Réflexions sur le futur avec JC Bonis, fondateur d’Oxymore

i-tourisme

Conférencier, fondateur d’Oxymore, voyageur et expert en technologie, Jean-Christophe Bonis multiplie les conférences à travers le globe. Son job ? Suivre toutes les innovations technologiques et définir les tendances qui en découlent. Interview d’un french futuriste.

 

i-tourisme : Comment vous définissez vous ?

Jean-Christophe Bonis : Je suis le fondateur de la société Oxymore ayant la vocation d’analyser toutes les innovations technologiques de la planète pour réfléchir aux impacts sur la société, les entreprises, les consommateurs, etc. L’objectif principal reste de dessiner une idée des tendances pour les 10-20 prochaines années, pas si simple dans un contexte de mutations rapides et permanentes. C’est ce que j’appelle un métier de « futuriste ».

 

i-tourisme : Quelles sont les raisons qui vous ont amenées à cette idée ?

Jean-Christophe Bonis : Avant de lancer cette entreprise, j’ai passé 8 ans comme prospectiviste pour des fonds d’investissement. Mon job consistait à scanner l’ensemble des données du marché pour bâtir les scénarios et les hypothèses d’investissements sur les 5, 7, voire 10 ans à venir. Après une grande remise en question, je suis parti en voyage pendant presque 2 ans. C’est le temps qu’il m’a fallu pour maturer ce projet.

 

i-tourisme : Vos voyages étaient-ils en rapport avec la technologie ?

Jean-Christophe Bonis : D’abord, ma démarche était personnelle, dans la logique de quête du bonheur. J’ai énormément voyagé en Asie et en ex-URSS, ce qui a favorisé le contact avec les nombreux chefs d’entreprises spécialistes de tech qui ont su donner du sens à leur métier. Ce fut le cas notamment en Indonésie et aux Philippines. Cette expérience m’a ouvert la voie pour créer Oxymore.

 

i-tourisme : Quel est son positionnement ?

Jean-Christophe Bonis : Avec cette société, j’ambitionne de mêler technologie et innovation pour donner du sens. Pas uniquement pour gagner de l’argent. La tendance Tech for good me guide depuis des années. La finalité, en tant que spécialiste de « deep tech », est de reconnaître les inventions capables de bouger les lignes dans la bonne direction. Elles ne sont pas si nombreuses. Pas plus de 6% du total, selon moi. Il s’agit de savoir les distinguer.

 

i-tourisme : Vous êtes également conférencier ?

Jean-Christophe Bonis : En effet, mais je suis présent autant sur les grandes scènes mondiales que sur des dossiers plus modestes qui se créent en Afrique, Amérique latine ou Asie. Cet équilibre me convient parfaitement.

Je m’implique beaucoup dans les innovations liées à l’intelligence artificielle. En tant que conférencier, j’essaye d’inciter les gens à se poser les bonnes questions. Je ne suis pas là pour apporter des réponses toutes faites, mais pour aborder les problèmes, d’éthique notamment. Je ressens un besoin titanesque de redonner du sens à notre monde.

 

i-tourisme : Est-ce possible à l’aide de la technologie ?

Jean-Christophe Bonis : Beaucoup d’utilisateurs n’ont pas conscience de la mécanique autour la technologie. Ils restent perplexes et ont parfois peur de perdre leur emploi face à des machines qui se révèlent 10 fois plus performantes. De fait, il est nécessaire que les leaders d’opinion, les lanceurs d’alertes et les journalistes expliquent que la situation n’est pas dramatique tout en donnant des outils pour comprendre toutes ces mutations. Notre rôle n’est pas d’encenser la technologie, mais de savoir interroger. L’éthique est cruciale. Or, sur les scènes internationales, les intervenants se gargarisent sans jamais se poser les questions sur le futur de l’innovation.

 

i-tourisme : Lors de vos conférences, vous dites qu’il faut laisser une certaine autonomie aux IA. Qu’entendez-vous par là ?

Jean-Christophe Bonis : Il existe deux types d’intelligence artificielle : les faibles et les fortes. Les premières sont conçues pour faire des tâches très spécifiques et répétitives. Elles n’ont pas vocation à muter et à poser de problèmes particuliers dans le futur. En revanche, ce n’est pas le cas pour les IA dites fortes et évolutives, capables d’apprendre seules.

 

i-tourisme : Faut-il envisager une régulation internationale ?

Jean-Christophe Bonis : Certainement. Le rapport à la technologie reste le même, que ce soit pour un usage industriel, gouvernemental ou simplement personnel. Nous, européens, ne pouvons pas juger si la technologie chinoise est positive ou non. La notion de bien et de mal reste à géométrie variable en fonction de l’éducation, la culture et d’une multitude d’autres grilles de lecture. Dernièrement, le directeur juridique de Microsoft, Bradford Smith, incitait les autorités américaines à mettre en place une régulation de la reconnaissance faciale, est-ce un bien ?

 

i-tourisme : Pour les entreprises, quelles seront les tendances ?

Jean-Christophe Bonis : Cela dépend des marchés et des secteurs. Tout devient interconnecté et une chose est certaine, la technologie va modifier grandement la manière dont les hommes travaillent. Nous faisons face à une accélération exponentielle aux conséquences multiples. Ce qui hier prenait des années et des années, se réalise en quelques jours maintenant.

Il faut trouver les bonnes clés pour appréhender cette évolution au niveau sociétal, entrepreneurial et étatique. Il convient de demeurer cohérent et d’avancer avec des solutions pragmatiques. Si la technologie a un impact sur la manière de consommer, il ne faut ni le nier, ni de vouloir résister, mais chercher à être constructif en injectant de l’éthique.

 

i-tourisme : Dans quelle mesure les objets connectés vont t’ils impacter le commerce ?

Jean-Christophe Bonis : Les IOT sont vus comme un Graal. Les entreprises peuvent analyser et corréler les données de manière à mieux connaître les usages des consommateurs. Cette connaissance des profils permet aux producteurs de créer de nouvelles générations de produits, encore plus pertinentes. Enfin, ces données contribuent à améliorer le service ou la production en proposant un produit spécifique à chacun, en fonction de ses habitudes et de ses attentes.

 

i-tourisme : Quel est votre point de vue concernant le Cloud ? ou l’IA ?

Jean-Christophe Bonis : Celui qui possède les données, peut donner de la valeur ajoutée, la data est le pétrole de XXIe siècle ! L’Intelligence artificielle est la bombe nucléaire du 21e siècle. Celui qui est capable de développer la meilleure deviendra le maître.

Avancer au-delà de l’information et de la technologie. Aller plus loin et toujours prendre de la hauteur pour comprendre les enjeux. Et avec espoir, remettre l’humain au cœur du dispositif en injectant de l’éthique. C’est un enjeu absolument vital.

Publié par Rémi Bain-Thouverez
Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières infos par E-mail.
Réagir à l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *