Le « tourisme religieux » refait des adeptes en Terre Sainte

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Près de 16 % des visiteurs en 2005.
Le “séjour spirituel” se développe.
Lors des dernières fêtes de Noël, 80 000 pèlerins chrétiens venus du monde entier ont foulé le sol de la Terre Sainte. Un chiffre stable par rapport à l’année précédente, qui ne reflète guère la tendance très porteuse enregistrée sur l’ensemble de 2005. “Au premier semestre, le nombre de visiteurs venus en Israël dans le cadre d’un pèlerinage a doublé, passant de 68 000 à 138 000”, a indiqué mi-décembre le ministère du Tourisme israélien. Tandis qu’au cours des huit premiers mois de 2005, le nombre de visiteurs qui se sont rendus à Bethléem a été quasiment multiplié par trois, pour atteindre sur douze mois 275 000 personnes, selon les statistiques du Ministère du tourisme palestinien.
Près de 16 % des quelque 2 millions de touristes qui se sont rendus en Israël l’an dernier sont répertoriés comme pèlerins, contre une proportion de 11 % en 2004. Les hausses les plus spectaculaires concernent les pèlerins catholiques venus du Portugal (+ 194 % par rapport à 2004), de Pologne (+ 167 %), d’Espagne (+ 142 %) et d’Italie (+ 74 %). A défaut d’égaler le niveau record de près de 1 million de pèlerins affiché pendant l’année du millénaire, juste avant le déclenchement, en septembre 2000, de la seconde Intifada, ces chiffres n’en traduisent pas moins une véritable reprise du tourisme spirituel, après quatre ans d’arrêt. Une dynamique qui profite d’abord aux agences consacrées aux déplacements religieux.
Leader incontesté dans sa catégorie au départ de l’Hexagone, le voyagiste Routes Bibliques a totalisé cinq groupes en Terre Sainte pour les fêtes de fin d’année, contre un seul fin 2004. Avec 105 groupes à son actif sur l’ensemble de l’année 2005, soit au total plus de 3 000 personnes, et plus de 120 prévus cette année, l’opérateur, dont les deux tiers de la clientèle appartiennent au troisième âge, reste la référence pour le pèlerinage “classique”. Mais face au rétrécissement du public concerné, les offres alternatives tendent à se multiplier parmi les agences spécialisées dans la création de voyages spirituels et culturels.
Le TO Ictus voyages, qui a acheminé un millier de pèlerins en Terre Sainte en 2005 (contre 80 personnes en moyenne ces quatre dernières années), cherche ainsi à promouvoir d’autres types de séjours, pouvant répondre “à une demande de sens”. “Parmi les nouveautés, nous proposons une marche spirituelle d’une semaine de Nazareth à Tibériade, avec des temps de méditation”, explique son propriétaire, Thierry Sanson, qui voit dans ce type de produits une façon de “dépoussiérer” le concept.
Autre thème porteur, les voyages œcuméniques favorisant la découverte de l’autre et susceptibles de recruter un public plus jeune. Une formule que mettent en avant les agences Ictus (au travers d’un circuit baptisé “Université des religions”) ainsi que Terre entière, autre voyagiste spécialisé dans les itinéraires culturels et spirituels, qui a enregistré en 2005 une hausse de 50 % de son activité de pèlerinages en Terre Sainte. “Le pèlerinage classique existe, mais il n’a pas forcément un grand avenir, confie le directeur commercial de Terre Entière, Renaud Barat. Nous veillons donc à adapter notre offre.”
Reste que, à plus court terme, l’essor du tourisme religieux en Israël continue de dépendre du contexte sécuritaire. Depuis le début de la seconde Intifada, les visites de Jéricho et Hébron ont quasiment disparu des circuits proposés par les prestataires spécialisés. Tandis que le passage à Bethléem pourrait redevenir problématique. L’inauguration, fin novembre, d’un nouveau “terminal de contrôle”, au pied de la barrière de sécurité qui sépare Jérusalem de Bethléem, construite par les autorités israéliennes, impose en effet des délais d’attente plus importants aux touristes.
Une “innovation” qui préoccupe les hôteliers de la zone, y compris ceux de Jérusalem-Est. “Après avoir affiché un taux d’occupation de 15 % en 2004, et de 25 % l’an passé, nous tablons sur 40 % de remplissage en 2006 à Jérusalem-Est, indique Yosuf Daher, directeur de l’association des hôtels arabes (3 400 chambres environ). Mais concernant Bethléem, le taux de 6 % enregistré au cours des derniers mois, ne pourra atteindre 25 % en 2006 que si les contrôles au poste de sécurité ne sont pas trop draconiens.”

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