La Rioja : fleuron de la Route des vins d’Espagne

Non, l’Espagne, ce n’est pas que le balnéaire, Séville ou Barcelone. Au nord, adossée à Bilbao et à la Biscaye, il est une région fameuse mais modeste, à cheval sur la rivière Ebre, la Rioja. Profondément authentique, elle se décompose en trois grands terroirs viticoles : Rioja Alavesa, Rioja Alta, Rioja Baja, qui se visitent. À l’écart des grands courants touristiques, elle recèle également de nombreuses richesses gastronomiques, culturelles ou naturelles, sans compter sa population accueillante.

Seuls quelques TO français programment la région de la Rioja, le principal étant Voyageurs du Monde, les autres plutôt spécialisés comme Wine passport ou Vino Trip. Mais cela pourrait changer, car la destination commence à faire parler d’elle et bénéficie de l’aura de Bilbao. La Rioja Alavesa n’est qu’à 30 minutes, au sud de la région basque autonome. Sur la route, on peut faire un détour, par le terroir du Txakoli (notre Coup de cœur, voir encadré) et la jolie cité ancienne d’Artziniega, où se trouve un remarquable musée régional d’ethnographie qui donne une bonne idée de la vie locale et des activités traditionnelles, dont le vin, mais aussi le cidre ou le fromage de brebis. En bordure du bourg, le sanctuaire de Notre-Dame de la Encina, du XVe siècle, est connu pour son magnifique retable polychrome.

Le charme de Laguardia

À Laguardia, nous sommes au cœur de la Rioja Alavesa, un des deux terroirs les plus réputés de Rioja, avec 12 000 hectares sur les 70 000 de toute l’appellation. Le vignoble est ancien, la production raisonnée. Le paysage, de montagnes et falaises, est spectaculaire. Au cœur du tableau coule l’Ebre, surplombé de villages en pierre ocre bien serrés autour de leur église fortifiée, frontière entre le pays basque et la Rioja géographique. Un stop s’impose au Centre thématique du vin Villa Lucia, à la fois cave très ancienne, incontournable musée vinicole aux installations de pointe et restaurant gastronomique. Le cépage rouge tempranillo y est à l’honneur. Visites, dégustations, animations, ateliers cuisine sont organisés. C’est à Laguardia et ses alentours que se trouve la plus forte concentration de caves de la Rioja, dont l’emblématique Marqués de Riscal. Quant à la ville fortifiée de Laguardia elle-même, très appréciée des touristes espagnols, elle est pleine de charme, de petites rues anciennes, de placettes ombragées, de vieux palais et d’une église très visitée, Santa Maria de los Reyes, avec un portique exceptionnel du XIVe siècle, remarquablement préservé.
Autre grande cave de Laguardia, Eguren Ugarte, richement dotée, produit des assemblages à base de tempranillo, de grenache et de viura ou de graciano, blancs et rouges, jeunes ou d’élevage, tournée vers l’export. Les caves descendent jusqu’à 17 mètres sous terre et s’étendent sur 2 kilomètres ! Certains amateurs y gardent les bouteilles achetées dans des niches fermées à leur nom, où ils peuvent venir déguster quand ils le souhaitent ! Le domaine comporte son propre hôtel de 21 chambres très contemporaines, et le paysage, au loin, est superbe.

De cave en cave

On pourra visiter ensuite à Villabuena l’opulente cave familiale Viñedos y bodegas de la Marquesa, qui produit le vin connu sous le nom de Valserrano, exporté à 60 % vers les États-Unis, l’Asie ou l’Australie. Son rouge « grande réserve » est réputé, mais le crianza et le reserva sont aussi d’excellents vins de garde. La visite dure d’une demi-heure à deux heures et passe par trois impressionnantes galeries voûtées de caves. 17 000 bouteilles y sont conservées. À deux pas se trouve le bel hôtel avant-gardiste Viura, du nom d’un cépage, un quatre-étoiles de 33 chambres où l’on voudrait se poser quelques jours, avec vue sur le vieux village. On ne peut rater le domaine Marqués de Riscal, à Elciego, par ailleurs très joli village autour de son église. Là, c’est une autre dimension, plus industrielle, avec immense parking, cafétéria, grande boutique, « cité du vin ». 150 permanents y travaillent. L’hôtel, géré par Starwood, est l’œuvre de Franck Gehry, l’architecte du Guggenheim. Ses 43 chambres aux vues superbes et son restaurant une étoile au Michelin se réservent longtemps à l’avance. Fondé en 1858, le domaine appartient aujourd’hui à quatre familles.

Des vignes jusqu’au fleuve

Pas très loin, à Briones, de l’autre côté de l’Ebre et de ses rives ombragées, on est dans la Rio Alta, l’autre grand cru du Rioja. Les vignes s’étendent partout, jusqu’au bord du fleuve, et le sol, sous le moindre village, est truffé des caves des multiples petits propriétaires indépendants. Le Musée Vivanco est l’un des lieux que l’on visite, très organisé, avec sa propre production, un restaurant et surtout un étonnant musée privé comme il n’en existe pas en France, d’une richesse incroyable, dédié à la culture du vin depuis les origines. Il rassemble sur 4 000 m2 outils, engins, mais aussi objets précieux et œuvres d’art inspirées par le vin, depuis l’époque romaine jusqu’à Miro, Juan Gris, ou Picasso.
La ville principale, Haro, abrite dans le quartier de la gare plusieurs entrepôts transformés en caves au XIXe siècle par les Français. Alors très riche, c’est la première ville d’Espagne où fut installé l’éclairage public électrique. Les grandes caves centenaires se visitent, et un « train du vin » fait une liaison spéciale depuis Logroño. Ainsi la riche cave et vinothèque de la Rioja Alta, qui produit notamment la marque Villa Ardanza. Tout est très soigné, élaboré, les installations sont luxueuses, marketing oblige. À quelques kilomètres, San Vicente de la Sonsierra est un charmant village fortifié, d’où l’on domine toute la région. L’église y abrite un très beau retable et la paroisse, une association de pénitents qui pratiquent encore la flagellation. Si l’on a la chance d’être à Haro un samedi soir, ne pas rater la tournée des bars, très familiale et bon enfant, en mangeant des tapas, ou pintxos, et en buvant des petits verres. L’ambiance, la convivialité y sont incomparables.

Coup de coeur

Txakoli, l’AOC basque
Bien qu’il fasse partie de la Route des vins, il n’a rien à voir avec l’appellation Rioja, et son AOC, à la mode, est 100 % basque. Le blanc est le plus populaire. Élevé à flanc de montagne ou en plaine, très naturel, c’est un blanc frais, très vert, de 12,5° seulement, à boire dans les deux ans. Les producteurs sont de taille modeste et indépendants, comme Beldui, à Llodio, dans un caserio (ferme) de montagne en pierre au milieu des vignes, dont l’histoire remonte au XVIIIe siècle. Non loin, à Amurrio, la distillerie de liqueurs Manuel Acha possède un joli petit musée du vin, et à Okondo, la cave Señoro de Astobiza a donné au Txakoli une image plus moderne grâce à un jeune gérant, qui le promeut à l’international et y fait table d’hôtes. La pratique est celle de l’agriculture raisonnée, bénéficiant d’un climat humide, et le vin de vendanges tardives y est particulièrement excellent.

 

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