Taxe sur le kérosène : les pros disent non

Institutions

Le mois dernier Allemands et Français proposaient une taxe sur le kérosène.
Pour le Ceto, l’idéal serait une position au niveau international des TO.
Au Snav, on se dit en ligne avec la position des professionnels en Allemagne.
Début février, la France et l’Allemagne ont annoncé, à l’occasion d’une réunion des ministres des Finances du G7, qu’ils allaient lancer une initiative visant à utiliser la taxation du kérosène ou des billets d’avion pour contribuer au financement de campagnes pour la santé dans les pays en développement. Un projet, on s’en doute, plutôt fraîchement accueilli par les transporteurs de l’Union (voir ci-dessous). Mais au-delà des compagnies aériennes, c’est maintenant l’industrie du tourisme tout entière qui commence à affirmer son opposition au projet. Les Allemands ont ouvert le bal les premiers : lundi dernier, Klaus Laepple, président de la Fédération allemande du tourisme, expliquait que cette idée serait tout simplement « destructrice d’emplois ». En France, pour René-Marc Chikli, président du Ceto, « le problème avec ce genre de taxation, c’est que c’est nous qui sommes en première ligne pour donner des explications aux clients ». Et d’ajouter : « Nous sommes forcément dans la même logique de rejet que les Allemands. » Reste que pour le patron du Ceto, l’idéal serait d’arriver à pouvoir prendre des positions communes au niveau international sur ce type de sujet. D’ailleurs, il espère bien que « le thème sera abordé lors de la venue à Paris du président de la Fédération internationale des TO (IFTO), le 9 mars prochain, à l’occasion de l’assemblée générale du Ceto ». Chez Kuoni, on résume la situation en disant simplement « ne pas avoir besoin de ça ». Si le Snav n’a pas encore arrêté de position officielle sur le sujet, on souligne quand même du côté du syndicat être « a priori en ligne avec les Allemands », tout en se demandant : « ce n’est pas une mauvaise idée en soi de vouloir aider les pays pauvres, mais pourquoi faire payer l’industrie touristique ? » Ce que le Snav trouverait dommageable, « ce serait une absence de concertation entre pouvoirs publics et monde professionnel sur le sujet ».
Les compagnies rejettent l’idée de création d’une taxe sur le carburant ou les billets d’avion
« Pourquoi ne pas taxer les bénéfices faramineux des compagnies pétrolières ? » La remarque de Jean-Pierre Sauvage, directeur général France d’Iberia et président du Bar France, résume assez bien ce qu’il pense de l’idée d’une taxe sur le kérosène. Il ajoute : « Il ne faut pas oublier que le transport aérien n’est plus une affaire de riche, il s’adresse à toute les couches de population. Or nous transporteurs, nous permettons à tous ces gens de voyager grâce à une approche tarifaire très, très ajustée. » Et de conclure : « Il faut arrêter de considérer le transport aérien comme une vache à lait. » Chez Air France, on n’a pas vraiment arrêté de position sur le sujet, « compte tenu du fait que ce n’est qu’un projet et qu’il est loin d’être une réalité ». En outre, la compagnie française s’appuie sur le fait que « la convention de Chicago précise que les compagnies ne payent pas de taxe sur le carburant et que le commissaire européen aux Transports s’est déclaré contre ». Il est vrai que Jacques Barrot a expliqué qu’il ne fallait pas que « les Européens se retrouvent en situation d’infériorité vis-à-vis des compagnies américaines qui, elles, échapperaient à cette taxation. » Un point de vue partagé par Axel Hilgers, directeur général France de Lufthansa. « Si ça arrive, les compagnies seront probablement obligées de répercuter cette taxe, ce qui se traduira par une augmentation de tarifs. » Et de conclure en se demandant « pourquoi tirer tout le temps sur un secteur en difficulté ? ».

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