Sveti Marko : à la découverte d’un Club Med… fantôme

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« Fin de saison!… Samedi 6 juillet 1991 (11h45). Salut à toi, oh (sic) nouveau responsable! je te souhaite à toi et ton équipe une très bonne saison 92 dans ce beau village de Sveti. » Signée Aldo, cette inscription a été trouvée sur un vieux panneau traînant dans une baraque abandonnée sur une île fantôme à l’entrée des bouches de Kotor au Monténégro. Un post scriptum suit : « Bonne chance, que votre saison soit plus longue que la nôtre ! ». La saison 1992 ne débutera jamais dans ce qui fut l’un des villages emblématiques du Club Med en Yougoslavie. Une guerre terrible et fratricide commençait. Elle causera 150.000 morts en 10 ans.  

Aldo était le chef de Village…

Aldo était le chef de Village du Club Méditerranée de Sveti Marko. Il n’a pas fini sa saison, le Monténégro resté fidèle avec la Serbie à ce qui restait de la fédération de Yougoslavie commençait une guerre contre les Croates sécessionnistes aux abords de la ville de Dubrovnik voisine

Cette guerre s’est déroulée entre le 17 août 1990 et le 12 novembre 1995. Elle s’est achevée par une victoire décisive de la Croatie qui parvint à récupérer l’intégralité de son territoire mais ruiné par les combats.

A l’époque, ce conflit fit grand bruit en Europe, car les médias internationaux furent particulièrement sensibles aux dommages causés à Dubrovnik dont le quartier historique classé au Patrimoine mondial de l’Unesco fut la cible de plus de 650 tirs d’artillerie, sans parler du terrible siège de Vukovar qui s’acheva dans un terrible bain de sang…

Deux villages emblématiques

Mais revenons à Sveti Marko. C’est au début des années 1960 que le Club Méditerranée sous l’impulsion de Gérard Blitz ouvrit en Yougoslavie deux villages, l’un à Pakostane, entre Split et Zadar sur la côte croate, et l’autre sur l’île de Sveti Marko à l’entrée des bouches de Kotor au Monténégro. Deux villages emblématiques qui ont largement contribué à forger l’image du Club Med.

A Sveti Marko, les gentils membres étaient hébergés dans des huttes disséminées sur l’île et vivaient en maillot de bain entre la plage, le bar, le restaurant, les activités nautiques, le tennis, les soirées festives et plus si affinités… Rien ni personne ne devaient mettre fin à ce doux ronronnement de bonheur dans ce joli coin de paradis.

Malheureusement, ce 6 juillet 1991, Aldo et son équipe quittent précipitamment Sveti Marko. Le Club Med ne devait plus jamais revenir.

Les vestiges de l’ancien Village du Club Med

A l’été 2017, plus de 25 ans après, lors d’une croisière dans l’Adriatique avec des amis, nous mouillons devant Sveti Marko, dans une petite crique abritée pour la nuit. L’île est totalement couverte de végétation sauvage et semble déserte. Bizarrement, nous voyons, ça et là, des pontons de béton en ruine et des huttes de paille effondrées. Nous réalisons que nous sommes devant les vestiges de l’ancien Village du Club Med.

A la lumière tombante du soir, nous débarquons sur Sveti Marko à la recherche d’autres traces. C’est après avoir découvert ce qui devait être la cabane des activités nautiques que nous trouvons ce grand panneau sur lequel Aldo avait écrit son message d’adieu. Il y avait aussi indiqué à l’attention de son successeur l’état du matériel nautique : « Attention, une roue de la petite remorque va éclater, deux roues ont été commandées… ». Le long de ce qui était autrefois une plage de béton, les herbes folles ont trouvé leur passage.

Une malle de déguisements vide gît encore

Un peu plus loin, une grosse bâtisse en ruine devait abriter les cuisines. Les consignes d’hygiène, de propreté et de sécurité sont toujours là, inscrites en français. Devant, les restes de la salle de restaurant ne sont plus qu’un amas de blocs de pierres et de parpaings, à ciel ouvert. Et le brouhaha sympathique de ces tablées insouciantes, animées et riantes d’autrefois est remplacé par le chant incessant des oiseaux et le souffle du vent dans les arbres.

Nous tombons plus haut sur l’amphithéâtre, lui aussi en ruine, rendu aux ronces, aux fougères et aux acacias qui poussent de façon anarchique comme pour balayer toute trace de présence humaine dans ces lieux. La loge des animateurs au plancher défoncé conserve quelques traces de la joyeuse ambiance des folles soirées. Une malle de déguisements vide gît encore là, entre deux penderies où seuls résistent quelques cintres.

Une grande allée nous emmène ensuite au sommet de l’île. Sans doute le cœur du village. Après avoir découvert quelques huttes délabrées, nous débouchons sur une sorte de place au centre de laquelle trône une fontaine asséchée. Il devait y avoir là, le centre névralgique de Sveti Marko : des cabines téléphoniques colorées, un bureau d’accueil, des locaux administratifs et une boutique de souvenirs appelée « Bazar » dont le sol est encore jonché de sacs plastiques logotés Club Med, comme neufs.

Mais tout est en ruine, cassé, abandonné. Au milieu des décombres, une vieille valise traîne encore sur quelques gravats. Les colliers-bar de multiples couleurs, monnaie d’usage dans les Club Med jusqu’en 1995, jonchent le sol. Les fiches des Gentils Organisateurs, dont beaucoup de Yougoslaves, dépérissent dans des boîtes abandonnées. Et un peu partout, les étiquettes de valises du Club Med en provenance de toute l’Europe traînent par terre…

Une atmosphère terriblement touchante

Sveti Marko reste une île paradisiaque. Aujourd’hui, le fantôme du Club Med des folles années y plane toujours. Mais sur cette île abandonnée et entièrement rendue à la nature, il règne une atmosphère terriblement touchante et définitivement mystérieuse.

Publié par Nicolas Barbéry

Rédacteur en chef - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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Vos réactions (3)

  1. Bonjour, merci pour ce reportage très touchant, nous y avions passé des vacances de ski nautique très agréables et insouciantes.

    Lorsque l’on arrivait en bateau, on avait droit à un accueil des GO; à ski, munis de drapeaux. très sympa…le jour du départ, ils étaient aussi là, mais pas réveillés !!!

    je me rappelle d’un mauvais temps durant quelques jours qui avait obligé les GO à nous trouver des couvertures.

    Tout cela n’est rien par rapport à ce qu’ont du vivre les gens du pays ensuite.

  2. Sveti Marko.
    île paradisiaque…
    Souvenirs de l’année 1964,.débuts du club Med(créé en 1950)
    .Chaque case avait un nom.
    La nôtre s’appelait « Les lapins »…
    Très triste de la voir ainsi…

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