Comité interministeriel du tourisme (CIT) : ce qu’il faut retenir du discours d’Edouard Philippe

Institutions

S’inspirer de Jean Pomagalski, inventeur du premier téléski à perches artisanales de France en 1935, c’est ce qu’attend Edouard Philippe des professionnels du tourisme  : « faire preuve de la même audace, de la même méticulosité, du même souci d’améliorer à la fois les « grandes choses » mais aussi tous ces détails liés au confort, au plaisir, à la simplicité, qui font, in fine, la différence. »  Le Premier ministre a d’abord passé en revue les actions déjà en cours et ensuite détailler la stratégie qui doit permettre à la France d’accueillir 100 millions de touristes en 2020.

 

Le délai de délivrances de visas

« Au mois de juillet, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères avait pris l’engagement d’abaisser à 48h le délai de délivrance des visas pour de nouveaux pays. C’est maintenant chose faite pour huit d’entre eux et les premiers chiffres sont impressionnants : +60% de visas délivrés en Russie, + 36% en Inde ».

La réduction du temps d’attente dans nos aéroports

« Evidemment, chacun peut comprendre qu’une partie de ce délai demeure incompressible pour des raisons de sécurité. C’est d’ailleurs partout pareil. Mais, nous avons déployé tous les moyens qui nous permettaient à la fois de garantir un maximum de sécurité, tout en fluidifiant un peu ces files, ou, tout du moins, en évitant qu’elles s’allongent de manière démesurée et injustifiée. Nous avons ainsi affecté 200 policiers supplémentaires dans les aéroports parisiens. D’ici le mois de février prochain, 135 adjoints de sécurité complèteront ces effectifs. D’ici l’été 2018, les aéroports franciliens qui concentrent une majorité du trafic international auront installé des « sas à reconnaissance faciale » qui permettront de fluidifier les files et de concentrer les effectifs là où nous en avons le plus besoin. Depuis la fin de l’année dernière, ces aéroports disposent de statistiques en temps réel sur le temps d’attente aux frontières. Des statistiques qui seront pleinement automatisées durant l’année et qui seront partagées avec le ministère de l’intérieur pour optimiser la planification de l’armement des postes de contrôle. Enfin, nous avons lancé un certain nombre de chantiers visant à modifier des infrastructures qui n’avaient pas forcément été conçues pour accueillir de tels flux de voyageurs. Ce sont souvent des travaux assez lourds, qui nécessitent du temps. Ils permettront à terme, de créer une quarantaine de postes de passage supplémentaires à Roissy et à Orly. Nous allons engager, avec le ministère des Transports, des chantiers similaires dans les aéroports régionaux qui sont également soumis à de fortes pressions, parfois saisonnières, comme c’est le cas à Chambéry.

 

La propreté des grandes voies de circulation qui relient Paris à ses aéroports

« Inutile de vous en brosser le tableau. Vous le connaissez. Il s’agit de rompre avec une petite trentaine d’années d’inattention ou de négligence qui commencent à faire désordre auprès des millions de touristes (et de Franciliens) qui les empruntent chaque jour. Qui commencent aussi, reconnaissons-le, à nous faire un peu honte quand on voyage à l’étranger et qu’on compare avec les routes d’autres pays. Des routes qui sont d’intérêt national puisque, bien souvent, pour partir à l’étranger, nous devons les emprunter. Par ailleurs, sur les 100 millions de voyageurs par an qui transitent par les aéroports franciliens, les deux tiers les rejoignent par la route. Ce que nous expérimentons pour ces voies, nous pourrons le reproduire là où c’est nécessaire. Ainsi, les mesures sont désormais prêtes. 4 millions d’euros ont été budgétés pour une montée en puissance du dispositif à la fin de l’année. Il s’accompagnera également d’un volet policier et judiciaire pour lutter contre les filières de traitement illégal de déchets.

La garantie d’un accès au très haut débit

Le premier axe est numérique. J’en ai déjà développé un volet le 14 décembre dernier à Cahors. Il concerne l’accès au haut débit et au très haut débit partout sur notre territoire. On l’a tous vécu : quand on réserve dans une maison d’hôte ou qu’on loue une maison à la campagne, on le fait pour profiter du paysage, faire une coupure, se promener. Mais au bout de quelques heures, on aime bien aussi jeter un œil à sa messagerie, consulter la météo, préparer la visite du lendemain, trouver un itinéraire. Bref, on ressent soudain le besoin urgent d’une vraie et bonne connexion. Or, l’absence de cette connexion est aujourd’hui un vrai handicap pour des territoires qui ont pourtant énormément à offrir. Nous garantirons donc un accès au très haut débit pour tous d’ici 2022.

 

Déterminer avec précision les droits et les devoirs de chacun

« L’autre volet concerne la régulation. Le tourisme a connu une numérisation rapide, globale. Et j’ajouterais parfois un peu brutale. Elle n’est pas mauvaise en soi. Elle a permis la création ou la valorisation d’un grand nombre d’activités en France. Elle a également permis de mettre sur le marché de nouvelles capacités d’hébergement, en particulier dans des zones en tension, parfois aussi dans les zones rurales. Des capacités qui répondent aux attentes d’une partie de la clientèle mondiale. Cependant, tout le monde doit pouvoir vivre. Parce qu’on a besoin de tout le monde. De toute la gamme d’hébergement. Et pour ça, il faut des règles du jeu équitables. Des règles claires, des règles fermes aussi. L’idée n’est évidemment pas de punir ou de freiner le développement d’activités. L’idée n’est pas non plus de modifier ces règles en permanence. Elle est d’encadrer, de déterminer avec précision les droits et les devoirs de chacun. Et de les faire respecter C’est la différence entre un pays de vraies libertés et le Far West.

 

D’où plusieurs mesures : D’abord, la loi de finances pour l’année 2018 modifie la taxe de séjour pour les hébergements non classés. Quel est le problème ? Un grand nombre de logements disponibles sur les plateformes relèvent d’un standing proche de 4 ou 5 étoiles. Et pourtant, jusqu’à présent, la taxe de séjour qui leur était applicable était inférieure à celle d’un hôtel une étoile. On a donc réparé cette distorsion grâce à cette taxe assise non sur le classement, mais sur le coût de la nuitée, tout en laissant une grande autonomie aux communes dans la fixation de son taux.

 

Il y a ensuite le fait de rendre pleinement applicable la loi de 2016 pour une République numérique. Ce n’est pas encore le cas. J’ai demandé aux ministres concernés que toutes les mesures d’application soient prises d’ici la fin de l’année. Elles sont soumises à la concertation. J’ajoute, enfin, qu’à compter du 1er janvier 2019, les plateformes auront l’obligation de collecter la taxe de séjour et de transmettre les informations aux administrations fiscales.  Cet équilibre ne cible personne mais vise juste à rendre la loi effective, ce qu’elle n’était pas encore totalement. Et si la loi n’est pas respectée, si les équilibres de marché ne sont pas régulés, comment voulez-vous investir ?

Renforcer les financements touristiques

 

« En ce qui concerne les petites activités économiques, la BPI ajustera son « prêt hôtellerie » en augmentant son plafond qui s’élève aujourd’hui à 400 000 euros. Elle mettra également en place un « accélérateur BPI » qu’elle proposera à de grands groupes de cofinancer. Il s’agit, en clair, d’appliquer un principe qu’on connaît bien ici et qui est celui de la cordée. La BPI sélectionnera une trentaine de PME, le plus souvent des start-ups du tourisme, pour les aider à grossir, et à franchir les paliers qui les séparent de la taille critique.

 

 S’agissant des grands projets, qui requièrent d’importants capitaux et dont les marges ne sont pas toujours très élevées, nous avons demandé à la CDC de s’impliquer davantage. La Caisse dédiera 500 millions d’euros sur cinq ans au secteur, sur ses fonds propres pour lever, en jouant sur l’effet de levier, environ 3,5 milliards d’euros. Je lui ai demandé, et son Directeur général a bien voulu l’accepter, qu’elle en affecte une partie aux lits froids. C’est chose faite. Sur cette enveloppe enfin, 10 millions d’euros environ seront engagés en pure subvention sur le financement de l’ingénierie ».

L’ingénierie dans le champ de compétence d’Atout France

 

« Atout France aura 2 métiers ou 2 casquettes : la promotion d’un côté, et l’ingénierie, c’est-à-dire l’accompagnement à la structuration des projets de l’autre. Les deux jambes d’une politique touristique fondamentalement partenariale, car, comme vous le savez, Atout France est un GIE, qui regroupe l’Etat, les collectivités et les professionnels. J’ai demandé aux ministres de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’économie et des finances de rendre sa gouvernance plus inclusive, pour que Atout France soit véritablement la « maison du tourisme », qui réunisse l’ensemble des acteurs du tourisme pour mutualiser les moyens et les actions.

 

C’est d’ailleurs ce futur « front office » qui commencera par suivre en particulier une dizaine de stations de manière expérimentale – dont plusieurs sont d’ailleurs en Savoie. Quelle est l’idée ? Elle est de sélectionner des communes et les accompagner dans la réhabilitation de leurs hébergements touristiques marchands. Dès le premier semestre 2018, dix communes expérimenteront cette nouvelle méthode. Et donc, après, grâce à cette première expérience, nous pourrons agir à une autre échelle ».

Simplifier les démarches

 « Nous avons, en la matière, un précédent utile : celui de la réforme du classement des hôtels en 2016. Nous allons en étendre la logique à d’autres métiers : les offices de tourisme, les résidences de tourisme et les campings. S’agissant des stations classées, nous engagerons une concertation avec les représentants des collectivités locales.

 

Mais un vrai grand enjeu collectif concerne la  mise en accessibilité, en particulier des petits établissements recevant du public. L’idée n’est évidemment pas de renoncer à l’ambition, ni aux objectifs. Elle est d’accompagner ceux qui en ont le plus besoin. Dans les cas plus difficiles, nous nommerons des « ambassadeurs de l’accessibilité » pour mener les discussions sur la mise en œuvre des agendas Ad’Ap, mais aussi pour chiffrer correctement les travaux, souvent trop élevés. Cette mise en accessibilité représente certes un investissement, mais elle doit aussi être une chance. Elle peut permettre à des établissements de monter en gamme et d’attirer une clientèle différente. Encore faut-il aider tout le monde à relever ce défi. Nous le ferons ensemble ».

Mettre en avant la gastronomie

« D’abord, pour la première fois, l’Etat soutiendra financièrement la gastronomie française à hauteur d’1,5 million d’euros. Pour en augmenter l’attractivité. Et pour en asseoir encore un peu plus la visibilité au niveau international.

 

Nous allons ensuite proposer de labelliser, un peu sur le modèle de la « French Tech », et autour d’Atout France, les meilleures initiatives françaises. Nous le ferons sous une bannière commune. Cette bannière, ce sera le label « Good France – Goût de France » qu’Alain Ducasse, son inventeur, a accepté de céder à l’Etat, ce dont je le remercie sincèrement. 

 

Et puis, comme l’a annoncé le président de la République le 27 septembre 2017, nous allons un peu scander l’année grâce à quelques grands rendez-vous mondiaux, Ainsi :

 

Au mois de mars prochain, nous organiserons, pour la 4ème fois, un dîner à la française partout dans le monde, grâce à l’aide de notre réseau d’ambassades.

 

En juin, la France souhaite accueillir, – vous me pardonnerez l’expression, mais elle s’y prête- « tout le gratin de la gastronomie  mondiale » à Paris. Pour faire de Paris, le Davos de la nourriture, l’endroit où la planète entière se donne rendez-vous pour évoquer les nouvelles tendances et en rassemblant tous nos terroirs amenés à y être représentés.

 

Enfin, l’ancienne fête de la gastronomie sera rebaptisée « Goût de France » et revivifiée dès septembre prochain.

D’ici 2019, nous organiserons tous ces évènements durant la même période, c’est-à-dire la fin du printemps, pour leur donner un maximum de résonance ».

Publié par Laurent Guéna

Rédacteur en chef adjoint – Le Quotidien du Tourisme

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Vos réactions

  1. Intéressant de n’avoir eu que des propositions d’actions concrètes et chiffrées en termes de coût.
    Et d’avoir échappé à l’annonce démagogique de 100M. de visiteurs qui coûtera plus cher qu’elle ne rapportera.
    Le sérieux des objectifs d’innovation semble enfin dépasser les propos sans sens de Fabius.

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