Débat sur les 35 H : ça revient et ça s’en va !

Institutions

Un rapport sur la RTT implacable mais le gouvernement ne veut pas polémiquer.
Les professionnels du tourisme rappellent leurs difficultés d’organisation.
La loi sur la RTT a provoqué peu d’embauches, mais des gains de productivité.
Le débat sur les 35 heures, rien de tel pour ruiner l’ambiance dans un dîner. Depuis le vote de la loi en 1997, les pour et les contre s’entredéchirent à l’envi sur ce sujet. Et le secteur du tourisme, qui rencontre toutes les réalités économiques possibles puisque de nombreuses petites entreprises cohabitent avec de grandes structures, n’a pas échappé à la règle. Alors que la hache de guerre semblait être plus ou moins enterrée, une mission d’information parlementaire conduite par Patrick Ollier et Hervé Novelli (UMP) remet les pieds dans le plat. Elle préconise, entre autres, des dérogations à la durée légale du travail, des dégrèvements des charges sociales, la création d’un code du travail spécifique pour les PME-PMI, le retour aux 39 heures en négociant avec les partenaires sociaux. » Bref, avec de telles propositions, « les lois Aubry, c’est déjà fini ! », se réjouit Richard Vainopoulos, patron du réseau Tourcom. Réaliste, Jacques Bœuf, DG adjoint du réseau Thomas Cook, estime qu’il s’agit d’un non-événement : « Dans le contexte politique actuel, je ne vois pas le gouvernement remettre en cause les 35 heures. » Matignon cherche en effet à calmer le jeu après la levée de boucliers qu’a provoquée la publication jeudi 15 mars du rapport de la commission. Reste que beaucoup de professionnels du tourisme, mais pas tous (voir encadré), en ont profité pour rappeler les difficultés liées à la mise en place des 35 heures dans leur société. « Plus l’entreprise était petite plus le changement a été difficile », analyse Jean-Pierre Mas, président du réseau Afat. « Le caractère dogmatique des 35 heures n’a rien arrangé. Globalement, on peut dire que cette mesure a été contre-productive car elle n’a pas généré d’embauches, mais des surveillances accrues d’horaires. En revanche, elle a accéléré la productivité des agences et leur faculté d’adaptation. » Les TO ont dû également suivre le mouvement : « La polyvalence a un peu augmenté dans l’équipe, mais il va falloir revoir les modalités des accords signés en fonction des besoins de l’entreprise », raconte Eros Donadello, DRH de Kuoni. Parfois, l’exercice s’avère très délicat : « Il a fallu trouver un système pour les agents de voyages parisiens, un autre pour ceux d’Alsace et encore un autre pour les chauffeurs d’autocars », précise Véronique Pauli, PDG du groupe Pauli, plutôt satisfaite des accords obtenus. Mais si on lui propose la fin de l’obligation de travailler 35 heures, comme tous ses confrères, elle signe tout de suite.
Elle est pour : « Nous avons embauché », ils sont contre : « Il n’y a pas d’accord de branche ! »
Janie Bousquet, PDG de Grand Large Voyages Selectour (10 agences)
« Nous avons été les premiers à mettre en place la RTT avec la loi de Robien. C’est un vrai progrès social et une bonne mesure si tout le monde joue le jeu et si on s’y prend à temps. Il a fallu changer nos méthodes de travail. Nous avons planché pendant six mois sur la façon de réaliser le même CA en travaillant moins. Pour ne pas fermer les agences à 17 h, ce qui aurait engendré des conflits en interne et avec la clientèle, il a fallu adopter un nouvel organigramme, répartir les équipes selon les fréquentations quotidiennes des agences et se former aux nouvelles technologies, permettant des gains de productivité. Résultat, nous avons embauché 5 personnes, et les agences assurent une ouverture non-stop de 8 h 30 à 19 heures. »
Olivier de Boüard (Snav Ouest) et F.X. de Boüard, PDG de De Boüard Voyages Selectour (13 agences)
O. de B. : « Les 35 h nous perturbent encore. Chacun doit s’organiser de son côté, en l’absence d’accord de branche. Si on voulait faire disparaître cette profession, on ne s’y prendrait pas autrement, car la RTT, c’est moins de service, moins de qualité, moins d’heures d’ouverture. Il n’y a pas eu d’embauche et je suis favorable à un assouplissement de la loi. »
F.X. de B. : « Avec les 35 h, nous avons réuni nos trois plateaux d’affaires en un seul afin d’élargir nos plages horaires. Dans les autres agences, nous devons désormais ouvrir vers 9 h 30. »

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