Bahreïn : nouvel axe touristique ?

Plus connu pour son circuit de Formule 1 que pour son souk et ses hôtels 5 étoiles, Bahreïn est le dernier des pays du Golfe à faire son entrée dans la sphère touristique. Une reconversion obligatoire face à la chute de ses ressources pétrolières. Mais à quoi ressemble ce petit pays situé à l’ouest du golfe Arabo-Persique ?

Centré autour de sa capitale, Manama, le royaume de Bahreïn ne ressemble pas à ses voisins bling-bling. Plus authentique, moins bétonné et surtout moins envahi de gratte-ciel, Manama a par exemple gardé un certain charme oriental que l’on retrouve dans son souk au cœur du vieux quartier. Sur les murs des échoppes d’épices, de pistaches et d’amandes, d’anciennes photos de l’époque du protectorat britannique rappellent une période de l’histoire pas si lointaine. Le pays est devenu indépendant en 1971 et a développé depuis une activité financière. À l’entrée de la ville, deux tours jumelles plantent le décor. Construites en 2007, elles annoncent le “Bahreïn Financial Harbour”. Aujourd’hui, ce pays grand comme un département français a décidé d’ajouter une corde à son arc, le tourisme.

Une offre hôtelière en expansion

Archipel de 765 km2 (48 km de longueur et 16 km de largeur environ) et composé de 33  îles, voici un pays de 1,4 million d’habitants (la moitié d’expatriés) qui n’a pas l’habitude de faire parler de lui sauf pendant la période du Grand Prix, au mois d’avril. Un sacré coup de pub qui rapporte au pays un peu plus de 3 % du PIB. Mais ce n’est pas pour autant un moteur touristique viable surtout pour le marché international. Les touristes sont en grande majorité ses voisins saoudiens qui trouvent là un mode de vie plus décontracté. En ville, les touristes ne sont pas voilées et il est toléré de se promener en short. Les Bahreïniens sont particulièrement souriants et n’hésitent pas à commencer une discussion en anglais. Dans les hôtels, le personnel local représente 15 % des effectifs, ce qui est impensable au Koweït et au Qatar ! En dehors des 112 hôtels (majoritairement 4* et 5*), les autorités comptent bien augmenter la capacité de l’offre jusqu’à 20 000 chambres fin 2017. Après la récente ouverture du Lagoona Beach Resort, un One&Only (groupe Kerzner) de 160 chambres avec spa Guerlain sera bientôt inauguré juste à côté de l’hôtel Ritz-Carlton. Pour compléter son offre Sofitel (seul hôtel de son réseau Thalassa Sea & Spa dans la région), le groupe Accor a décidé de poursuivre son expansion au Moyen-Orient. L’ouverture d’un Fairmont est programmée en 2019. “Il y a encore très peu de resorts sur Bahreïn et le pays reste une destination originale pour une clientèle internationale” annonce Bastien Blanc, vice-président des ventes MEA d’Accor. Le pays construit aussi, sur le modèle de Dubaï, des résidences de luxe sur la mer. Durrat Al Bahrain, au sud du pays, est l’un des projets emblématiques. Un gigantesque complexe baptisé “pierre précieuse” qui regroupe quinze grandes îles artificielles, six atolls et sept îles plus petites dont cinq en forme de poisson et deux en forme de croissant.

Un avenir culturel…

Les autorités sont bien conscientes qu’on ne peut attirer les touristes qu’avec de beaux resorts. Depuis 2016, le pays s’est doté de sept bureaux de représentation à l’étranger sur chacune des destinations reliées en direct par la compagnie Gulf Air. En dehors des activités sportives liées aux hôtels, l’offre outdoor et culturelle est assez balbutiante, même si la Bahrain Tourism & Exhibitions Authority (BTEA) redouble d’énergie pour mettre en valeur ses richesses historiques. Un tour au musée d’archéologie de Manama suffit pour se rendre compte de la diversité culturelle du pays. Arabes, Portugais, Perses ont laissé des vestiges classés à l’Unesco comme ce port au cœur de l’ancienne capitale de Dilmun surmonté du fort Qal’at al Bahrain remanié par les Portugais. Autre témoignage du temps, l’industrie perlière – elle aussi classée à l’Unesco –, mais cette fois-ci la route et les sites sont embryonnaires et le parcours plutôt virtuel, même si les 17 bâtiments répertoriés doivent tous ouvrir leurs portes. Dans la ville de Muharraq, quelques bâtiments se visitent. Ils sont intégrés au sein d’un programme culturel semi-privé “le Shaikh Ebrahim Cultural Centre” dont l’objectif est de faire connaître la culture de Bahreïn à travers la littérature, la poésie et l’écriture. La fondation restaure d’anciennes maisons et invite des artistes et des auteurs étrangers en résidence.

L’arrivée des TO annoncée

Aujourd’hui, le royaume commence à peine à se familiariser avec les attentes d’une clientèle européenne et le chantier touristique est gigantesque comme le précise Ziad Asfour, conseiller du CEO au sein de la BTEA. “Actuellement, on travaille sur un portail en français. On cherche à s’améliorer sur tous les fronts, tant du côté des transports (extension de l’aéroport et du port, construction de ponts pour désengorger la capitale) que de l’offre balnéaire avec la construction de plages et d’îles artificielles. Cette année, on espère accueillir entre 2 000 et 3 000 Français. L’hospitalité est importante car les Bahreïniens ont la réputation d’être les plus accueillants des pays du Golfe. Notre offre culturelle existe, à nous de la rendre accessible.” C’est exactement ce que les tour-opérateurs français invités au printemps dernier devront déterminer en vue d’une prochaine programmation. Pour l’instant, Aya Désirs du Monde, Kuoni, Promovacances et Vacances sur Mesure sont les seuls en France à proposer Bahreïn. À suivre…

Coup de coeur

Le Four Seasons Bahrain, comble du luxe
Ouvert en 2015, le Four Seasons Bahrain est l’un des fleurons du groupe et on comprend pourquoi ! Cet immeuble élevé en forme de « H » découpe son impressionnante silhouette dans le ciel bleu azur de Manama. Le décor de style Art déco a été supervisé par le français Pierre-Yves Rochon. Avec ses oliviers centenaires (magnifiquement faux!) et son décor en marbre aux quatre alcôves en pierre blanche sculptées de flamants roses, le lobby est tout simplement magnifique. Presque autant que le buffet du petit déjeuner (il y a même un bar à miels !), le décor et l’équipement des chambres: coussins et dessus de lit Hermès, télévision intégrée dans le miroir de la salle de bain… Le comble du luxe ! www.fourseasons.com/bahrain

Barbara Divry

Publié par Cécile Chapelain