Tribune : « Une taxe pour s’élever » par Jean-François Rial, PDG du groupe Voyageurs

Institutions

Les présidents de deux grands pays européens, la France et l’Allemagne, ont enfin décidé, ensemble de proposer un système pérenne permettant de financer l’aide au développement en Afrique. Ce système est basé essentiellement sur la mise place d’une taxe sur tous les billets d’avion.
Il faudrait se réjouir, prendre conscience de l’importance de cet événement, « sauter sur l’occasion »… Ce n’est pas si souvent que les politiques font preuve de clairvoyance et de perspicacité.
Or une pluie de critiques vient enliser le débat…
Serions-nous aveugles au point d’ignorer les immenses dangers qui nous guettent, nous et les générations futures, si nous n’intégrons pas sérieusement ce problème ? Les critiques qui surgissent sont-elles recevables alors qu’il s’agit d’affronter la complexité et les enjeux de la politique du développement ? Rappelons un chiffre : il suffirait de disposer de 0,1 % du PIB mondial pour pouvoir scolariser tous les enfants du monde… Faut-il continuer à les voir souffrir, mendier, se prostituer, devenir la proie des fanatiques ou des bandits ?
Je suis surpris de constater que notre profession, dans son ensemble, n’adhère pas à ce projet.
Au-delà du devoir moral d’entraide, il est de première importance de réaliser à quel point nos intérêts économiques dépendent de notre capacité à savoir gérer, « stabiliser le monde ». C’est particulièrement vrai pour notre métier et pour les compagnies aériennes. (Celles-ci ont-elles déjà oublié les conséquences des événements du 11 septembre 2001?). Or nous savons tous que l’instabilité mondiale se nourrit des grandes disparités de niveau de vie entre le Nord et le Sud. Pour réduire ces disparités, il faut en priorité favoriser l’éducation de tous les enfants du monde.
D’autre part, en terme de communication, un signal fort des pays riches par l’intermédiaire de la mise en place de cette taxe permettrait de sensibiliser les consciences des populations de ces pays : Oui, nous voulons être attentifs à tous, qu’ils le sachent, et qu’ils sachent à leur tour manifester intérêt et sollicitude pour les gens du Nord, dans une relation d’égal respect de l’autre.
Que nous oppose-t-on?
– Tout d’abord, les compagnies aériennes n’ont pas à financer seules ce projet. Certes, mais cela n’empêche pas ces compagnies d’y participer, d’autant plus que c’est d’un grand intérêt pour elles, plus encore que pour d’autres secteurs d’activités. Elles devraient même se situer en « entreprises motrices » dans ce projet, entraînant d’autres entreprises conscientes de l’enjeu, innovantes et volontaristes. Quant à l’argument avancé par le lobby des compagnies sur l’impact économique qu’une telle taxe aurait sur le trafic, il ne résisterait pas à une analyse économique approfondie.
– L’autre argument principal opposé (comme pour la taxe Tobin) est que l’on peut contourner l’impôt par la délocalisation de l’activité. Ainsi les compagnies asiatiques et américaines profiteraient de cette taxe spéciale européenne pour anéantir les compagnies du « Vieux Continent ». C’est une contrevérité. Tout d’abord, cette taxe pourrait s’appliquer, comme les autres taxes aériennes, à tous les vols au départ de l’Europe, comme la réglementation le permet. Ainsi, plus de distorsion de concurrence…
D’ailleurs, comme vu précédemment, s’il n’est pas logique que seule l’activité aérienne paie la taxe envisagée, alors soyons visionnaires, agissons, proposons de faire également payer cette taxe par toutes les activités non délocalisables comme les transactions immobilières, les carburants, etc. Nos experts économiques en trouveront beaucoup d’autres.
Le dernier argument avancé est une idée reçue. Les sommes redistribuées seraient dilapidées en corruption et actions inefficaces… Faux, du moins si on choisit les bons systèmes car, si l’aide au développement a connu des hauts et des bas, on sait maintenant comment faire en sorte que 100 % des sommes collectées aboutissent au résultat escompté. En effet, les ONG ont acquis au fil des années les compétences et les systèmes d’organisation efficaces. C’est une question de volonté politique. A son petit niveau, notre entreprise finance discrètement des projets de développement d’écoles dans le monde, et les résultats sont bel et bien là, tangibles. Ainsi 70000 euros dépensés chaque année permettent à plus de 5000 enfants d’aller à l’école pendant un an ou plus selon les pays…
Soyons donc plus justes sans être ni moralisateurs ni suffisants. En essayant de nous identifier aux autres, en sachant recevoir, autant que donner. Pour des raisons objectives et dans l’intérêt de tous.

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