Brunei : le sultanat inconnu à Bornéo

Reportages

Le sultanat de Brunei compte parmi les pays difficiles à situer sur une carte. Nombreux sont ceux qui le placent instinctivement dans la péninsule arabique. Ce petit État de 5.765 km2, séparé en deux par une langue de Malaisie, fait pourtant partie de l’île malaisienne de Bornéo. Tourné vers la mer de Chine, il est connu pour être dirigé par le monarque le plus riche du monde. C’est surtout une terre préservée, avec sa forêt primaire opulente et sa faune, sa population chaleureuse et accueillante, et une gastronomie raffinée.

La plupart du temps, le Brunei Darussalam ne fait pas parler de lui. Tout au plus sait-on que le pays est dirigé par l’un des hommes les plus riches au monde, Hassanal Bolkiah, également dans le classement des plus anciens souverains régnants, juste derrière Elisabeth II. Monarque absolu depuis 1967 de ce pays d’une superficie de 5 765 km2, le sultan disposerait d’une fortune estimée à près de 19 milliards d’euros. Brunei tire l’essentiel de ses revenus des forages pétroliers et de l’exportation de gaz naturel. Ces ressources assurent le niveau de vie des habitants du sultanat, à coup de subventions publiques, et du sultan. L’islam est instauré religion d’Etat de ce petit pays à majorité musulmane de la façade nord de Bornéo, la charia y est appliquée depuis 2014 pour les musulmans. L’alcool est donc prohibé dans le pays, comme la musique. Les touristes, peu nombreux et majoritairement chinois, peuvent apporter quelques litres dans leurs bagages, à condition de les consommer en toute discrétion. L’expression des opinions y est censurée. Pour autant, sur place, les voyageurs, plutôt rares, se sentent plutôt détendus et très bien reçus. Les Brunéiens sont souriants, affables, accueillants. Toujours prêts à échanger quelques mots.

Petits plats gourmands

Si les lieux de fête nocturnes sont inexistants, les restaurants et les cafés pullulent. Et sont très fréquentés. Le marché de nuit de Gadong à Bandar Seri Begawan, la capitale, est un rendez-vous incontournable pour les Brunéiens. Les étals regorgent de petits plats gourmands, de desserts et de fruits frais très bon marché. Les familles s’y déplacent très régulièrement pour y acheter leur repas du soir pour quelques dollars brunéiens. La gastronomie tient une place importante dans la vie locale. Raffinée, la cuisine mélange les influences chinoise, malaisienne et indonésienne. Les fruits et les légumes locaux, les poissons et crustacés, ultra-frais, sont particulièrement savoureux. L’ambuyat, la spécialité locale, une sorte de colle gluante blanche élaborée à base de farine du palmier sagoutier, est, elle en revanche, plutôt insipide. Dégustée avec des baguettes spéciales, elle est recouverte de sauce épicée.

Mosquées et minarets

Autres lieux essentiels pour les Brunéiens, les mosquées et leurs minarets constellent le paysage urbain. A Bandar Seri Begawan, deux d’entre elles sont emblématiques. Inaugurée en 1958, la mosquée Omar Ali Saifuddien, du nom du père du sultan actuel, est posée sur un plan d’eau au centre de la ville. Ultra-luxueuse, en marbre importé d’Italie et granit de Shanghai, la construction blanche et or possède même un ascenseur installé dans le minaret. La réplique d’une barge du XVIe siècle qui lui fait face sur le plan d’eau est utilisée lors de cérémonies religieuses. La mosquée Jam’Asr Hassanil Bolkiah, édifiée dans les années 1980, semble encore plus imposante, avec ses vingt-neuf coupoles dorées et ses minarets. Elle peut accueillir jusqu’à trois mille fidèles dans les salles aux tapis épais et moelleux. Une des entrées, réservée au sultan, est équipée d’un escalier mécanique. Le culte du souverain actuel se retrouve également dans le musée des Insignes royaux, édifié en 1992 pour abriter les souvenirs de son jubilé, notamment l’énorme carrosse et une collection d’objets en or massif utilisés ce jour-là. Une galerie retrace son règne et vante les qualités de celui qui assure une vie paisible à ses sujets. Le vendredi, à l’appel de la prière, la ville se fige d’un coup. Pendant deux heures, les Brunéiens se consacrent au culte. Puis, la vie reprend son cours. Les bateaux fusent à nouveau sur les canaux du village flottant de Kampong Ayer, le plus vaste du monde avec ses 42 quartiers et près de 40 000 habitants. Les maisons sur pilotis sont construites en bois, avec des terrasses suspendues au-dessus de l’eau. Un réseau de passerelles relie les 900 habitations, les ateliers d’artisans, les écoles et les mosquées. Chaque quartier compte entre dix et quinze familles, sous l’autorité d’un chef. Les voyageurs peuvent dormir dans l’une des maisons d’hôtes du village.

Hôtel de luxe et nature

L’offre hôtelière plus classique est large dans le pays, avec des complexes construits au-dessus de centres commerciaux largement achalandés en produits technologiques. L’Empire Hôtel et son country-club offrent un bel exemple du type d’hébergement de luxe proposé dans le pays. Cet établissement de cinq cents chambres, avec plage privée, quatre piscines, terrain de golf, tennis, a été aménagé dans la zone résidentielle de Jerudong. A proximité de l’immense parc d’attractions inauguré lors du 48e anniversaire du sultan par un concert de Michael Jackson, ce complexe haut-de-gamme affiche des tarifs raisonnables pour la clientèle européenne, à partir de 170 euros.
Pour le voyageur, la richesse principale du pays réside surtout dans sa nature préservée. Aux portes de la capitale, la mangrove offre un premier aperçu. Les singes proboscis, endémiques, habitent les arbres en bord de rivière. On peut aisément les contempler depuis les barques. Contrairement aux autres Etats de l’île de Bornéo, le Brunéi n’a pas fait le choix d’exploiter la forêt. Celle-ci occupe près de 75% du territoire et est accessible à quelques kilomètres des villes. Le voyageur peut découvrir la beauté de la forêt primaire. La réserve de Temburong, dans la partie orientale du pays, est accessible uniquement en barque. Le trajet est long et relativement inconfortable, mais la découverte de la jungle primaire, de ses couleurs, de ses bruits, de son parfum, de sa faune, de sa luxuriance dans une ambiance moite mérite amplement ces efforts.

Coup de coeur

Lever de soleil sur la canopée
Le district de Temburong, à l’est et séparé du reste du pays par une langue de terre malaisienne, renferme le plus grand parc national de Brunei.
Ulu Temburong compte cinquante mille hectares de forêt tropicale vierge préservée depuis des millions d’années et une faune extrêmement variée. Les voyageurs n’ont accès qu’à une infime partie de cet éden. 210 espèces différentes d’oiseaux ont été répertoriées par l’équipe de scientifiques qui vit et travaille toute l’année dans le parc. Soixante-dix espèces de grenouilles ont été inventoriées. Des marches de nuit sont organisées pour observer les insectes et les araignées de belle taille, notamment les tarentules qui prospèrent dans la forêt. Mais le spectacle le plus impressionnant a lieu au petit jour, après une longue ascension, au sommet d’une immense construction métallique. Sur ce poste d’observation au niveau de la canopée, à près de soixante mètres du sol, on peut observer l’éveil de la forêt au petit jour. Le chant des oiseaux, les brumes qui se dissipent et les premiers rayons du soleil qui colorent le paysage offrent un instant poétique dans la moiteur de la forêt primaire.

Publié par Caroline Kervennic
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