Ehime : le charme de la tradition du Japon

Reportages

Au Japon, sur l’île de Shikoku, la région d’Ehime est renommée pour ses mandariniers aux fruits sucrés, ses ports de pêche, ses villes thermales, son pèlerinage des 88 temples et son mode de vie traditionnel. Entre mer et montagne, la ville de Matsuyama et son aéroport à 1h30 de Tokyo constituent la porte d’entrée d’une région attachante, plus rurale et bien plus paisible que Tokyo, Kyoto ou Osaka. Jusqu’ici surtout prisée des touristes japonais, elle cherche à gagner en notoriété auprès des Occidentaux. Actuellement, près de dix mille Français découvrent Ehime chaque année.

Matsuyama, la capitale d’Ehime, est connue depuis l’antiquité japonaise comme une ville thermale. Son Dôgo Onsen, le plus ancien bain traditionnel implanté sur des sources chaudes du Japon, est une véritable institution dans lequel se pressent les habitués revêtus du traditionnel yukata, un kimono léger en coton. Le bâtiment du Dogo Onsen et sa toiture ondulée surmontée d’un héron blanc ont inspiré Miyazaki, le créateur du film « Le Voyage de Chihiro », et connu une notoriété mondiale. On peut toujours y profiter d’un moment de détente pour quelques centaines de yens. Autour, le quartier est très animé, de jour comme de nuit, avec de nombreux magasins, des restaurants et quelques brasseries de saké, dont la production nécessite une eau particulièrement pure. La ville thermale, comme toute la région, a bien des ressources gastronomiques pour satisfaire les palais exigeants. Le poisson et les fruits de mer sont à l’honneur dans cette région maritime, comme les légumes et surtout les agrumes cultivés sur place. Une succession de petits plats et de soupes parfumés sont servis à chaque repas, tous dressés comme des tableaux.

Un imposant château

Matsuyama est également célèbre pour ses temples (huit des 88 lieux de culte de la route du pèlerinage de Shikoku y sont implantés) et son imposant château aux épaisses murailles construit en 1650 au sommet d’une colline. On y accède depuis le centre-ville grâce à un téléphérique ou à un système de ‘’chaises volantes’’ plutôt amusant. Dans les pas d’un guide bénévole et passionné de 70 ans, très alerte et mutin, on découvre l’architecture de bois et de pierre de cet imposant édifice. Selon la tradition japonaise de conservation du patrimoine, il a constamment été rénové depuis, d’après les techniques de l’époque, pour parer aux effets du temps et des tremblements de terre. A la base, d’énormes pierres sont assemblées pour résister aux séismes. Au-dessus, des étages enduits de blanc alternent avec des pans de bois. La toiture aux bords relevés donne un air de légèreté à cet ensemble bien imposant. De massives portes de bois, taillées à la main par des artisans locaux sont décorés de pièces de fer en forme de mamelons, comme le souligne le guide facétieux. Moins fréquentés que d’autres édifices du même type, il attire tout de même plus d’un demi-million de
visiteurs chaque année.

Une demeure sophistiquée

Plus au Sud, la ville d’Ozu se présente comme une bourgade opulente nichée au creux des montagnes, au bord de la rivière Hiji. Elle se visite pour son château, complétement rénové récemment, qui accueille des milliers d’écoliers de la région, ses vieilles rues pavées très soignées entourées de maisons traditionnelles en bois, et surtout la riche demeure Garyu Sanso, au décor sobre et sophistiqué à la fois, inspiré d’une villa impériale de Kyoto. Construite au tout début du XXe siècle, la maison principale à l’épais toit de chaume et à l’intérieur raffiné s’ouvre sur un charmant jardin paysager de style shakkei. Un sentier bordé de pierres et de sculptures conduit jusqu’à « Furo-an », une maison de thé perchée au-dessus de la rivière. L’endroit, calme et bucolique, invite à la détente. Sous son apparente modestie, cette villa a tout de même nécessité dix ans de conception des plans, quatre ans de construction avec près de neuf mille artisans à la tâche. La simplicité exige bien des efforts.

Tradition renouvelée

La petite ville d’Uchiko offre elle aussi une plongée dans le Japon traditionnel, avec sa rue Yokaichi, préservée et classée, datant de l’ère Meiji (1868-1912). Elle est bordée de maisons aux façades décorées de claustras en bois sombre et de figurines de poissons sur le toit pour prévenir les incendies. La plupart des résidences sont encore habitées, mais certaines peuvent être visitées ou louées pour la nuit. La nuit dans un ryokan, une auberge typique dans une maison traditionnelle, permet de découvrir les lieux de vie abrités derrière les façades et leurs jardins poétiques à souhait qui reproduisent en miniature un paysage naturel. On se déchausse pour marcher sur le sol de paille tressée, dans une pièce épurée, avec des fenêtres traditionnelles de papier et des volets de bois coulissants. Un thé vert fumant parfumé aux grains de riz grillés et on entame le voyage vers le passé. Justement, le temps semble s’être arrêté aux abords du théâtre Kabuki en bois de 650 places, entièrement rénové grâce à l’obstination des habitants. L’édifice de 1916 propose toujours des spectacles traditionnels et a conservé en sous-sol les mécanismes permettant de faire pivoter la scène. Le temps est suspendu également dans le vaste temple situé en haut de la rue protégée. Tout comme le matin, dans la brume, lorsque que chaque écolier en uniforme croisé sur la route vous salue en inclinant la tête. Pour autant, cette tradition prégnante, certains s’en emparent pour créer de nouveaux projets. Comme Hiroyuki Saito qui fabrique et décore du papier washi avec des feuilles de métal à Uchiko et décore des hôtels et des boutiques de luxe du monde entier. C’est une autre version du Japon, qui a bien des atouts pour séduire les Européens. Celle d’une tradition conservée au fil des siècles, sans cesse renouvelée et réappropriée au fil des générations.

Coup de coeur

Shimanami kaido : à vélo au-dessus de la mer intérieure de Seto
Depuis une vingtaine d’années, le Shimanami Kaido séduit les cyclistes du monde entier. Cette piste cyclable de 70 kilomètres entre la ville d’Imabari et la préfecture d’Hiroshima, à travers les six îles qui les séparent, offre un terrain de jeu particulièrement intéressant pour les amateurs de vélo, avec une vue imprenable sur le paysage et sur le bleu infini de la mer. Le parcours, parfois ardu, emprunte à la fois les gigantesques ponts suspendus et des chemins plus paisibles le long de la côte avec ses villages de pêcheurs. Tous les deux ans, au mois d’octobre, une course ouverte aux amateurs comme aux sportifs chevronnés se déroule sur ce trajet, avec sept parcours différents entre 30 et 140 kilomètres. 7 000 cyclistes ont participé à l’édition 2018, le 28 octobre, sous un soleil éclatant et un vent assez puissant, encouragés comme des professionnels par les habitants massés le long du parcours. L’autoroute qui traverse le gigantesque pont d’Imabari était fermée pour l’événement. L’occasion unique de s’élancer cheveux au vent et d’éprouver un intense sentiment de liberté pendant quelques heures sur une épreuve décidément très spéciale !

Publié par Caroline Kervennic
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