Les enjeux du dernier kilomètre dans la mobilité touristique

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Les enjeux du dernier kilomètre dans la mobilité touristique

L’accessibilité aux offres touristiques, de loisirs, évènementielles paraît spontanément évidente. La réalité est bien plus nuancée. 12 millions de français selon l’INSEE en 2018 ne trouvent pas d’offre touristique adaptée à leur mobilité.

Ces frustrations (file d’attente, relier différents points d’intérêt, transports aménagés, voirie adaptée…) sont encore plus critiques pour les PMR. Aux divers handicaps s’ajoutent les contraintes vécues par les familles avec des enfants en bas âge, certains séniors en difficulté de mobilité…

Des segments importants de la population ne peuvent aisément accéder à des sites et moments de loisirs car les conditions de mobilité sont fracturées et rendent les déplacements et les expériences touristiques inconfortables, voire impossibles. Cela est d’autant plus vrai dans l’expression bien réelle du “dernier kilomètre”.

Etat des lieux, solutions en développement, perspectives, sont tracés dans ce chapitre consacré à l’accessibilité. La connexion des conditions de déplacements, des flux et des moyens de transport les plus divers en temps réel, services digitaux d’information et planification, aménagements des espaces participent de ce mouvement vers des smart cities convenientes

L’expression “dernier kilomètre” ou “premier et dernier kilomètre” décrit le début ou la fin d’un voyage individuel effectué principalement par les transports collectifs. Dans de nombreux cas, aux deux extrémités, l’origine ou la destination peut être difficile, voire impossible d’accès par un simple déplacement à pied.

Ce dernier kilomètre répond à plusieurs enjeux :

Celui de l’expérience tout d’abord, car l’intégralité d’un voyage ne consiste pas simplement en de longues distances parcourues en avion ou en bateau. Pour qu’un trajet de 100 kilomètres fonctionne sans problème, il ne suffit pas que les 99 premiers kilomètres soient sans faille, si le dernier kilomètre est une perte de temps frustrante. Sinon le touriste continuera de privilégier le trajet direct en voiture, malgré́ la variabilité du temps de parcours.

Ensuite la fluidité et la diversité de l’offre de mobilité permettent de répartir les flux touristiques dans l’espace et le temps :

  • Allonger la durée de visite,
  • Desservir des territoires plus excentrés…

Cela peut aussi diminuer l’impact de la voiture, réduire les pollutions, faciliter l’accès à la ville pour les clientèles qui sont hébergées sur un territoire élargi…

Il existe déjà de nombreux systèmes comme le vélo, le bus ou le taxi. Mais comme nous sommes dans le « Cahier tendance », il est intéressant d’observer les tendances que l’on peut identifier concernant ces moyens de transport de proximité.

LA NAVETTE AUTONOME

Le dernier kilomètre est un large champ d’investigation pour les véhicules autonomes automatiques. Plusieurs expérimentations ont déjà eu lieu ou sont en cours. Par exemple, en 2019 Val- Thorens a proposé un service de navette autonome électrique qui a transporté 300 skieurs en 30 jours. Ce test opéré par l’ANMSM (Association Nationale des Maires de Stations de Montagne) et la Commission Cimes Durables sera prolongé la saison prochaine. D’autres expérimentations sont en cours à Lacanau ou encore dans la Brenne.

LA VOIE DES AIRS

Et pourquoi pas la voie des airs ? On parle beaucoup du taxi volant ou du drone transporteur d’individus. Dans le tourisme la startup Kiwi.com se positionne en tant que « transporteur du dernier kilomètre » et des destinations sans aéroport, en développant un prototype d’avion sans pilote électrique, à décollage et atterrissage verticaux (VTOL) avec un rayon d’action de 500 km.

LE CHEVAL

L’une des préoccupations montantes est l’écologie et le développement durable. Cela va permettre le retour de solutions anciennes comme par exemple la traction hippomobile. Il existe des réseaux « d’équidé utilitaire » qui proposent du ramassage scolaire en Normandie ou à Montpellier. Ce moyen de traction pourrait donc être utilisé dans le cadre du dernier kilomètre. Ce serait une approche ludique et durable du territoire de destination.

DE NOUVEAUX MODÈLES : UBER LA SOLUTION POUR LE DERNIER KILOMÈTRE DU FUTUR ?

Mais le futur du « dernier kilomètre » sera peut-être assuré par les nouveaux acteurs de la mobilité :

Certaines villes commencent à passer des contrats avec des services de VTC pour améliorer l’accès au transport en commun, en particulier dans les centres touristiques. Par exemple, le réseau de transports en commun de Nice et Uber se sont associés en 2018 pour proposer un transport nocturne complémentaire. Selon Philippe Pradal, Président de la Régie Ligne d’Azur, « il s’agit de transport public à la demande, pas d’un service de taxi pour les accompagner dans leurs derniers kilomètres ». Un service au prix fixe de 6 euros pour les voyageurs souhaitant effectuer une course depuis ou vers l’une des six stations du tramway. Pour garantir un prix fixe, les deux entreprises assument à parts égales la compensation de la course.

En Amérique du Nord, Uber et Lyft participent à des dizaines d’expérimentations dans lesquelles leurs VTC subventionnés pallient une offre de transport défaillante. Uber propose même aux villes de gérer, via son service de trajets partagés UberPool, l’acheminement des habitants ou/et des touristes. Les villes subventionnent le trajet, afin de le faire descendre à un prix similaire à celui d’un ticket de bus, ou compétitif par rapport à l’utilisation d’une voiture. Dans certains cas, Uber devient carrément le transport en commun comme à Pinellas Park, une ville de 50 000 habitants en Floride qui n’a plus aucun service de transport. Ces entreprises vont continuer à se développer dans le secteur du transport de proximité et vont bientôt proposer des offres dans les stations touristiques peu ou mal desservies.

Traditionnellement proposés par les services publics et les taxis, de nouveaux entrants offrent des solutions alternatives. Ces nouveaux services ne sont pas tous axés sur le tourisme mais peuvent facilement être utilisés par les touristes. Les expériences ont montré qu’un système de transport à la demande, intégré dans le réseau principal des transports en commun, constitue une amélioration pour couvrir le “dernier kilomètre” de la chaîne touristique. Chaque région peut créer des solutions nouvelles et personnalisées fondées sur les pratiques touristiques ou culturelles locales (ex le vélo). L’intérêt de proposer des solutions au dernier kilomètre répond aussi à une politique de développement durable : davantage de touristes arrivant en transports en commun dans la région et utilisant les transports en commun pour leurs déplacements sur place participent à la réduction de la pollution. Cela permet aussi le désenclavement de certains pôles et l’hébergement sur un territoire élargi.

 Sophie Lacour

 

DG Advanced Tourism

 

Publié par Rémi Bain-Thouverez
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