L’avenir des GDS selon Travelport

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Emmanuel Bourgeat, directeur France de Travelport

Certains pronostiquent la disparition des GDS avec l’avènement de NDC. Pourtant, le périmètre des GDS s’étend au point de devenir de véritables  plateformes de distribution. Valérie Sasset de BCD Travel avouait au dernier congrès de l’EDV qu’elle travaillait déjà avec un intégrateur indépendant. A cette occasion, nous avons interviewé Emmanuel Bourgeat, directeur France de Travelport.

 

i-tourisme : Vos métiers évoluent. Vous devez pousser dorénavant des offres aussi bien NDC que GDS. Comme ce sont des normes de nature différente, vous devez passer par une intégration dans une plateforme. Comment cela se passe-t-il chez Travelport ?

Emmanuel Bourgeat : Nous sommes allez vite, car depuis 5 ans nous travaillons déjà sur une plateforme avec la norme XMl des low cost qui est la même que celle d’NDC.  C’est ce qui nous a permis d’être opérationnels rapidement et de proposer aux agences d’accéder aux différentes offres NDC plus GDS.

 

i-tourisme : Sur un même écran ?

Emmanuel Bourgeat : C’est bien le bénéfice de notre solution. Les agences peuvent voir dans un même affichage toutes les offres aussi bien GDS, NDC et low cost avec tout le traitement technique nécessaire, jusqu’au PNR.

 

i-tourisme : Le marché vous suit-il ?

Emmanuel Bourgeat : En octobre 2018, l’agence de voyages britannique Meon Valley a finalisé la première réservation en direct avec du contenu NDC via notre plateforme Smartpoint. La phase suivante de la feuille de route consistait à intégrer un plus grand groupe d’agences de voyages. Nous voulions nous assurer de la bonne intégration de la norme NDC pour toutes les composantes de l’écosystème du voyage.

 

i-tourisme : Alors ?

Emmanuel Bourgeat : Aujourd’hui, nous avons mis en œuvre une solution de réservation auprès d’un large éventail d’agences de tailles différentes, notamment : American Express Global Business Travel, DNATA, Groupe Grey Dawes, Global Travel Management, Meon Valley Travel, Premier Holidays, TAG, Travel Counsellors and Travel & Transport Statesman.

 

i-tourisme : Avec la précision quand même, comme le soulignait Benoit Crespin, Country Directeur France d’eDreams Odigeo au congrès de l’EDV, que la NDC ne représentera pas plus de 4% des offres fin 2020 ! Quid des 96% restants ?

Emmanuel Bourgeat : C’est bien pour cette raison qu’une norme ne va pas en remplacer une autre. Les flux NDC et GDS vont obligatoirement cohabiter. Mais je le répète, pour les agences, ce sera transparent. Les tarifs continueront d’apparaitre, selon leur critère, avec la juxtaposition des différents flux.

 

i-tourisme : Si la requête de l’agence consiste à voir apparaître les vols du moins cher au plus cher, comme c’est souvent la pratique, les vols GDS et NDC seront mélangés dans l’ordre demandé?

Emmanuel Bourgeat : Oui, par ordre de prix ou sous une autre forme selon la demande de l’agence.

 

i-tourisme : N’y a-t-il pas un risque de complexité à terme ?

Emmanuel Bourgeat : Vous connaissez l’adage : trop d’info tue l’info. C’est vrai les clients qui vont rapidement être perdus devant la multiplication des offres et leurs ancillary services. Mais justement, la conception même de Smartpoint consiste à rendre l’information accessible, claire et transparente. En un coup d’œil, l’agence appréhende, selon les critères choisis, la diversité des offres avec leur richesse et leur spécificité. Notre plateforme ambitionne de donner les bons outils aux agences afin qu’elles parviennent à bien conseiller et faire la démonstration de leur valeur ajoutée.

 

i-tourisme : Et pour l’après-vente ?

Emmanuel Bourgeat : Ce n’est pas à Travelport qu’il faut poser la question, mais à NDC. À date, si les données concernant la vente rentrent progressivement, ce n’est pas encore le cas pour l’après-vente. Le calendrier s’allonge,  mais ce n’est pas de notre fait. Pour l’instant, nous pouvons réserver sur NDC, mais pas encore traiter l’après-vente.

 

i-tourisme : Quel est le timing ?

Emmanuel Bourgeat : Suite à notre intégration réussie auprès des agences partenaires, nous continuerons à affiner les solutions de réservation de contenu NDC, à apporter des améliorations ainsi qu’une voie de connexion API NDC via l’API Trip Service d’ici ce milieu l’année. Notre objectif reste l’intégration du flux de travail, l’évaluation de  la demande de contenu NDC et la nécessité de mettre en place une large collaboration au sein de l’industrie du tourisme.

 

i-tourisme : François Xavier Izenic, animateur de la table ronde au congrès de l’EDV, suite à l’accord de Lufthansa avec Siemens et ce n’est pas le seul exemple, interrogeait ses débatteurs sur le risque de la vente directe. Qu’en pensez-vous ?

Emmanuel Bourgeat : Ce risque existe bel et bien. Mais qui peut croire que la meilleure solution réside dans une offre unique ? La demande du consommateur sera toujours la même : il exige en permanence le produit ou le service le mieux-disant. Cette garantie ne se trouve pas dans NDC, mais dans la comparaison. Justement, ce qui manque aux compagnies c’est la comparaison. Elles n’ont ni l’intérêt ni les moyens de la mettre en place. Par contre, c’est l’ADN de nos métiers. Nous sommes les seuls à pouvoir l’offrir.

 

i-tourisme : D’où les réflexions stratégiques qui doivent en découler !

Emmanuel Bourgeat : Les débats autour de la NDC ont tendance à mélanger les enjeux économiques et technologiques. Ce sont pourtant deux sujets bien différents. Vous l’évoquiez dans votre première question : l’offre NDC ne va pas peser plus de 4% fin 2020 et ne concerne le catalogue que de 20 compagnies aériennes. La technologie avance lentement. Mais la problématique économique se présente dès maintenant et c’est toute l’organisation de notre profession qui est remise en cause. La vraie question est celle de la distribution et du rôle qui leur sera dévolu par les compagnies.

 

Publié par Rémi Bain-Thouverez
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