si elle est disponible dans des points clés (lobbies d’hôtel, ou office de tourisme, gares, aéroports, etc…), de sélectionner les meilleurs parcours de visite adaptés à ma situation (PMR ou non, affluence, etc). Par exemple, nous pouvons concevoir une expérience de quelques minutes montrant différentes activités et musées à faire en dehors des plus connus. Pour peu que l’on puisse voir des lieux interdits ou secrets, le sentiment d’être privilégié permet d’augmenter la satisfaction des visiteurs.

Autant de cas d’usages intéressants qui font que la VR va certainement se développer dans les prochaines années dans le travel grâce aux retours d’expérience des utilisateurs et à toutes les startups qui foisonnent dans le secteur.

De là à imaginer ne plus voyager du tout, il y a encore du chemin

 

Publié par Rémi Bain-Thouverez
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