La France menacée par l’Autriche sur le marché britannique ?

Montagne
Parmi les participants à la table ronde sur le marché britannique, Martine Achard (à gauche), Willy Fux (pull beige) et Ian Hope (à droite).

Le Brexit conduira-t-il les skieurs anglais à délaisser la France au profit de l’Autriche ? La question peut être posée au regard des dernières études présentées lors des Rencontres Grand Ski 2018 à Chambéry.

33 % des skieurs britanniques viennent en France

Les Britanniques aiment le ski. Sur un hiver, ils sont 1,52 millions à partir skier, et 29 % d’entre eux le font plusieurs fois. «Cela génère au total 2,22 millions de séjours dans le monde entier, soit environ 14 millions de nuitées» a détaillé le consultant Willy Fux (LHM Conseil) auteur d’une nouvelle étude sur ce marché réalisée à l’automne 2017. Ces Britanniques viennent d’abord pour le ski ou tout autre sport de glisse. Seuls 3 % sont en effet des non-skieurs absolus soit une extrême minorité si l’on compare ce chiffre au pourcentage des non-skieurs chez les Français (17%). L’âge moyen d’initiation est de 19 ans, c’est un peu plus tard que les Français qui apprennent à skier à 13-14 ans en moyenne. Mais la «carrière» d’un Britannique entre le moment où il apprend à skier et celui où il abandonne définitivement est d’environ 38 ans. C’est dire si le marché Britannique est stratégique pour les stations. Et notamment pour les stations françaises ! 33 % d’entre eux viennent en effet aux sports d’hiver dans l’Hexagone. «La France reste leader loin devant ses trois challengers historiques que sont l’Autriche (15%), la Suisse (11%) et l’Italie (9%)» assure Willy Fux.

Le chalet avec services, 1er mode d’hébergement en France

Et, selon la dernière étude Spike 2017 sur le marché britannique commanditée par Savoie Mont Blanc Tourisme et Atout France, la France est la destination de choix pour les familles et les groupes anglais. Alors pourquoi s’inquiéter ? 55 % des séjours ski réalisés dans le monde sont intermédiés et 29 % de ceux passés en France ont été réservés auprès d’une «ski company», opérateur anglais aujourd’hui fortement spécialisé dans les séjours en hébergement avec services (chalet hôtel, catered chalet et B&B gérés par ces acteurs). Et la part de ce type d’hébergements devient prédominante : selon étude Spike 2017, entre 35 et 38 % des skieurs partis en France ont logé dans un chalet avec services gérés par un TO et entre 17 et 18 % dans un hôtel. Pour ceux partis dans un autre pays, la proportion est totalement inversée, avec de l’hôtel à 57% et des chalets avec services gérés par les TO à 9 %. «Ces chiffres dépendent évidemment de la structuration de l’offre et de la programmation des TO» rappelle Martine Achard, responsable service promotion de France Montagne. Sauf que… le système de chalets avec services plébiscités par les ski compagnies et les Britanniques risque d’être très fragilisé par les conséquences du Brexit.

Mais après le Brexit ?

En cause notamment les frais que pourraient générer les changements de conditions de travail du personnel britannique de ces hébergements après le Brexit. Les premières études faites par Hotelplan laissent présager une hausse de « 40 à 60 % de charges sociales » avance Ian Hope, directeur du développement commercial d’Hotelplan Royaume Uni. Le TO teste cet hiver quelques solutions alternatives pour minimiser les charges de ces hébergements.  Et il a déjà réduit le nombre de lits cet hiver « de 5 à 10 % », car Hotelplan comme tous les TO ne veulent pas s’engager au-delà de mars 2019 et remettent à plus tard les contrats qui les porteraient au-delà de cette date. Mais où iront alors ces skieurs britanniques ? La réponse de Ian Hope n’a rien de rassurant pour le marché français : «Je pense que s’il y a un report de clientèle parce que les chalets avec services deviennent trop chers, cela sera dans les hôtels autrichiens du fait de la qualité de leur accueil, un accueil « home from home » que beaucoup d’Anglais recherchent ». Réalité ou argument de lobbying en faveur de la mise en place d’un Brexit light  ? A chacun sa version. Mais une chose est sûre. Les lignes vont bouger !

 

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