Charlevoix : ce Québec authentique et nature

Reportages

En juin 2018, les regards du monde entier se sont posés sur la région de Charlevoix : le Fairmont Manoir Richelieu de La Malbaie accueillait le sommet du G7. Une belle reconnaissance pour cette ville berceau de la villégiature au Canada. Pour cette région située sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent aussi. En effet, été comme hier, mordus d’aventure et de grands espaces, amateurs d’art et d’événements culturels et épicuriens en quête de saveurs tombent sous son charme. C’est d’ailleurs là que le Club Med ouvrira en décembre 2020 son premier resort d’Amérique du Nord.

À l’aube du XXe siècle, avec les bateaux de croisière qui accostaient à Pointe-à-Pic (aujourd’hui quartier de La Malbaie) et le tout proche Manoir Richelieu devenu depuis le prestigieux hôtel Fairmont, Charlevoix était déjà une région touristique. Une destination élégante mais très nature appréciée des citadins fortunés. Ils venaient de Québec, Montréal mais aussi d’Amérique séjourner l’été à La Malbaie, alors surnommée la « Newport du Nord ». La région avait réussi à « créer l’image d’une destination semblable à une oasis de confort et de sécurité au cœur d’un environnement encore en grande partie sauvage » résument les auteurs du livre Charlevoix, une tradition d’accueil paru en 2018 aux éditions Sylvain Harvey. Et cette villégiature était active : on y pratiquait le golf, le tennis, la chasse et la pêche, l’équitation… Gardien du patrimoine régional installé face au Saint-Laurent depuis 1990, le musée de Charlevoix en conte joliment l’histoire jusqu’au 22 avril 2019 (1). Et quelques belles demeures témoignent toujours à La Malbaie de cette grande épopée. Mais la villégiature a laissé place à un tourisme plus itinérant, tout aussi apprécié l’été que l’automne ou l’hiver.

1,2 million de visiteurs annuels

Combien sont-ils à tomber aujourd’hui sous le charme de Charlevoix ? Depuis 2010, la fréquentation annuelle de la région est passée de 800 000 à 1,2 million de visiteurs, des Québecois d’abord, mais aussi beaucoup d’Européens francophones si l’on se réfère au réseau d’accueil touristique de la région. Parmi les visiteurs reçus dans ces comptoirs touristiques en 2017, 64 % venaient du Québec, 18 % d’Europe francophone, 7 % du Canada hors Québec et 4 % des USA. « Pour les Français, Charlevoix est l’une des régions du Québec qu’ils visitent. Rarement LA destination » note Laurence Bessone, de Tourisme Charlevoix. L’organisation du dernier G7 dans le somptueux Fairmont Manoir Richelieu de La Malbaie lui a donné une visibilité internationale. L’ouverture du premier Club Med canadien au pied du Massif de Charlevoix devrait aussi changer la donne. Dès décembre 2020, ce village 4 saisons desservi l’été par le très touristique Train de Charlevoix reliant Québec à La Malbaie invitera ses GM, parmi lesquels des Canadiens et des Américains (la moitié de la clientèle ciblée) ainsi que des Européens, à découvrir cette région et ses nombreux trésors.

Une terre de plein air

Le premier de ces trésors sera bien sûr Le Massif. Cette station au plus haut dénivelé à l’est des Rocheuses déploie l’hiver 52 pistes de ski s’étirant jusqu’au Saint-Laurent. Étonnant, ce fleuve si étendu que, pris par les glaces l’hiver ou fréquenté par les baleines de mi-mai à mi-octobre, on imagine voir déjà l’océan ! Question paysage, Charlevoix réserve d’autres points de vue étonnants. Des paysages uniques nés d’une intervention… céleste ! Voilà 350 millions d’années, un astéroïde de 2 kilomètres de diamètre y est tombé, formant un cratère de 55 km de diamètre, l’un des dix plus grands de la Terre. Classée réserve de la biosphère, la région constitue un immense terrain de jeux, avec notamment deux parcs nationaux, désormais ouverts été comme hiver. Celui des Grands Jardins l’est depuis toujours, mais cette ouverture hivernale est nouvelle pour le Parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière qui propose depuis décembre des activités du type patinage sur la rivière Malbaie, balade en chenillette, escalade de glace… Au détour d’un virage dans ces montagnes ou en forêt, le visiteur en raquettes, à ski ou en traîneau à chiens pourra entrevoir l’imposant orignal qui, adulte, perd son « panache » (nom donné à ses bois) l’hiver mais parvient à se déplacer dans la neige. Pour l’ours, il faudra attendre les beaux jours. Et suivre par exemple Denis, le guide-animateur du domaine Le Pic Bois, l’une des pourvoiries de Charlevoix, jusqu’au poste d’observation où il présente les ours noirs qu’il côtoie depuis plus de 25 ans. Les forêts, les lacs et les rivières de la région sont également réputés pour leur gibiers et poissons. Amateurs de pêche et de chasse s’y pressent depuis le XIXe siècle.

Une expérience riche en saveurs

On peut aussi y croiser des trappeurs, qui comme Manon et Eric Poulin, contribuent à la régulation des espèces en chassant ours, loups, orignaux, lynx, castors, loutres… « C’est à nous de gérer le territoire. Mais il faut avoir trappé au moins 15 animaux de cinq espèces différentes pour que notre bail soit maintenu. Cette année, avec la neige tombée dès octobre, cela a été difficile » explique Eric Poulin, rencontré à l’auberge du Ravage de la pourvoirie du Lac Moreau. S’il peut y présenter ses peaux, son gibier ne peut être servi à l’auberge. « C’est interdit » explique le trappeur. La table n’en reste pas moins renommée pour ses mets fins et créatifs (et sa cave à vin !). Une parmi beaucoup… Reconnue pour ses produits du terroir, Charlevoix est aussi une destination appréciée des épicuriens. Elle regorge de tables de qualité, façon bistrot comme au Saint-Pub, restaurant de la microbrasserie Charlevoix ou au Diapason, aux notes mêlées d’Alsace et de Québec, ou façon grande table Chez Truchon à La Malbaie. Dominique Truchon, son chef, est d’ailleurs l’un des fondateurs de la Route des saveurs, circuit agro-touristique unique lancé en 1993 autour de ses tables et produits de qualité comme l’agneau de Charlevoix (premier IGP d’Amérique du Nord), le canard de la Ferme basque, les fromages de la Chèvrerie de Charlevoix ou le vin de tomate d’Omerto, unique au monde. Une autre belle invitation à savourer son séjour charlevoisin…
(1) « Nos étés dans Charlevoix », exposition temporaire du 26 mai 2018 au 22 avril 2019.

Coup de coeur

Une incroyable fibre artistique
La région de Charlevoix attire depuis deux siècles les artistes. Inspirés par ces paysages entre montagnes et fleuve, et les lumières si particulières qui les enveloppent, certains villégiateurs y posèrent rapidement leur chevalet. La région inspire également les écrivains, les musiciens, les saltimbanques à l’instar de ceux qui comme Guy Laliberté et Daniel Gauthier fondèrent le Cirque du Soleil. Cette fibre artistique s’exprime de façon quelquefois inattendue, la toile par exemple posée sur ses skis comme le fait Jean-François Racine. La toute dernière piste du Massif de Charlevoix, ouverte le 15 décembre et baptisée du nom de sa famille (la Racine), valait bien un nouveau tableau du peintre-skieur. Il le finalisa deux jours plus tard lors de la journée « père Noël », l’événement signature de la station qui invite à skier déguisé. Un pari relevé par 2 700 skieurs ce 17 décembre !

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