Brésil : un combiné Brasilia & Pantanal

Porte d’entrée du Pantanal Nord (État du Mato Grosso), Brasilia est une escale insolite et pas seulement pour les adeptes d’architecture. Un saut dans le monde urbain des années 1960 juste avant de découvrir la région la plus sauvage du Brésil: le Pantanal. Avec ses marais et sa faune extraordinaire, cet éden originel est une réserve de biosphère reconnue par l’Unesco. Pourvu que cela dure !

Après 13 heures de vol (escale non comprise à Lisbonne), l’arrivée à Brasilia est un choc culturel. La ville d’Oscar Niemeyer et de l’urbaniste Lucio Costa est un ovni architectural à la mesure de ce pays gigantesque (quinze fois la France). La capitale du Brésil a été construite en mille jours au beau milieu de la forêt en plein centre du pays selon un plan en forme d’oiseau (ou d’avion selon les goûts) unique au monde ! Rien que pour admirer la perspective de l’axe monumental (gigantesque avenue à six voies) scandée de 17 ministères (tours rectangulaires identiques sauf une, surnommée “palais Itamaraty”) avec au fond le congrès flanqué de ses deux sphères blanches cela mérite bien une escale de deux jours. Pour un architecte communiste anticlérical, il est assez amusant de voir à quel point ses églises sont restées ses œuvres les plus connues ! Si on écoute notre guide, c’est même la ville la plus agréable et la plus sûre du Brésil mais pas forcément la plus animée. On s’en rend vite compte en parcourant les carrés (quadradas) résidentiels centrés autour d’un espace végétalisé fermé par des immeubles sur pilotis de plusieurs étages. Brasilia est avant tout une ville silencieuse avec une rigueur architecturale fondée sur le béton directement inspirée par la philosophie de Le Corbusier. Une atmosphère très éloignée de la nature sauvage du Pantanal mais singulièrement attachante.

 

L’émeraude du Brésil

Une heure trente plus tard, arrivée à l’aéroport de Cuiaba, la capitale du Mato Grosso. La traversée de cette ville sans beaucoup d’intérêt se fait rapidement pour rejoindre le Pantanal. C’est à quelques kilomètres du village de Poconé après que la route s’est transformée en piste que l’on découvre les premières plaines humides. Le long de la Transpantaneira (route qui va jusqu’à Porto Jofre, à 140 km) quelques digues mènent aux fazendas, de grandes fermes qui proposent des chambres d’hôtes. Cette savane d’habitude aride transformée entre novembre et avril en un vaste marécage est unique au monde. La piste sur laquelle nous roulons a été surélevée et des ponts en béton ont remplacé les ponts en bois. Un point de vue privilégié pour observer un spectacle inattendu. Devant nous, plusieurs caïmans se chauffent au soleil tandis que leurs compères attendent une proie dans les eaux stagnantes. Il suffit de s’arrêter cinq minutes sur le bord de la route pour voir défiler une colonie d’ibis cendrés devant l’œil inquiet d’une aigrette en train de pêcher. Il existe dans le Pantanal une grande biodiversité liée non seulement à la richesse poissonneuse de ses eaux mais aussi au fait que la chasse et la pêche soient interdits. Pas moins de 264 espèces de poissons et 483 espèces d’oiseaux sont répertoriées uniquement dans cette région qui représente un tiers de la France – une petite partie se situe aussi en Bolivie et au Paraguay. Un paradis pour les observateurs d’oiseaux (birdwatchers) venus du monde entier.

Moins connue que l’Amazonie

Sa très riche biodiversité et la variété de ses paysages, totalement différents entre la période sèche et la saison humide, auraient pu amener à classer cette éco-région devant l’Amazonie en termes de notoriété. Ce n’est pas le cas ! Il est pourtant plus facile d’observer la faune car la forêt est moins dense et presque aucun arbre ne dépasse les 16 mètres de hauteur. En canoë et à cheval, on parcourt ses terres immergées à la recherche du moindre indice. Pour distinguer une famille de capybaras (le plus gros rongeur au monde), surprendre un martin-pêcheur ou observer des rapaces, il faut savoir être patient. Ceux qui sont déjà venus le savent… Dernier sanctuaire de la vie sauvage du continent sud-américain, c’est presque le seul endroit au monde où on peut observer des jaguars en liberté. Le meilleur point de vue pour les apercevoir est sans doute sur les rivages de la rivière Cuiaba. C’est là qu’ils viennent chasser. Au milieu des jacarés (caïmans) et des loutres géantes, le spectacle est impressionnant !

Un patrimoine à protéger

Comme André Von Thuronyi, propriétaire de l’éco-lodge Araras, ce sont les habitants du Pantanal qui prennent en charge l’écologie. Il est vrai que depuis quarante ans, il tente de faire comprendre aux habitants du Pantanal la valeur de cette faune exceptionnelle. “Un perroquet vivant vaut bien plus qu’un perroquet mort” répète à qui veut l’entendre André. Son combat ? Éduquer les touristes à apprécier cet environnement exceptionnel tout en sauvegardant la faune. Une mission qu’il accomplit en réintroduisant les aras bleus dans la savane et en faisant perdurer une race de chevaux appelée “Pantaneiro”. Des petits chevaux agiles et endurants capables de marcher dans l’eau pendant des heures au milieu des caïmans. Pour André, “le tourisme c’est la meilleure façon de protéger la nature tout en se gardant bien de faire du tourisme de masse”. C’est pour cela qu’il encourage la multiplication de petites pousadas (fermes) d’une vingtaine de chambres comme la sienne. Dans son écolodge, il recycle les eaux et a mis en place un système d’eau chaude solaire. Les poubelles sont triées et les légumes et les fruits proviennent des fermes environnantes. Akela, sa femme, est aussi impliquée que lui dans la protection de l’environnement et défend avec énergie ce paradis amené à disparaître. “Pour pouvoir observer tous ces animaux sauvages dans cette région, il faut que le cycle des eaux continue comme avant et ce n’est pas gagné !” admet André.

Coup de coeur

Le Malai Manso Resort


De l’autre côté de la ville de Cuiaba, la région de Chapada dos Guimaraes reconnaissable entre toutes grâce à ces plateaux rocheux hauts de 670 mètres est une escale idéale pour pratiquer le trekking, l’escalade et le canyoning. Au milieu du parc, le Malai Manso Resort est le premier resort à avoir été construit dans cet espace protégé. Inauguré à la fin de l’année dernière, cet hôtel très confortable doté de 153 chambres et de 100 bungalows (dont 25 “casa boutiques” réservées aux familles) a décidé de jouer la carte nature en proposant des parcours sportifs dans sa propre forêt ainsi que des activités balnéaires sur son gigantesque lac artificiel. Moins glamour que les écolodges et moins authentique que les stages de survie (www.leorochabrasil.com.br), l’hôtel propose une formule en all inclusive idéale pour faire un break de luxe en famille. www.malaimansoresort.com.br

Barbara Divry

Publié par Cécile Chapelain